RÉCAPITULATION. — CHAP. XXXV. 59S
Dans les occasions de colère, pense au plus tôt qu'il est indigne d'un homme de s'emporter, et que comme il est plus conforme à sa nature d'avoir de la bOùté et de la douceur, c'est aussi un procédé plus mâle, qui montre plus de force, plus de nerf, plus de vigueur, que de se laisser dominer par le dépit et Tlm-^ patience. Plus cette conduite ressemble à f Insensibilité, plus elle approche de la force. Il est d'un homme faible d'être triste ou en colère : c'est toujours avoir été blessé et s'être rendu à un vainqueur.
Si tu veux une dixième maxime, reçois-la comme un présent du dieu qui préside aux Muses. Vouloir que des méchants ne fassent pas des méchancetés, c'est folie, car c'est vouloir l'impossible : mais les laisser pour ce qu'ils sont, et vouloir qu'ils ne te manquent point, c'est sottise et tyrannie.
Sur toi-même.
Trois règles qu'il te faut avoir sous la main :
-10 Quant à toi, ne rien faire sans réflexion, ni d'une autre manière que la justice elle-même ne le ferait ; et quant aux événements du dehors^ c'est un effet du hasard ou de la Providence. Le hasard n'est rien dont on puisse se plaindre, et la Providence ne doit pas être censurée.
20 Qu'est-ce que l'homme depuis sa conception jusqu'à ce qu'il ait une ame, et depuis qu'ill'a, jusqu'à ce qu'il la rende? quel assemblage, et quelle décomposition?
596 PENSEES DE MÂRG-ÂURÈLE.
50 élève-toi en idée, vois l'espèce humaine, songe à ses changements continuels.
Regarde en même temps ce grand nombre d*ètres qui occupent autour de toi Tair et le ciel. Toutes les fois que tu retourneras à ce poste, tu revérras des objets de même nature. Tout se retrouvera semblable, et de peu de durée. Comment peut-on avoir de Torgueil au milieu de tout cela ?
TRADUIT PAR NAIGEOiN,