ETIENNE DE LA BOËTIE. H
qu'ïi n'est rien de tel que d'arriver à propos. En d'autres moments, ces pages eussent soulevé les masses ; alors on les regarda comme l'œuvre purement littéraire d'un auteur épris du beau génie de l'antiquité. Le livre avait tiré trop haut.
En lisant aujourd'hui cet opuscule, on ne peut se défendre d'un mouvement de sympathie pour le jeune auteur ; il exprime l'horreur du despotisme et de l'arbitraire ; il sent vivement l'avilissement de l'esclavage ; il est plein de verdeur et de sève; tout chez lui respire un noble amour pour la liberté. De temps en temps il s'élève à l'éloquence, mais trop souvent il retombe dans la déclamation ; ses arguments sont en général peu forts, et il brûle aussi quelques grains sur le vieil autel de la rhétorique. Voici un échantillon de sa manière, genre où la vérité du sentiment apparaît sous les défauts de la forme :
« Cette bonne mère (la nature) nous a donné à « touts toute la terre pour demeure, nous a touts logez « aulcunement en une mesme maison, nous a touts « figurez en mesme paste, à fin que chascun se peiist « mirer et quasi recognoistre l'un dans l'aultre ; si <( elle nous a touts en commun donné ce grand pre- « sent de la voix et de la parole, pour nous accointer « et fraterniser dadvantage, et faire, par la commune « et mutuelle déclaration de nos pensées, une com- « munion de nos volontez : et si elle a tasché par « touts moyens de serrer et estreindre plus fort le « nœud de nostre alliance et société ; si elle a montré, « en toutes choses, qu'elle ne voulait tant nous faire