Ibid., p
ticnco do la revoir. Cela me fait penser à un autre tique,’ à saint Martin, le philosophe inconnu, qui, ayant conçuàrAgedeplusdecinquanteans, je n’ose pas dire de l’amour, mais une vive et chaste tendresse pour madame de Bœcklin, entrée elle-même dans sa quarante-huitième année et dtVjà grand’rnôre, ne pouvait pas supporter un seul jour d’être éloigné de son amie, et versait, comme un jeune homme dans la fougue des passions, dos torrents de larmes quand il était obligé de la quitter. Strasbourg, où il l’avait rencontrée, où il avait vécu près d’elle, c’était son paradis, et Amboise, où il avait été rappelé, était son enfer, « un enfer de glace )) succédant à un ciel resplendissant de lumière et de bonheur.
De l’amour idéal à l’amour divin il n’y a qu’un pas, et cette faible distance, Pétrarque, après avoir perdu Laure, ne tarda pas ii la franchir. Il s’était nourri de saint Augustin, qui lui-méme s’étail nourri de Platon, et avait mêlé, dans son beau dialogue avec sainte Monique, le discours de Diotime avec les idées cl)rétiennos sur l’immortalité. Aussi, quand on voit Pétrarque pleurer avec amertume sur les égarements d’une passion qui l’avait détourné si longtemps du Créateur pour l’attacher tout entier à la créature, n’a-t-on pas à craindre d’étre trop injuste envers lui, si pe violent repentir nous fait aussi l’elfet d’étre plus ixiétique que réel, et nous apparaît comme une sorte de réminiscence littéraire des Coîifessions. Dos regrets plus profonds ne s’accorderaient guère avec la pensée si souvent exprimée dans les sonnets et les cnnzoni^ que Laure est pour lui l’image du souverain bien, et qu’en marchant à la lumière de son doux regard, en suivant ses
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pas et le divin rayon qui les éclaire, il ne peut manquer d’arriver au ciel D’ailleurs, comment s’expliquer qu’un généreux amour comme celui que lui inspirait la fille de Noves l’ait laissé à la fin de sa vie plus humilié et plus contrit que le souvenir de ces vulgaires liaisons qui, en déph, de ses vœux ecclésiastiques, ont fait, de lui un père de famille? Ce qui est vrai, c’est que l’auteur du Traité du mépris du monde [De Contemptu mmidi) a connu, sinon dans toute sa profondeur, du moins avec une âme jiénétréc et attendrie, la sainte abnégation du mj'stioisme. Contemporain des Tauier^ des Suzo, des Gcrsoiif il a opposé comme eux les libres inspirations du sentiment au vain formalisme de la science des écoles* et les nobles élans d'une foi toute spirituelle, quoique,, simple et 'résignée, aux querelles aussi passionnées que stériles de la théologie. Au quatorzième siècle, le mysticisme, c’est l’air vivifiant et ' régénérateur qui souffle sur tous leâ sommets du monde intellectuel.
La piété de Pétrarque et l’amour inaltérable qu’il a conservé pour son pays sur la terre étrangère, au mi- . lieu des enchantements d'un autre amour, nous font comprendre ses opinions politiques. Il ne concevait pas que le Yicaire de Celui qui a dit : « Mon royaume h’est pas de ce monde » , ait besoin d’un royaume et d’une armée, de bourreaux et de soldats pour exercer son ministèüe de charité et d’amour. Il aurait probablement changé d’avis si Dieu lui avait accordé la grâce