‹ Moralistes anciensChapitre 8 sur 108 · XX · texte numérisé non relu

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Il y avait à Athènes une fort belle femme nomtnée Théodote, qui n'était pas de l'humeur la plus sévère. Quelqu'un parlait d'elle chez Socrate, et soutenait qu'il n'y avait pas de paroles capables d'exprimer sa

' Ea lisant cet entretien de Socrate avec une courtisane, il faut se rappeler que sa méthode était de tirer des exemples des premières condftions et des professions les plus méprisées, pour prouver qu'on ne peut se faire aimer des autres que par le bien qu'on leur fait D'ailleurs , dans le temps de Socrate, dans ce siècle de corruption où les courtisanes tenaient un rang dans l'état, il n'était pas indigne du moraliste de leur apprendre les vertus qui leur restaient encore à pratiquer après avoir abjuré celle de leur sexe. Ainsi Socrate, en feignant de louer Théodote, lui fait entendre ce qu'elle doit faire ; partager le malheur et la Joie de ses amants, les visiter, les soulager dans leurs maladies, payer, dans l'occasion, leurs bienfaits de retour, n'exiger d'eux que ce qu'ils peuvent donner aisément. Lors mime qu'il semble lui donner des leçons de coquetterie, il prouve qu'il n'y a point de plaisirs sans la modération. Tout cet entretien semble n'être qu'un badinage, or y trouve même ce ton de plaisanterie railleuse que les Français de notre siècle se sont avisés d'appeler, du persiflage : mais sous cette écorce légère sont cachées des vérités morales.

beauté. Il ajouta que les peintres la prenaient pour modelée , ej; qu*elle ne leur faisait pas un secret de ses charmes.

11 faut alior la voir, dit Socrate : car s'il n*y a pas de paroles qui. puissent exprimer sa beauté, vous ne nous en donnerez qu'une idée fort imparfaite, et nous perdrons notre temps à vous entendre. — Allons-y dan$ ripstant, dit celui qui avait parlé le pre^ Plier, nous vous suivrons.

Ils y allèrent en effet, et purent adn\irer à leur gré tous ses charmes; car, en ce même moment, un peintre en faisait son ^ude. Quand il eut cessé de travailler : Est-ce à nous, dit Socrate à ceux qui raccompagnaient, d'avoir obligation à Théodote qui a déployé devant nous les trésors de sa beauté? Est-ce elle qui nous doit de la reconnaissance, parceque nous avons senti tout le prix de ses charmes? Si elle a gagné le plus à se soumettre à notre admiration, c'est à elle d'avoir de la reconnaissance : c'est à nous, si nous avons gagné plus qu'elle à ce charmant spectacle. Quelqu'un ayant remarqué qu'il parlait Juste : Je conviens , ajouta-t-il, qu'elle ne gagne avec nous que des éloges ; mais ces éloges, nous les répandrons, et ils ne lui seront pas inutiles. Pour nous, à qui tant d'appas secrets ont été dévoilés^ nous n'emporterons que des désirs et des tourments ; et désormais esclaves de Théodote , c'est à nous de reconnaître son empire. — A ce compte, repartit la belle courtisane, je vois bien que c'est à moi de vous avoir obligation^

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Qttaûd Soerate la vit ensuite superbement parée, quand il vit auprès d'elle sa mère vêtue d^une manière peu commune, de nombreuses esclaves toutes proprement habillées, et toutes se disputant de beauté, des appartements ornés avec autant de richesse que de goût : Faites-moi une confidence, belle Théodote, lui dit-il ; auriez-vous des terres?-^ Je n*en ai aucune. — - Vous avec donc quelque maison d*un bon revenu?

