PIEKRE POMPüNACE
Padoue, à Salerne, à Naples , à Pise, et partout il attira la foule , partout il excita les applaudissements de la jeunesse. A Rome, où il passa quelques années , il sut charmer la cour élégante de Léon X. Nous avons de la peine aujourd'huiù nous expliquer ces succès, car Qous ne pouvons plus en juger que par ses ouvrages, qui sont composés d’après la méthode aride et rédigés dans le latin barbare du moyen âge. La plupart sont des compientaires sur Aristote ; mais il y en a aussi qui sont consacrés à la morale et à la politique Au nombre de ces derniers on remarque un traité sur l’amour ( De amore) et ün autre sur le beau ( De jmldn'o ). Le traité -du beau, malgré ses formes didactiques et son appareil pédantesque , n’est au fond qu’un madrigal adréssé à Jeanne d’Aragon, dont Nifo, peut-être par pure galanterie, se montrait très-épris^. hvL thèse qu’il y soutient ( car il n’est guère possible d’employer une autre expression à propos de cette œuvre de scolastique amoureuse), c’est que Jeanne d’Aragon n’est pas seulement belle entre toutes les femmes, mais qu’elle est le type même de la beauté [critérium formæ)^ de la beauté parfaite, de la beauté sesquilatère , et il essaye de le prouver en donnant de tous les charmes de la princesse une description plus précise qu’il ne convient à un philosophe, à un grave théologien , autorisé par le pape à créer, par sa seule volonté, des docteurs en théologie et en droit canon. ‘ * ‘
li OpusetUa moralia et polilica, iu-4®, Pariü, 164ü.
2. Nous ue voyous pas ce q\ii a autorisé le- savant auteur rie rarliclc NiphttJi dans la Biographie universelle à aflirmer que la [Mission rlont Nil'o faisait parade à la cour du priuco île Saiiseverino, s’adressait à une tille d’homieur de Jeanne d’Arafroii. Nous n’avous reucontré uulle [lart le nom de celte prétendue lille d’honueur.
l’IKUiUi Pü.MPONACE.
31. FiüreDtiiiü relève avec vivacité les ridicules de ce personnage; il lui reproche amèrement la &vcur dont il a été l’objet près des grand? de la terre, et jusqu’à son titre de comte et ses armoiries. Mais il n’cn a pas moins été, nous n’oserions pas dire le plus profond, mais le plus savant métaphysicien de «m temps, aussi versé dans les œuvres dç Platon qne dans celles d’Aristote, aus^ familier avec saint Augustin et saint Thomas d’Aquin qu’avec Averroës. Élève de Yernias, il s’attacha d’abord , comme soq maitroy à la cause de l’averroïsme. 11 lui cbnsaora , sans parler de ses nombreux commentaires, le premier et peut-être le plus curieux de ses ouvrages, son Traité de T Intelligence^ . Comme son raaîtrç aussi et comme le grand Achillini, il changea d’opinion. Il pensa non-seulement que l’immortalité individuelle est plus conforme à la vérité philosophique et à la foi chrétienne que l’immortalité collective reconnue par les Averroïstes et l’unîté substantielle de l’intelligence, mais qu’Aristote lui-mérae est contraire à cette doctrine, et qu’Averroës ne l’a pas compris. Pourquoi donc cette conversion n’aurait-elle pas été sincère, comme elle l’a été chez d’autres? Pourquoi le platonisme, qu’il a étudié plus tard, ne l’auraitil pas emporté dans son esprit sur le péripatétisme arabe et même sur la propre doctrine d’Aristote? Ce qui est certain , c’est.que Pomponace a trouvé en lui un contradicteur embarrassant et d’une grande autorité.
Ce n’est point, comme on l’a dit, sur les ordres de Léon X qu’il entra eu campagne contre l’auteur du
1. De inlellcclu ci (l'cmonibus, libii sejc, Veiilliis, 1492-, in-folio.*
lüo MSHiU' i*o.MWi;ACc:.
Traité^dc V hmimrUdité ^ ce lut, aiiiëi qu’il le dit luimême dans sa dédicace au pape, sur les instances de fra Ambrqgiô Fiajidino. 11 céda d’autant plus volontiers qu’il Supposait à Pomponace l’intention d’avoir voulu réfuter son livre sur V Intelligence ; par conséquont, ce livre lui était toujours cher, et ses idées n’avaient jws changé autant^ que le supposent, en se répé- .tant les uns les autres, la plupart de:? historiens de la ' philosophie. Sa réfutation porte le même titre que l’ou- •vragc de Pomponace Elle parut le 27 octobre 1518. Le 18 mai 1519 , Pomj)ong«e v répondit par son Defensoriuni, ainsi appelé sans doute pour qu’il ne soit pas confondu avec ï Apologie. Ces trois écrits, V Apologie, Ic'ûefensorium et Je Ti'ailé de Hmmortalité, doiventétre considérés comme uii seul et même ouvrage, qu’Uïaut embrasser dans son ensemble si l’on veut se faire une idée exacte de la pen^^c de l’auteur et de la positioji’qu’il a voulu prendre à l’égard des opinions les plus accréditées de son temps,
Avant d’exposer sa propre doctrine, Pomponace cntrepend de réfuter celles qui lui sont contraires et entre lesquelles se partage, au moment où il écrit, la grande majorité des philosophes :ce sont les doctrines d’ Averroès, de Platon et de saint Thomas d’ Aquin. ^Conformément aux idées d’Averroës, l’âme est tout entière dans l’intelligence ; mais il n’y a qu’une seule intelligence, l’intelligence active qui anime et qui gouverne notre monde sublunaire, par conséquent il n’y a qu’une seule âme pour tous les hommes, une âme non-seulement immortelle, mais éternelle. Platon, lui aussi, fait
1. Aiiîrnsliiii Nijilii SucssîHiiii De imitvu-ltüitah) uninM: lihdhi-i, Vo- Jicliis, lois.
PiBRRE POMl’ÛNACK.
consister l’/Vme uniquement clans l’intelligence, et l’intelligence telle qu’il la comprend est nécessairement immortelle. Mais il pense cpie chaque indi\idu a son intelligence propre , i) croit à la multiplicité des Ames et reconnaît à chacune d’elles le privilégc.de l’immortalité. Enfin , si Ton en croit saint Thomas d’Aquin , l’âme est le principe identique de l’jntelligcnce et de la sensibilité, le sujet de la sensation aussi bien que de la pensée; d’où il résulte que, mortelle dans l’une de ces facultés, celle cjui s’exerce par le ministère des oéganes, elle trouve dans l’autre une garantie contre la mort ; car il est inadmissible que, connaissant les choses éternelles et universelles , elle soit destinée â périr avec le corps et à s’éteindre avec les sens. *
A la première de ces opinions, qui est, selon lui, la plus incompréhensible et la plus déraisonnable dos trois à l’opinion d’Averroës, Pomponace essaye d’opposer celle d’Aristote. Ce genre de réfutation est ici parfaitement à, sa place , puisqu’il s’agit surtout de savoir jusqu’à quel point le commentateur arabe a compris la pensée du philosophe gi ec. Or, si nous' en croyons. Pomponace , entre le commentaire et. le texte il n’y a pas seulement différence, il y a contraste. Averroës fait . de l’intelligence un principe absolument indépendant des sens, des ^images sensibles, et par conséquent des ^ corps. Aristote dit au contraire que, si la fonction propre de l’Ame est de penser, la pensée est une certaine ' façon de représentation sensible, ou n’existe pas sans une telle représentation et n’est point possible sans le . • corps^.*Aristote a défini Tâme de telle sorte qu’on ne