De incanlutionibus , Bologne
2. De fato, lihero arhitrio, prœdcsHnalione, providentïn Dei, Uhri •juinque, imprimé à Bâla, après la mort de l’auteur, en 1523. In-folio.
PIERRE POMPONACE.
natale pour aller étudier à Padoue la médecine et la philosophie, deux sciences encore étroitement unies, comme elles l’avaient été dans l’antiquité et au moyen âge. En 1487 , il obtint le grade dé doctevir en médecine, et en 1488, dans sa vingt-sixième année, il fut ^ nommé professeur de philosophie dans la ville môme, une des plus savantes de l’Italie, où il venait de terminer ses études. C’était alors la coutume , dans les universités italiennes, surtout dans celle de Padoue, de confier l’enseignement de la philosophie à deux professeurs connus pour appartenir à des écoles différentes. On pensait avec raison que cette division des opinions était un moyen assuré d’entretenir l’émulation des maîtres et l’intérêt des élèves. Quel était le rival contre lequel Pomponace était ainsi appelé à faire ses premières armes? On a supposé que c’était le théatin Vernias (Nicoletti Vernia), qui, en effet, a occupé une chaire'de philosophie à l’Université de Padoue de 1471 à 1499. Il avait commencé par défendre la doctrine d’Averroës ; puis il se convertit et écrivit, à la fin de sa vie, en faveur de l’immortalité et de la pluralité des âmes. Soit au milieu, soit à la fin de sa carrière, il aurait bien pu rencontrer parmi ses adversaires Pierre Pomponace , qui repoussait également l’averroïsme et l’immortalité individuelle ; mais M. Fiorentino établit par des documents incontestables que Vernias n’avait point de contradicteur officiel ( ordinaria.m philosophiœ legentis absque concurrente) et que Pomponace a été, non son rival, Inais son successeur.
C’est à Alexandre Achillini que l’Université de Padoue voulut susciter un concurrent, lorsqu’elle admit Pomponace au nombre de ses maîtres. Achillini , qui
PIERRE POMPONACE.
passa à Bologne les dernières années de sa vie, enseignait alors à Padoue la philosophie et la médecine avec une autorité incontestée , avec une renommée sans .égale. On l’appelait le grand Achillini et Aristote IL Ceux qui l’entendaient répétaient ce mot, devenu proverbial : « C’est le diable ou le grand Achillini : aut diaholusaut magnus Achillinus. » C’était un averroïste, nous Redirons pas dissimulé, mais inconséquent. L’averroïsme, qui était, depuis trois siècles, la forme la plus générale de la libre pensée, faisait le fond de ses idées, non de ses croyances. Loi aussi il distinguait entre le philosophe et le chrétien, admettant comme philosophe l’unité des âmes humaines, l’unité du principe pensant et l’éternité du mondé, acceptant comme chrétien l’immortalité individuelle et lé dogme de la création. On comprend quelles difficultés et quelles hésitations devaient naître pour lui de ce déchirement intérieur de son esprit. Ajoutez à cela que , fidèle dans ses leçons comme dans ses écrits* aux formes surannées de la scolastique, il ne procédait que par distinctions et par syllogismes, en s’appuyant presque toujours sur un texte emprunté à celui qu’on appelait le grand com~‘ mentateur.
Contre un tel adversaire , la partie était belle pour Pomponace. Il avait l’ardeur, la confiance, le prestige de la jeunesse, tandis qu’ Achillini touchait à son déclin, «Ayant eu pour professeur de philosophie l’averroïste Trapolini, qui se convertit plus tard à d'autres doctrines, il n’avait pas à lutter contre l’autorité d’un maître respecté , et n’ayant rien publié encore , il restait en
I. Alexandri Achillini, Opéra; Venet., 1308, in-folio. De düUncticmàm; Bonon., 1518, -in-folio.
PIEHRE PüMPONACE.
possession de toute sa liberté ; il n’avait aucun enj^agement, soit envers lui-méme, soit envers les autres; tandis qu’Achillini, lié par sa propre parole, enchaîné par ses propres écrits , ne pouvait rien changer ni à sa. méthode ni à sa doctrine. A ces avantages, il en joignait plusieurs autres d’un plus grand prix : le don de la parole, un langage ([ul pouvait paraître élégant en com^ paraison de celui de l’école, une rare présence d’esprit elle talent de l’ironie, l’art de faire rire aux dépens de ses contradicteurs. Aussi eut-il un rapide et brillant succès, surtout auprès de la jeunesse, toujours avide de nouveauté. Les dignitaires îuixqucls était conüée la direction de rUniversité de Padoue , les réformateurs , comme on les appelait, douhlèl’ent le ti alternent de Pomponaco et le tirent passer à un lang plus élevé. Il n’était encore que professeur auxiliaire ou suppléant ; en 1405, après la mort de Yeruias, il fut nommé professeur ordinaire de philosophie naturelle. 11 conserva cette position pendant quatorze ans, no publiant rien, se bornant à commenter de vive voix les trois livres d’Aristote sur l’ànic, et gardant pour lui, si elles existaient déjà dans son esprit, les oi)inions qui devaient plus tard soulever tant d’orages.
