SUPPORTER LES HOMMES
Commencer le matin par se dire : Aujourd'hui j'aurai affaire à des gens inquiets, ingrat^, insolents, fourbes, envieux, insociables. Ils n'ont ces défauts que parcequ'ils ne connaissent pas les vrais biens et les vrais maux ; mais moi qui ai appris que le vrai bien consiste dans ce qui est honnête, et le vrai mal dans ce qui est honteux; moi qui sais quelle est la nature de celui qui me manque, et qu'il est mon parent, non par la chair et le sang, mais par notre commune participation à un même esprit émané de Dieu, je ne peux me tenir pour offensé de sa part. En effet, il ne saurait dépouiller mon ame de son honnêteté ; et il est impossible que je me fâche contre un frère et que je le haïsse; car nous avons été faits tous deux pour agir de compagnie, à l'exemple des deux pieds, des deux mains, des deux paupières, des deux mâchoires. Ainsi il est contre la nature que nous soyons ennemis : or ce serait Fêtre que de se supporter l'un Tautre avec peine et de se fuir.
Ils sont nés pour faire nécessairement de ces actions, et celui qui le trouve mauvais ne veut pas que le figuier ait du lait. Après tout vous mourrez bientôt l'un et l'autre ; et fort peu après on ne se souviendra pas m^me de vos deux noms.
NSÉES DE MARG-ÂURGLE.
£ 'app|r^r à des cbos^s iioBossibles : or il
que des méchants ne fassent pas quelinformes à leur naturel.
Te mets-tu en colère contre quelqu'un dont le corps sent mauvais? Te mets-tu en colère contre celui (|ui a l'haleine puante? Qu'y peuyent-ils faire? La boudie de l'un, le gousset de Tautre sont ainsi faits, il est impossible que d'un tel corps il ne sorte pas une telle odeur. Mais, dira-t-on, l'homme a de la raison ; il peut, avec de l'attention, reconnaître à quoi il manque. Hé bien, tu as aussi de la raison; sers-t'en pour exciter la sienne, remontre-lui son devoir, avertis-le de sa faute; s'il t'écoute, tu le guériras. Il est inutile de se fâcher.
Le miel parait amer à ceux qui ont la Jaunisse. Ceux qui ont la rage craignent l'eau. Une petite balle est aux yeux des enfants un bijou. Pourquoi donc me lâcher contre des hommes pleins de préjugés? Croistu que leur imagination séduite ait moins de force sur eux, que n*en a la bile sur celui qui a la jaunisse, et le venin sur celui qui a la rage?
11 y a une sorte d'inhumanité à ne pas permettre aux hommes de se porter aux choses qui leur paraissent convenables et utiles, et tu semblés le leur défendre lorsque tu te fâches contre eux de leurs fautes; car ils ne se portent h ce (ju'ils font ^e comme y