— Pas davantage. — Ah ! j'entends ; vous avez ,des esclaves habiles dont le travail vous rapporte beau-< coup. — Je n'en ai pas un. — Mais comment donc pouvez-vous sufBre à vos dépenses? r— Si je me fais un ami, il trouve son plaisir à m'obliger, et je n'ai pas d'autre revenu. — Vos amis font- vos richesses! c'est la plus belle de toutes, et bien préférable aux plus riches troupeaux. Mais vous abandonnez- vous à la fortune? Attendez-vous que les amis volent autour de vous comme des essaims d'abeilles, ou n'employez-vous pas quelque artiGce pour les attirer? — Ehl comment voulez-vous que j'invente* des artifices?

— Bien plus aisément qu'une faible araignée. Vous voyez comme elle se procure une subsistance assurée : elle tisse une toile subtile ; les mouches y tombent et deviennent sa proie. — Vous me conseillez donc aussi de tendre des filets pour prendre des amis?

— Il ne faut pas croire, répondit Soerate, qu'on doive aller sans art à la chasse des amis, la plus précieuse de toutes les proies. Voyez combien d'adresse on emploie pour chasser aux lièvres : cependant les chasseurs ne Se promettent qu'une proie de peu de

valeur. Ib savent que les lièvres paissent pendant la nuit; ils se procurent des chiens capables de chasser dans les ténèbres. Les lièvres prennent la fuite pen-;dant le jour : on a ci'aatres chiens qui les sentent au fumet, et les arrêtent quand ils retoyrnent au gtte. Le lièvre court avec une telle rapidité, que Tœil peut à peine le suivre : on a des chiens légers qui le gagnent à la course. Quelquefois encore il échappe : mais on tend des filets dans les sentiers ; il y tombe et se trouve priç.

— Voila bien des moyens pour prendre des lièvres, dit Théodote ; mais je ne vois pas lequel pourrait me servir à prendre des amis. — Je sais bien que vous ne les poursuivrez pas avec des chiens : mais il faudrait trouver quelqu'un d'assez adroit pour suivre à la piste et pousser dans vos filets les richards sensibles aux charmes de la beauté. — Eh! j'ai donc des filets? — Si vous en avez 1 vos attraits, qui ont tant de force pour envelopper votre proie ; votre esprit, qui vous inspire dqs paroles capables de plaire ; des regards faits pour enchanter; cet esprit, qui vous apprend à recevoir avec tant de douceur ceux qui vous aiment, à repousser les téméraires trop peu dignes de sentir le prix de vos beautés, à ne pas ressentir le bonheur de vos amis moins vivement qu'ils ne l'éprouvent eux-mêmes, à marquer une bienveillance sans bornes à ceux qui se sont livrés à vous tout entiers, à leur accorder de si aimables soins dans leurs maladies, à leur rendre visite, à leur montrer une sensibilité qui leur fait oublier

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leurs jnaax pour ne sentir que leur amour. J.e sais qu'auprès de tous on n'éprouve pas moins de ten«dresse que de douceur ; et si vous avez, des amants illustres, ce ne sont pas seulement des paroles en* chanteresses , c'est la bonté de votre cœur qui les retient dans vos chaînes. — Mais Je n'emploie aucun des artifices doiit vous parlez.

— Il n'est cependant pas indifférent, belle Théodote, de saisir le caractère de celui qu'on veut attaquer. Vous ne vous ferez pas un ami, vous ne le retiendrez pas par la force : c'est une proie qu'on prend et qu'on arrête par les bienfaits et le plaisir. — Ce que vous dites est bien vrai. — 11 faut d'abord vous contenter de ne demander à ceux qui vous aiment que ce qu'ils peuvent aisément vous accorder : il ne faut pas négliger de les payer de retour. C'est ainsi qu'ils vous aimeront plus tendrement encore; c'est ainsi qu'ils vous resteront plus constamment attachés^ et qu'ils se plairont davantage à vous faire éprouver de nouveaux bienfaits. Vous savez quel est le plus grand prix qu'ils attendent de leurs soins , et vous n'aurez pas* la rigueur de le leur refuser : mais vous voyez que les mets les plus délicieux n'ont aucune saveur quand ils ne la reçoivent pas de l'appétit, et qu'ils inspirent le dégoût quand on est rassasié : est-on pressé de la faim, les mets les. plus simples prennent une saveur exquise. N'offrez donc pas les aliments dé * Tamour à vos amants rassasiés : laissez à leurs désirs le temps de renaître. Ne vous hâtez pas même de satisfaire leurs désirs naissants : entretenez-les par les

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cbarnies de l'espérance ; toujours disposée eti apparente k répondre à leurs Tœtii, sadhadt éluder tou-^ jours, jusqu'à ce que leur passion'^lï acquis la plu§ grande force. Les fareurs revivent un douTeauprix, quand elles ont été vivement désirées.

