Bologne
2. De nutritione et augmentntione , lih. I, cap. ii; M. Fioreiilino
PIERRR POMPONACE.
l’ensemble des êtres. L’homme, pour lui^tient toujours . ^
* le milieu entre deux termes extrêmes : les intelligences pures, absolument indépendantes de la matière, et
• l’àme des bêtes, absolument confondue avec elle, inca- ^ pable de s’élever au-dessus de la sensation, de concevoir autre chose que les images transmises par les organes jusqu’au cerveau. L’intelligence de l’homme est ainsi faite que, ne pouvant s’exercer que sur un objet sensible, elle est cependant supérieure aux sens dont • le ministère lui est indispensable ; car dans le sensible elle découvre l’intelligible, et dans le particulier l’univei’sel .
Comment l*intelligence peut-elle être supérieure aux sens, par conséquent au corps, en môme temps qu’elle est inséparable et qu’elle ne peut se passer des organes? Voilà un point sur lequel Pomponace ne s’est point clairement expliqué. Mais quand on réfléchit aux termes dont il se sert pour exprimer sa pensée, on s’aperçoit que, malgré l’imperfection de son langage et de leur analyse, et en tenant compte de la distance qui sépare un péripatéticiên de la Renaissance du philosophe le plus original du xviii® siècle, il a, par sa psy- •chologie comme par sa morale, quelque analogie avec l’auteur de la Critique de la raûonpure. Si l’intelligence, non l’intelligence en général, mais celle de l’homme, lui paraît supérieure au corps, c’est comme sujet et non comme objet ; comme siège de la pensée on comme faculté , non comme substance , comme être à part. Un pas déplus, un peu plus de décision dans les idées, un peu plus de clarté dans l’expression, et nous aurions eu ici la distinction du subjectif et de l’objectif, comme nous rencontrerons tout à l’heure
PIERUE POMPONACE.
celle (le la raison pratlcjuc et celle de la raison spéculative.
Ce qu’il dit de rintelligence, Pomponace, dans un autre de ses écrits, l’applique à la volonté. « La volonté, (( dit-il, ne peyt se manifester sans un instrument cor- <( porcl ; nuiis, douée qu’elle est de la faculté de choi- « sir, elle est cependant au-dessus des choses corpo- (( relies. Elle est, à certains égards, matérielle, puis- . <{ qu’il faut un organe pour agir; elle est immatérielle « sous un autre point de vue, car elle peut exercer son (( activité au-dessus du corps. Le corps lui est néces- (( saire comme objet, non comme sujet *. » lien est de môme de la raison, qui agit sur la volonté, ou de l’intelligence pratique. L’intelligence pratique excite le désir, (jui, à son tour, excite les esprits et les autres instruments nécessaires au mouvement é
Il n’y a donc pas une seule de nos facultés, des facultés que nous attribuons à l’âme, qui puisse se passer du corps et s’exercer sans le concours des organes. Or, s’il en est ainsi, qu’est-ce qui nous autorise à croire que l’ame survivra au corps? Comment pourraitelle continuer de penser et de vouloir quand ellô sera séparée de ces instruments aujourd’hui indispensables à l’exercice de sa volonté et de son intelligence ? Cette objection contre k distinction substantielle de l’âme et du corps et contre le dogme de l’immortalité a souvept changé de forme ; mais elle est restée pour le fond
1. « \aiii ((«aniquain voliiulas sine re cor|iorali lion polost ni o|nn» « exire, est taineii supra res corporales iu eligenilu; partini cnini est lua- « lerlalis, quare «iipra corpus operari potest; inilig:el eniiu corpurc ut « objeeto et non sulijccto. » {De incant., cap. xii.)