En 1510 il quitta Padoue pour Imrrare, où il ne resta guère qu’une année. Ferraro , alors en proie aux horreurs de la guerre, n’était pas un lieu favorable pour les méditations de la ]ihilosophic ; aussi Pomponaco ac- • cepta-t-il avec empressement la chai! c que lui olfrait , à la Gnderannée 15 11, rUniversité do Bologne. C’est à Bologne qu’il écrivit et publia tous ses ouvrages, à l’exception de son traité de la Fatalité ^ dn Libre arbitre et delà Prédestination qui, tenuinéen 1520, n’a
PIEHRÜ POMPONACE.
paru qil’après sa mort à Bùle, en 152o. C’est à Bologne que, après avoir rempli sans interruption et toujours avec le même éclat, ses fonctions de professeur, il mourut le 18 mai 152o. il a été témoin des événements qui ont bouleversé l’Italie et l’Europe à la fin du xv® siècle et au commencement du xvi®. Il est impossible qu’il n’ait pas entendu parler du rôle extraordinaire que Savoiiarole jouait à Florence et de la tragédie qui çn marqua la fin. 11 assistait à la naissance de la Réforme et Aoyait commencer l’ère fatale des guerres religieuses. Mais rien ne pouvait le distraire de ses spéculations philosophiques, pas môme les passions qu’il souleva contre lui; car, quoi qu’en dise son dernier historien, il n’a jamais connu la persécution. Il a môme eu cette singulière fortune , que des princes de l’Église, des cardinaux, un prolégat , furent ses* plus ardents défenseurs fl acceptèrent la dédicace d# ses écrits les plus compromettants. C^est le futur président du concile de Trente, le Cardinal Hercule de Gonzague, qui, voulant que ses cendres reposassent à ôlantoue, sa ville natale, rechargea des frais de ses funérailles et lui érigea un monument de bronze. Sa vie est tout entière dans ses j livres, dans son enseignement , dans ses doctrines, et ^ Ton peut dire de lui ce qu’on a dit de .Spinoza : il a été moins un homme qu’une pensée.
• C’est en l.olO que parut à Bologne son fameux traité (le X Immortalité. Ce ne fut pas le premier des écrits qu’il publia; mais ce fut le premier de ceux qui firent parler de lui *. Il fut accueilli par un véritable orage ,
1. D’après M. Fioreiitino, les ouvrages de Pomponace qui ont précédé , le traité do riuimorlalité sont au iioinhre do quatre : 1” Dubitutioncs xxi M Ariyioiclcm, tellcuicul rare, que M. Fioreuliiio n’a jiu eu trouver uii
PIERRE POMPONACE.
surtout à Venise , où il fut connu d’abord; car il était dédié au Vénitien Cantarini , un élève de Pomponace devenu cardinal. Déféré au doge par le patriarche et les frères mineurs de l’Observance , le traité de \' Immortalité i\ii brûlé publiquement par la main du bourreau, sans que personne osât élever la voix en faveur de l’auteur, attaqué tous les jours du haut de la chaire, malgré sa profession de foi chrétienne, comme un ennemi de Dieu et de l’Église. Non contents de faire brûler son livre, les moines vénitiens agirent auprès de la cour de Rome pour attirer sur Pomponace les foudres de l’excommunication. Léon X , qui occupait à ce moment la chaire de Saint-Pierre, n’était, ni par caractère, ni par conviction, porté à la rigueur, quand on ne s’attaquait pas directement à son pouvoir, et son secrétaire, le cardinal Bembo' était, comme Contarini, un disciple de Pomponace, un disciple peut-être imbu de ses idées, sans compter que les poètes et les philosophes païens lui étaient plus chers que tous les dôcteurs de l’Église, anciens ou modernes , réguliers ou séculiers. Grâce à lui et aux dispositions bienvéillantesdu souverain pontife , les instances des frères mineurs de l’Observance n’eurent aucun résultat.
A Bologne , le traité de V Immortalité produisit un effet tout différent. Soit hostilité contre Venise , soit esprit d’indépendance et fidélité à des traditions libé- , raies, les Réformateurs de l’Université, non contents
sRiil exempLiire; 2® De iniuilione et remiisione formarmn, Bologne, 1514; 3® De reacUotte, Bologne, 1515; 4" De modo agendi primarum gualiiatum, videlket an agant immédiate per species spirituales, Bologne, 1515. Dans ces dWers opuscule», l’auleur, en sa qualité de pro-’ fesscur de philosophie naturelle, se contente d'expliquer, d’uue façon plus ou moins libre, quelques passages de la physique d'Aristote.
PIKRRE POMPONACE.
de confirmer Pomponace dans ses fonctions pour une période de huit an, augmentèrent singulièrement ses honoraires qui, à partir de ce moment, furent portés à 1,600 ducats d’or. Ce qu’il y a de plus remarquable encore, le vice-légat du pape , Laurent Fieschi , intervenant dans ces résolutions contre son habitude et contre les statuts de l’Université , les revêtit de son approbation et de sa garantie. L’Inquisiteur et le Sénat donnèrent leur assentiment ou laissèrent faire. Mais les adversaires de Pomponace ne se crurent pas pour cela obligés de garder le silence.
Le .plus modéré et le pUis ^respectueux d’entre eux, ce fut le cardinal Contariiii. L’esprit de la ville où il résidait, où il avait reçu le jour, les passions qui se déchaînaient autour de lui, et peut-être aussi la sincérité de scs convictions et le désir de les mettre à l’épreuve , lui faisaient en quelque sorte une nécessité de présen-. ter à Pomponace quelques objections, ou, comme on dit dans l’École, de lui faire quelques difficultés. Il s’acquitta de ce devoir avec toute la déférence qu’un disciple a pour*son maître, alors même qu’il se croit obligé de le combattre. Pomponace lui répondit sur le môme ton et avec les mêmes ménagements dans son Apologie*. Mais il ne se crut pas tenu à la même réserve à l’égard des moines qui l’avaient dénoncé, qui avaient voulu le faire excommunier et qui continuaient de se déchaîner contre lui. Il les accablait de son mépris et de sa colère , il leur rendait leurs invectives , qu’autorisaient d’ailleurs les mœurs du temps. On sait en quels , termes Luther parlait du pape et comment Henri VIII,