•-« Vous ne refuserez donc pas , Socrate , de m'aidêr à me faire dés amis? -^ Mon« si vous parvenez à me persuader. — Et comment y parvenir? — C'est à vous d'en chercher les>moyens, ^t Voud les trouverez si vous avez besoin de moi. "^ £h bien, faites-moi donc lé plaisir dé venir souvent me voir;

Socrate se contenta de plaisanter sur ses occupa-^ tiens. Il ne m'est pas aisé , lui dit-il , d'en trouver le temps : mes propres affaires et les affaires publiques ne me laissent pas de loisir. J'ai d'ailleurs des maîtres^ ses qui ne me permettent de les quitter ni le jour ni la nuit, et qui savent bien faire usage des philtres et des enchantements que je leur, ai montrés. — Quoi I Socrate sait composer des philtres I — Eh ! comment croyez-vous qu'ApoUodore et Antisthène ne me quit-« tent jamais? Comment croyez-vous que Cébès et Cimmias viennent de Thèbes pour me voir? Sachez que cela ne peut se faire sans philtres et sans enchantements. — Prétez-moi donc un philtre dont je puisse me servir pour vous attirer. — Mais je ne veux vrai^ ment pas être attiré près de vous ; je prétends bien que vous veniez me chercher vousHoiéme. — J'irai volontiers si vous voulez bien me recevoir. —Je vous recevrai, s'il n'y a personne auprès de moi que j'aimè plus que vous.

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Il voyait qu'Épigène, Tun des jeuoes gens qui le fré^ quentaient, avait fort mauvaise grâce. Que vous ave« Tair commun, lui dit-il, mon cberÉpigènel— Un simple particulier comme moi n*a pas besoin de mieux payer de sa personne. — Pas moins que ceux qui combattent dans les jeux olympiques. Si les Athéniens font la guerre, croirez-vous combattre pour peu de chose, quand vous aurez à disputer dans votre vie contre les ennemis de Tétat? Dans le danger des armes, les gens qui se négligent comme vous ne sauvent leur yie qu*en se déshonorant, ou la perdent souvent parcequ^lls n*ont pas la force de la défendre. Plusieurs sont faits prisonniers : ils passent misérablement le reste de leurs jours dans la plus dure captivité ; ou, après avoir payé une rançon supérieure à leur fortune, ils finissent par traîner leur vie dans la douleur et dans la plus profonde misère. D'autres , parcequ^ils manquent de vigueur, paraissent lAches et timides, et se perdent de réputation.

Telles sontlespunitionsattachées àla faiblesse : tous semblent-elles donc méprisables, et croyez-vous pouvoir aisément les supporter? N'est-il donc pas plus facile et plus doux de se soumettre aux fatigues qu'il faat s'imposer è soi-même pour acquérir de la force? Pensez- vous qu'une constitution délicate soit meilleure pour la santé qu'une constitution robuste, qu'elle soit plus utile dans tous les événements que Ton peut éprouver? Néprisex-vous les avantages que procure

un bon tempérament? L'homme bien constitué conserve sa santé, jouit de toute sa force, défend sa vie avec honneur dans les combats, i^e tire heureusement des périls, prête des secours à ses amis, et rend à rétat des services signalés : on l'aime, il acquiert de la gloire et parvient aux plus grands honneurs : le reste de sa vie s'écoUle avec plus de douceur ; et la considération qu'il s'est acquise est un héritage qui ne sera pas inutile à ses enfants.

