‹ Moralistes anciensChapitre 73 sur 108 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

l'hohub vebtdeux.

Dans une ame bien réglée et bien épurée , tu ne trouveras point de corruption, rien d'impur, point de venin caché. La mort ne la surprend point avant que sa vie ait été complète, comme on le dirait d'une pièce de théâtre si un acteur quittait avant que d'avoir fini son râle. De plus, on n'y voit rien de bas,

L'HOMME VERTUEUX. — CHAP. XXXII. 559 ni d'affecté ; point de contrainte ; rien de décousu, rien de criminel, ni qui exige le secret.

Corps. Ame sensitive. Intelligence.

Au corps, des sensations. A î'ame animale, des passions. À rîntelligence, des maximes.

Avoir i*imagination frappée ? Les brutes Toni.

Être agité par des passions ? Les loups je sont ,.èt ies demi-hommes, et un Phalaris, et un Néron.

Savoir se conduire extérieurement avec bienséance? Les athées le savent aussi , et les traîtres à la patrie, et ceux qui font tout à portes fermées.

Ces facultés sont communes aux différentes espèces que je yiens de nommer. C'est donc une vertu propre au seul homme de bien, d'agréer et d'accueillir ce qui lui arrive, comme prescrit par l'ordre immuable des destinées ; de ne jamais faire d'ii^ure au génie qui réside au fond de son cœur; d'empêcher qu'il ne soit troublé par une fouie d'imaginations, et de se le con-

server propice et favorable en lui faisant modestement cortège comme à un dieu, sans jamais dire un mot qui ne soit vrai, ni rien faire qui ne soit juste.

Que si tout le monde ne croit pas quMl passe véritablement sa vie en homme simple, modeste et tranquille, il ne s'en fflche contre personne, et ne perd pour cela de vue sa route jusqu'à la mort, où il doit arriver pur, tranquille, et prêt à faire ie voyage , en acceptant librement l'ordre de sa destinée.

Lorsque notre maître intérieur est dans sa viguè^

560 PENSÉES DE MÂRC-ÂURÈLE.

naturelle, sMI lui arrive quelque obstacle, il transporte sans peine et constamment son action à une autre chose qu*il lui est possible et permis de faire. Il n'affectionne pas un ordre d'événements plus qu'aucun autre, et s'il désire quelque chose, c'est sous condition. De l'obstacle qui arrive il se fait un sujet d'exercice> comme un feu qui s'empare de tout ce qui y tombe. Une petite lampe en serait éteinte ; mais un feu ardent s'approprie sur-le-champ tout ce qu'on y jette ; il le consume et ne s'en élève que plus haut.

En haut , en bas , ou en cercle , c'est ainsi que se meuvent tous les éléments. La vertu, dans son allure, n'offre rien de semblable. C'est quelque chose de plus divin. Elle va par un chemin qu'on ne peut se peindre, et arrive à son but.

Ântisthène disait à Cyrus : C'est chose royale de faire le bien, et d'être réputé faire le mal.

De Platon.

« J'aurais raison de répondre ainsi à cet homme : 4 0 mon ami, tu ne dis pas bien , si ton avis est qu'un « homme qui vaut quelque chose doive peser les ha- « sards de la vie ou de la mort , et qu'il ne doive « pas se borner à voir dans ce qu'il fait si l'action est « juste ou injuste, si elle est d'un homme de bien « ou d'un méchant...

c Voici une vérité constante, ô Athéniens : Si quel- « qu'un a pris de lui-même un poste comme très on

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