‹ Moralistes et philosophesChapitre 11 sur 81 · Da lei ti vieil l’amol-osio peiisiero · texte numérisé non relu

Da lei ti vieil l’amol-osio peiisiero

Ch’al ciel ti scorge per de»tro «entiero. (Soiiii. K).)

Or, con si chiara luce e con tai segui,

Error non dessi in quel brève viaggio, etc. (Sonn. 152.)

de lire ou d’entendre par anticipation les discours de nos hommes d’Etat protestants ou libres penseurs. Son patriotisme proteste cinq siècles d’avance contre le mot du prince de Metternich : « L’Italie n’est qu’une expression géographique. » Italien de cœur et catholique fervent, il demandait, à l’exemple de Danle^ de François d’Ascoli et du général des franciscains Michel de Céséna, que la tiare fût séparée (fe la couronne. Son idéal, c’était le Pape et l’empereur indépendants l’im de l’autre et siégeant tous deux dans la \ille éternelle. Cet idéal, dans les dispositions où il voyait les empereurs d’Allemagne, lui paraissait irréalisable; il se serait contenté de l’unité italienne £ous le sceptre du roi Robert de Naples. Cela aussi lui étant refusé par le malheur des temps, il acceptait, en attendant mieux, l’affranchissement du peuple romain promis par Rienzi.

* C’est la faute capitale de sa vie d’avoir mis toute sa confiance dans ce tribun vaniteux et bavard qui, fils d’un cabaretier et d’une porteuse d’eau, ne craignait pas de sacrifier Thonneur de sa mère, afin de.se faire passer, dans l’esprit du peuple, pour le fils d’un empereur. C’est plus qu’une faute d’avoir immolé à cette chimère toute la famille des Colonna, ses bienfaiteurs. M. Mézières me paraît beaucoup trop indulgent envers le héros de son livre lorsqu’il cherche ici à l’excuser au nom des passions politiques. Il n’y a pas de passion ni de système politique qui, alors môme qu’ilg croient nécessaire de briser toutes les résistances, ne soient tenus de suspendre leurs rigueurs devant les sentiments naturels du cœur humain, et principalement devant les droits de la reconnaissance. Un fanatique ne sera jamais un homme d’État ni même un bon citoyen.

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De nn^me que les sentiments religieux de Pétrarque nous expliquent en grande partie ses opinions politiques, de même ses opinions politiques nous font apercevoir une des sources d’où dérive son goût passionné pour l’antiquité. Ce n’est pas seulement parce qu’il la trouve plus belle que l’idiome populaire de son pays et que le latin informe du moyen âge, que la langue des auteurs classiques lui est si chère ; c’est parce qu’elle a été parlée par les anciens Romains, et que les chefsd’œuvre qu’elle a produits ont fait la gloire de la nation d’où est sortie l’Italie. Cette langue, surtout celle dont Cicéron nous a laissé tant de modèles accomplis, il voudrait la faire revivre, il voudrait la restituer, non seulement aux Italiens, mais à toute la chrétienté, il voudrait qu’elle servît rie nouveau d’interprète à l’amour *

\iril de la patrie et de la liberté. C’est le même sentiment qui le poussait à populariser, antant qu’il était en son pouvoir, la connaissance de l’histoire romaine, singulièrement défigurée par l’ignorance des siècles précédents. Il n’y a pas jusqu’à l’archéologie et à la numismatique dont il n’ait eu, lui poète, le courage de s’occuper par esprit de patriotisme.

Ce culte de l’antiquité, quel ([u’en soit le motif, a eu ' pour résultat, non pas précisément de le rendre philosophe, mais de lui inspirer un respect profond pour la philosophie. Sans parler du lien qui unit la doctrine de saint Augustin à celle de Platon, comment aurait-il pu oublier que Cicéron s’est nourri de l’étude de la philosophie grecque, et cpi’à l’exception de l’épicuréisme il montre une égale indulgence pour tous les systèmes? ■ Lui aussi, il accepte toutes les doctrines philosophiques, pourvu qu’elles ne «oient pas, comme le matérialisme

PETRAROLE

et l’averroïsnie, en contradiction ouverte avec la foi chrétienne. Mais ce qui l’attire surtout, c’est la méthode de Socrate, la métaphysique de Platon et la morale de Cicéron : la première, parce qu’elle fait commencer la sagesse par la connaissance de soiméme ; la seconde, parce qu’elle aboutit à l’arnour de Dieu ; la troisième, parce qu’elle renferme la définition la plus parfaite qui ait jamais été donnée de la loi du devoir. Pétrarque , à l'exemple de saint Clément d’Alexandrie et de saint Justin, ne doute pas que ces trois grands hommes de l’antiquité païenne ne soient, à leur manière, des interprètes de l’Esprit-Saint.