Si l'état n'ordonne pas de faire publiquement; les exercices militaires, ce n'est pas une raison pour les particuliers, de les négliger, et ils ne doivent pas s'y appliquer moins assidûment. Ne parlons plus de la guerre : sachez que, dans aucune circonstance de la vie, voys n'aurez à vous repentir d'avoir exercé vos forces et votre adresse* Nous ne faisons rien qu'à l'aide de notre corps ; il est toujours de la plus grande importance qu'il soit bien constitué. Vous croyez peut-être qu'il a peu de part aux fonctions de l'intelligence? Eh I comment se dissimuler que la pensée pèche souvent parceque le corps n'est pas bien affecté? Le défaut de mémoire, la lenteur d'esprit, la paresse, la folie même, sont des suites d'une disposition vicieuse de nos organes, et nous font perdre quelquefois toutes les connaissances que nous avions acquises. Le corps est-il *sain? les organes conservent-ils toute leur vigueur? on n'a pas à craindre de semblables infirmités. Si tels sont les effets d'un mauvais tempérament, il est certain tfu'une santé vigoureuse produit les effets contraires : et que ne fera pas un

homme de bon sens pour éviter tant de fnaux et se procurer de si grands avantages?

D'ailleurs n*est-il pas bonteux que, par les suites de Findolence , on arrive à la vieillesse sans savoir jusqu'où l'on aurait pu porter sa force et son adresse? C'est ce qu'on ne peut connaître sans travail , car il ne faut pas croire que ces qualités se développent entièrement d'elles-mêmes.

Quelqu'un venait de faire une politesse sans qu'on lui eût rendu le salut. Socrate le vit fort en colère : Héquoil lui dit-il, si vous aviez rencontré un homme inflrme, vous ne vous seriez sûrement pas fâché : vous avez rencontré un homme d'un esprit rustique, et cela vous tourmente ! rien n'est plus ridicule.

Un autre se plaignait d'être dégoûté. Je sais, lui dit-il, un bon remède à votre mal. — Eh! quel estil? — Cest de. manger moins : les mets vous paraîtront plus agréables, vous^ dépenserez moins pour votre <;uisine, et vous vous porterez mieux.

Je n*ai chez moi que de l'eau chaude» lui disait un troisième. — Tant mieux ; elle sera toute prête quand vous voudrez vous baigner. — Mais elle est trop fraîche pour le bain. — Est-ce que vos domestiques refusent de s'en servir pour se baigner et pour boire? — Non vraiment, et je m'en suis souvent étonné. — Quelle est l'eau la plus chaude de la vôtre ou celle du temple d'Esculape?— Oh I c'est celledutemple d'Esculape. —Vous êtes donc plus diffîcile à contenter que vos gens et que les malades mètr

us LES ENTRETIENS

Un certain, mattre avait radement maltraité son yalet. Socrate lui en demanda la raison, — Comment} c'est un gourmand^ un paresseux: il n'aime que deux choses , gagner de Targent et ne rien faire. — Avezvous examiné quelquefois qui méritait le plus d'être châtié de vous ou de votre valet?

Quelqu'un était effrayé d'avoir à faire le voyage d'Olympie. Eh I qu'a donc ce chemin qui puisse vous épouvanter? Ne passez-vous pas le jour presque entier à vous promener dans votre maison? Que vous arrivera-t-il de plus? Vous vous promènerez, et vous vous arrêterez pour dtner : vous vous promènerez encore, et vo^s votis arrêterez pour souper etpour vous reposer. Ne savez-vous pas qu'en mettant ensemble les promenades que vous faites en cinq pu six jours, on peut aller aisément d'Athènes à Olympie? Au reste, vous ferez mieux de partir un jour plus tôt que de différer ; car il est désagréable d'avoir de trop longues journées à faire, et c'est un plaisir de pouvoir perdre un jour en rouie. Il vaut mieux se hâter de partir, que d'être trop pressé d'arriver.

