PÉRIODE INTERMÉDIAIRE
et de consolider, mais qui ne devait pas lui survivre longtemps.
En philosophie, la réaction fut à la fois plus profonde et plus circonspecte. On voulait non pas modifier les croyances, mais les détruire. Au point de vue de la morale l'épicurisme, au point de vue de la foi le scepticisme, caractérisent la nature de ces tentatives. Nous avons vu les esprits forts gourmandes par La Bruyère. Ils poussaient du premier élan jusqu'à l'athéisme ; Spinosa et Gassendi, le maître de Molière, leur fournissaient des aliments dont ils se nourrissaient sans bruit. L'école secrète de Chaulieu , de La Fare, de Ninon de l'Enclos, dans laquelle Voltaire commença à se former, traversa tout le grand règne. Ces tendances se fortifiaient par les communications avec l'Angleterre, où le libre penser s'était introduit sous Charles IT, en même temps que la licence des mœurs. Jusqu'alors les Français avaient vécu assez isolés de leurs voisins du Nord ; la marche de la civilisation et les alliances de leurs princes les avaient plutôt mis en rapport avec l'Italie et l'Espagne. Toutefois ces influences étaient peu sensibles en comparaison de ce qui devait arriver plus tard : le dix-huitième siècle aura un caractère plus universel , plus humain, moins français que le dixseptième.
Entre les deux périodes, quelques esprits peuvent être considérés comme sei'vant d'intermédiaires. Saint- Évremond, Bayle, Fontenelle, Massillon, réunissent des caractères communs aux deux époques. Les deux