Pour finir ces considéi-ations sur Pétrarque, encore un mot sur son historien. M. Mézières ne s’est pas horné à étudier son sujet dans les manuscrits et dans les livres; il a voulu, pour donner plus de précision à ses récits, visiter les lieux où les faits se sont passés. Cette scrupuleuse exactitude lui a porté bonheur. Elle lui a permis quelques descriptions animées qui ne sont pas le moindre charme de son ouvrage. Nous avons particulièrement remarqué celle de la vallée de Vaucluse, dont on pourra juger par ce fragment.

« Vaucluse mérite qu’on l’aime et qu’on s’y attache. J’en appelle aux voyageurs qui l’ont visitée dans les premiers jours de printemps. Quelle route curieuse que celle qui y conduit d’Avignon, le long des bords du Rhône, et qui, s’écartant bientôt du fleuve, gravit les hauteurs de Morières, aux maisons étagées comme celles d’un village de Grèce ou de Sicile, pour redescendre ensuite vers le Thor et vers l’Isle, où les eaux de la Sorgue apportent avec la fraîcheur une verdure aussi riante que celle de la Lombardie!... Enfin la

ET L’AMOUR PLATONIQUE

Sorgue paraît, elle court comm&iin serpent au milieu des prairies vertes, et, dans un dernier détour, elle vous mène au pied d’une roche escarpée d’où elle sort et qui, de ce côte, ferme la vallée comme un rempart de pierre. C’est Vaucluse, VaU'is clausa, le val fermé.

A la racine même des rochers s’ouvre une caverne d’où jaillit la rivière, qui descend aussitôt par une pente rapide, bondissant avec fureur au milieu des rocs noiriUres pu’clle couvre d’une écume blanche. Dès qu’elle se repose, dès qu’elle ne rencontre plus d’obstacles, elle étend entre deux rives fleuries une nappe d’eau limpide, d’une couleur merveilleuse, dont je n’ai retrouvé nulle part, ni dans les Alpes, ni dans les Pyrénées, ni en Italie, ni en Espagne, ni en Orient, les teintes douces et transparentes. Le lac de Zurich est moins pur; le lac de Côme plus bleu ; la Méditerranée plus foncée; les fleuves célèbres, le Pénée, l’Alphée, l’Achéloüs, sont plus argentés; le Styx et l’Achéron sont plus noirs; l’Arno, le Tage, le Guadalquivir, le Rhône plus troubles. La Sorgue seule, d’un vert tendre à la surface et jusqu’au fond de son lit, ressemble à une plante verte qui se serait fondue en eau... »

Il n’y a pas un ami des lettres qui, à côté des œuvres , de Pétrarque, puisse se dispenser à l’avenir de placer dans sa bibliothèque le livre de M. Mézières.

pii^:rrk pomponage

Uü LA PBILOSOPfllE ITALIENNE AÜ XV* SièCLB*

En passant de l’étude de M. Weil surLévi ben Gersoli à celle de M. Fiorentino sur Pompotiace®, nous croyons à peine avoir changé de sujet. Entre le philosophe juit (lu XIV* sièchï et le philosophe italien du xvi% la différence n’est pas aussi grande qu’on pourrait le supposer* Sur un grand nombre de questions, par exemple , sur l’origine de nos idées, sur la Providence, §ur la liberté,

1. Pietro Pomponazzi, Sludi slorici su la scuola BologneSe et Padol'ana del secolo xvi, con rfiolti documenli inediti, per Francesco Fiofeiitino, professore ordinario di storia délia filosofia nella reale Üiiiversila di Dolof^iia. — Pierre Pompouace, Etudes histmdfjues Sut' l’icole de tiologne et de Padoite au xvp siècle, avec plusieurs documents inédits, par François Fiorentino, professeur titulaire d’histoire de la philoso])hie i l’Université royale de Uolog’ue. 1 Vol. iii-18 de 517 pag-es, Florence, 18(18, chez les successeurs de Le Monnier.