Je suis fatigué, disait un autre , d'une longue route que je viens de faire. — Est-ce que vous aviez un paquet à porter? — Je ne portais que mon manteau. — Étiez-vous seul, ou aviez^vous un valet avec vous? •^ J'en avais un. — Portait-il quelque chose? — Il portait mes bardes et mon bagage. *— Et comment s'est-il tiré d'affaire? — Je crois qu'il s'en est tiré "Yiieux que moi. .— Et si vous aviez eu son fardeau à

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porter, oeinmeat voua seriest-vous trouvé? — * Fort mal assurément, ou plutôt je n'aurais pu le porter. •^ Gomment done ! votre valet résiste mieux à la fatigue que vous qui devriez être un homme exercé I

Quand ses amis venaient souper chez lui, les uns apportaient peu et les autres beaucoup. Il ordonna au valet de mettre le plus petit plat en commun, et d'en distribuer une part à chaque convive. Ceux qui avaient apporté un mets plus considérable auraient eu honte de goûter au petit plat et de ne pas faire part du leur : ils se trouvaient donc obligés de le inettre aussi en commun. De cette manière, ils n'avaient rien de plus que ceux qui avaient apporté moins qu'eux et se dispensèrent de faire tant de dé-p pense.

Il remarqua que Tun des convives ne mangeait pas dé pain et ne prenait que de la viande. La conversation étant tombée par hasardsur l'application des mots aux objets qu'ils représentent : Pourrions-nous trouver, dit-il, ce qui fait donner à un homme le nom de carnassier? On mange de la viande avec son pain ; mais il me semble que ce n'est pas là ce qu'on appelle être carnassier. — Je ne le crois pas non plus, dit quelqu'un de la compagnie. — N'est-ce pas celui qui mange sa viande sans pain qui mérite ce nom ? — Personne ne mérite mieux de lè porter. — Mais, dit un autre, celui qui mange beaucoup de viande avec peu de pain? — Je trouve, reprit Socrate, que ce titre lui convient très bien ; et quand les autre

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demandent aux dieux abondance de fruits, il doit demander abondance de viande .

Pendant que Socrate parlait, le jeune homme qu'on avait en vue sentit bien qu*il était Tobjet de la conversation. 11 prit du pain, mais sans cesser de manger beaucoup de viande. Cela ne put échapper à Socrate. Regardez ce jeune homme, dit-il, vous qui êtes auprès de lui; se sert-il dé son pain pour manger sa viande, ou de sa viande pour manger son pain?

II remarqua aussi qu'un des convives, à chaque bouchée de pain, prenait un morceau des différents plats. Y a-tr-il un mets plus cher, dit-il alors, et en même temps plus mauvais, que celui d*un homme qui met à la fois dans sa bouche de tous les mets, et qui ne fait, de tant de sauces si différentes, qu'un seul assaisonnement ? Il compose un plat beaucoup plus cher que ne feraient les cuisiniers, puisqu'il mêle plus de choses ensemble. Les cuisiniers ne se permettent pas cette conhrsion, parcequ'ils ne croient pas que ces différentes substances s'accordent entre elles ; et, s'ils ont raison, un semblable mélange n'est-il pas une faute qui tend à renverser leur art? N'est-il pas ridicule de chercher des cuisiniers qui sachent bien leur métier, de n'y entendre rien soi-même, et de détruire ce qu'ils ont fait? Une tell^ habitude, d'ailleurs, n'est pas sans inconvénient. Vient-on à manquer d'une multiplicité de mets? on se croit dans la disette; on regrette cette abondance dont on s'est fait une habitude. Quand on s'est accoutumé à un seul plat, on ne re-

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grette pas les bonnes tables, et Ton se Voit sans peine réduit à son petit ordinaire.

Il disait que les Athéniens exprimaient l'action de manger par un mot qui signifie à peu près faire bonne chère. Pour que la chère soit bonne, ajoutaitil, il faut qu^elle ne nuise ni au corps ni à Tesprit, et qu*on puisse se la procurer sans trop de peine : en un mot, pour faire véritablement bonne chère, il faut se nourrir avec modération.

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