XLIII
Si tu le peux, fais tomber, par tes discours, la conversation de tes amis sur des questions utiles bt convenables : si tu es avec des étrangers, garde le silence.
Ne ris ni longtemps, ni souvent , ni avec excès.
Refuse, s'il se peut, de jurer pour quelque chose que ce soit ; ou du moins ne jure que très rarement.
Évite de manger dehors ; et fuis surtout les festins publics. Si tu ne peux absolument t'en dispenser, redouble alors d'attention sur toi-même, de peur de prendre insensiblement les manières du peuple. Car si Tun des conviés est impur, celui qui est assis auprés de lui le devient nécessairement, quelque pur qu'il puisse être.
N'use des choses nécessaires au corps, telles que le boire, le manger, les habits, les maisons, les domestiques, qu'autant que l'exige le simple besoin; et mets des bornes à tout ce qui ne sert qu'à l'ostentation ou à la mollesse.
Abstiens-toi, autant qu'il est possible, des plaisirs de l^amour avant le mariage : si tu les goûtes, que ce
soit suivant la loi. Mais ne juge pas avec sévérité ceux qui ont sur ce point des principes moins austères ; ne les reprends point avec aigreur, et ne vante point à tout moment ta continence.
Si Ton te rapporte que quelqu'un a mal parlé de toi, ne famuse point à te justifier ; réponds seulement : « Il n'a pas connu mes autres défauts, car il aurait dit encore plus de mal de moi. »
11 n*est pas nécessaire d'aller souvent aux théâtres ; mais quand l'occasion d'y paraître se présente, ne favorise aucun des partis, et ne cherche à plaire qu'à toi seul, c'est-à-dire ne désire de voir arriver que ce qui arrive, et sois satisfait que la victoire demeure à celui qui a vaincu : par ce moyen tu attendras l'événement avec tranquillité.
Evite, surtout, de prendre part aux acclamations, aux éclats de rire, et à tous les grands mouvements des spectateurs ; et, à ton tour, ne fais pas de longs récits de ce qui s'est passé au théâtre : car rien de tout cela ne peut contribuer à te rendre meilleur; et l'on en conclurait que le spectacle a seul attiré ton admiration.
Ne va point aux lectures publiques des poètes et des orateurs, et ne t'y laisse pas entraîner légèrement. Si tu y assistes, conserve la décence et la gravité, mais sans blesser, par aucune marque d'ennui, celui qui t'a invité.
LU
Quand tu auras quelque affaire à traiter, surtout avec quelqu'un des premiers de la ville, représentetoi ce qu'aurait fait à ta place Socrate ou Zenon. En suivant de pareils modèles, tu ne feras rien que de raisonnable ; et ton imagination n'aura point à craindre de s'égarer.
Lin.
Si tu vas faire ta cour à quelque homme puissant, imagine-toi que tu ne le trouveras pas chez lui, qu'il se fera celer, que sa porte te sera fermée, ou qu'il ne te recevra qu'avec un dédain insultant. Après toutes ces réflexions, si ton devoir t'y appelle, souffre ces humiliations, et ne dis pas que l'objet n'en valait pas la peine ; car c'est le langage du peuple et de ceux sur qui les choses extérieures ont trop de pouvoir.
Dans les entretiens que tu auras avec tes amis, garde-toi de parler sans cesse de tes exploits ou des dangers que tu as courus ; car si tu prends plaisir à les raconter, les autres n'en trouvent point à les entendre.
. Évite encore de faire le plaisant et le bouffon ; car le pas est glissant, et tu courrais risque de prendre insensiblement les mœurs du peuple, et de perdre l'estime de tes amis.