2. Pomponace, d’ailleui-s consacré par l’usage, répond mieux (}ue Poin- ■

poiiât à l’italien Pomponazzi. , ^

86 PIERRE POMPONACE.

sur la prophétie , sur les miracles , leurs opinions sont à peu près les mômes. Pour tous les deux , si indépendants qu’ils puissent être des doctrines régnantes et de la tradition philosophique de leur temps, la vérité, sauf quelques rares exceptions , est tout entière dans Aristote, et l’originalité , la hardiesse d’un philosophe consistent à entendre Aristote autrement que ses prédécesseurs ou ses contemporains. Mais tandis que l’auteur des Guen'es du Seigneur^ à l’exemple de ses devanciers du moyen Age, met tous ses soins à concilier les doctrines du Stagirite avec les enseignements de l’Ecriture sainte et les dogmes de la foi, l’auteur du traité de \ Immortalité de t âme s’applique au contraire à empêcher toute confusion entre ces deux autorités, ou, ce qui est la môme chose pour lui , entre la foi et la raison, entre la religion et la philosophie, entre les croyances acce[)tées comme révélées et les vérités naturelles. Par là, mettant la raison en possession d’elle-môme, il a marqué la fin du règne de la scolastique et est devenu un des principaux fondateurs de la philosophie de la Renaissance. C’est ainsi qu'il a été compris par M. Fiorentino , dont le savant et consciencieux ouvrage ne nous fait pas seulement connaître les doctrines de Pomponace , mais celles de la plupart des philosophes italiens du XVI' siècle, de ceux qui se groupent naturellement autour de Pomponace comme ses maîtres , scs disciples et ses adversaires. *

Sans avoir reçu les confidences de M. Fiorentino, nous croyons apercevoir les motifs qui l’ont porté à faire ce choix. Professeur d’histoire de la philosophie à l’université de Bologne, il s’est rappelé que Pomponace , ayant quitté Padoue pour répondre à l’appel des Bolo-

PIERRE POMPONACE.

nais, a ôté un de scs prédécesseurs; que c’est à Bologne qu’il a publié ses principaux ouvrages ; que Bologne a pendant longtemps partagé avec Padoue l’iioimeur d’être en Italie on des foyers les plus actifs de la libre . pensée ; et qu’enfin entre sa propre doctrine et celles qui étaient professées autrefois dans ces deux universités célèbres il y a plus d’une analogie. M. Fiorentino, , après avoir appartenu pendant quelques années à l’école de Gioberti , s’est prononcé récemment pour, le système de Ilégel. Or, sur la question de l’âme, la métaphysique hégélienne peut se concilier à la fois avec le naturalisme que Pomponace a introduit à Padoue et avec l’averroïsme qu’on professait à Bologne.

Au point de vue de l’érudition, des faits , de la critique historique , le livre dont nous nous proposons de rendre compte ne laisse rien à désirer. Non-seulement M. Fiorentino n’a rien oublié , mais , grâce aux documents qu’il avait sous la main , il a beaucoup ajouté à ce qu’on savait précédemment et a pu redresser un • grand nombre d’erreura où sont tombés , en traitant le même sujet , les principaux historiens de la philosophie. Nous avons le regret de ne pouvoir acco.der les mêmes éloges à la critique philosophique de AI. Fiorentino. Le système préconçu et absolu à l’aide duquel il juge les opinions qu’il fait passer sous nos yeux le rend extrêmement partial. Toujours prêt à admirer ou àexcuser Pomponace, il se croit dispensé de toute justice envers ses adversaires. Il y en a un surtout, Augustin Niphus ou Nifo, un des plus savants hommes, un des écrivains les plus féconds et les plus admirés de la Renaissance , qu’il attaque à plusieurs reprises , dans ses idées et dans son «caractère, avec tant d’emporte-

88 PIEmiE POMPONAG!-:. *

ment qu’on le dirait animé contre lui de quelque rancune personnelle ; c’est peut-être parce que les objections de Niphu§ sont quelquefois très-embarrassantes.

M. Fiorentiiio, après avoir raconté la vie de Pomponace , s’arrête particulièrement a son Traité de l'immortalité de làme^^ qui serait appelé plus justement , comme on l’a dit avec raison , Traité de la mortalité. C’està cet écrit principalement que Pomponace doit sa * célébrité. C’est là que, pour la première fois, au grand scandale des théologiens et des philosophes attachés à la tradition scolastique , il soutient cette opinion que, selon la raison et selon Aristote, l’âme paraît destinée à mourir avec le corps, et que l’autorité de la révélation , l’enseignement infaillible de l’Église nous fait seul croire qu’elle est immortelle. C’est laque, s’inscrivant en faux contre la foi unanime du moyen âge que les dogmes révélés sont supérieurs, mais non contraires à la raison, il ose dire : « En tant que philosophe, je nie l’immortalité, mais j’y crois comme chrétien. » Aussi, pour nous faire mieux ai>précier ce que le Traité de l’immortalité renferme de vues originales et person-* nelles, M. Fiorentiiio fait précéder l’analyse approfondie qu’il nous en donne d’une exposition , d’ailleurs très-élégante et très-lucide, de lu doctrine d’Aristote sur la nature de l’âme humaine et de toutes les interprétations dont cette, doctrine équivoque a été l’objet dans l’antiquité , au moyen âge et dans les premières années de la Renaissance. Après ces considérations rétrospectives, nous sommes introduits dans le cœur du sujet et nous apprenons, non-seulement ce qu’a pensé

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