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Publié après sa mort, en lo

PIERRE POMPONACE.

facultés et toutes les propriétés de l’homme que toutes

les forces de la nature. D’ailleurs,^ l’homme étant,

comme dit Aristote, le résumé de l’univers, il ne peut * % ^

y avoir dans celui-ci aucune propriété essentielle qui

ne se retrouve dans celui-là, et ces propriétés, ces forces de la nature humaine nous échappent d’autant plus qu’elles sont réparties très-inégalement entre les individus. L’une d’entre elles, dont^ nous n’avions jamais entendu parler, vient-elle par hasard à tje manifester devant nous, nous nous figurons aussitôt assister à un miracle; nous croyons reconnaître l’action ou d’une grâce d’en haut ou d’un art infernal*. Enfin, il ne faut pas oublier qu’un grand nombre de faits prétendus mei^ veilleux qu’on nous raconte sont de pures inventions, ou des illusions produites par la fraude, ou des faits naturels convertis en prodiges par l’imagination pôpulaire. *

Cependant, puisqu’on vient de reconnaître, au nom de la foi, de vrais miracles, il faut bien qu’il y, ait un moyen de les discerner, un signe qui les sépare des faits naturels. Ce signe distinctif, dit Pomponace, n’existe pas et ne peut pas exister, car le même fait peut être naturel ou miraculeux, selon qu’il a été produit par les forces de la nature ou par une cause supérieure. La Genèse nous en offre un exemple remarquable. Moïse et les magiciens d’Égypte opèrent devant Pharaon les mêmes prodiges ; mais tandis que le premier tient son pouvoir directement de Dieu, les derniers n’agissent que par la puissance de leur art. Qui

1. « Ignarum et profanum vulgus et rude* homines quod non noruut « fieri per causas manifestas et apparentes, in Deum vel dæmones refe- « mut. » {De incantaiiouibus, c. Jii.)

PIERRE fOMPOMACE.

nous apprendra à faire la difflércncc? L’Église catholique, dont toutes les décisions sont inspirées par le Saint- Esprit et conformes à la parole divine*. L’ironie est manifeste, et il faut avoir la candeur de l’âge d’or pour croire avec Ritter aux professions de foi chrétiennes de Pomponace, L’ironie n’est pas rpoins sensible lorsque, dan» sa discussion avec Contariui, il soutient que la religion chrétienne, en enseignant le dogme de la résurrection de la chair, est la seule qui puisse admettre raisonnablement l’immortalité de l’âme, tandis que les autres religions et les différents systèmes philosophiques qui ne reconnaissent pas la résurrection, n’ont aucun motif sérieux à alléguer quand ils affirment que l’âme doit survivre au corps Pomponace a, de parti pris, oublié de nous dire ce que deviendront, en attendant le jugement dernier, ces esprits séparés d’un corps dont ils ne peuvent se passes. Mais revenons à la théorie du surnaturel.

Si Pomponace ne croit point aux miracles, il croit à l’astrologie judiciaire et ne doute pas de l’influence que les astres exercent sur les destinées et sur les facultés de l’homme. Quelque surprise qu’elle cause d’abord, cette contradiction est plus a[>parente que réelle. L’astrologie est, jusqu’à un certain point, une conséquence logique de la cosmologie d’Aristote, acceptée sans discussion par les péripatcticiens de la Renaissance comme

1. « Quod vero aliqua lalia siiit miracula, aliqua vero ejusdem specieg H iiüu siut, sufTiüit Ecclesia' catholica', auctoritas quæ Spiritii Saiiclo et Il Verbo Dei regulatur. » {De incnnUxtionibus, c. vi.)

2. « Quare et sola religio christiaua rationabiliter habet poiieri animo- II rum immorlalilatem, cætera*. yero religiones oranesque piiilosopbandi Il mofb qui aiiimos imniortaleg pogueruiil suut irratioiiabiliter dicti et Il otnmno fabulosi. » {Apologia, lib. III, r. lii.)

PIEHRE POMPOiNACE.

par les philosophes scolastiques du moyen âge. On sait que, d’après le philosophe grec, le monde se compose de dix sphères concentriques dont la première agit sur la seconde, la seconde sur la troisième, et toujours ainsi jusqu’à la dernière. Le dernière c’est la terre, qui, se trouvant enveloppée par toutes les autres, subit nécessairement leur commune action, sans préjudice de l’action particulière qu’elle peut recevoir indirectement de chacune d’elles. Rappelons-nous, en effet, que chacune de ces dix sphères, que chacune des étoiles qui y sont attachées et qu’elles entraînent dans leur mouvement, est confiée à la direction d’une pure intelligence, d’une intelligence séparée, bien supérieure à celle de l’homme, et que toutes ces intelligences se transmettent l’une à l’autre l’impulsion qui leur est imprimée par le premier moteur. Le système une fois admis, il faut convenir que Pompouace ne raisonne pas trop mal lorsqu’il soutient que, de même que la terre, l’homme ne saurait échapper à la puissance universelle de ces globes admirables qui l’entourent et à la sage direction des intelligences qui les gouvernent. On se souvient peut-être que le libre penseur Lévi ben Gerson nst, lui aussi, un adversaire des miracles et un défenseur décidé de l’astrologie judiciaire.

» Au reste, l’influenœ des astres n’est pour Pomponace qu’une façon particulière, moitié arabe, moitié aristotélicienne, de se représenter le gouvernement de l’univers et de l’humanité. 11 en fait l’instrument par lequel la Providence intervient régulièrement et sans interruption' dans les affaires humaines, de manière à rendre inutile la suspension des lois de la nature et ces coups d’état de la puissance divine que les théologiens

PIERRE POMPONACE.

appellent des miracles. L’influence des astres a d’ailleurs cet avantage de donner en théorie satisfaction à la raison, ou, comme on dit aujourd’hui, au rationalisme, sans exiger beaucoup de rigueur dans l’application, par conséquent en laissant encore un assez vaste champ à l’incrédulité. Comme il est difficile de la définir, et par là même de la circonsctire dans des limites déterminées, il est permis d’accepter comme vrais les récits les plus extraordinaires, les hypothèses les plus . chimériques, leS traditions les plus fabuleuses. Le merveilleux continuera de régner sur les esprits, à la condition de passer pour naturel. C’est précisément le point de vue où s’est placé Pomponace. « Ce que nous <{ appelons des miracles, dit-il, ce ne sont point des « faits contraires à la nature et qui sortent de l’ordre « des corps célestes ; mais le nom qu’on leur donne « leur vient de ce qu’ils se produisent d’une manière « inaccoutumée et très-rarement, et qu’au lieu d’être « compris dans le cours ordinaire de la nature, ils « n’appi^raissent qu’à de tiiès-4ongs intervalles *. »

Au nombre de ces faits rares, extraordinaires j mais pourtant conformes aux lois de la nature, et qui sont amenés par les révolutions des corps célestes, Poinponace ne se fait point scrupule de compter la naissance, le développementetlachute des religions. Les religions, comme toutes les choses de ce monde, comme les États et les individus, sont soumises à l’influence des astres et subissent k loi universelle de la génération et de la

1. « Non suut miracula quia «iiit tolaliter coulra uaturam et præter « ordiüem corporum cœlestiuni, seci pro lauto ilicuntur miracula quia « iii:>ulito modo et rarissime acta et uou secuudum commuuem uaturæ « curaum, sed iu lougissirais periodis. » (De incantationil/us, c. Xll.)

PIERRE POMPONaCE.

corruption. C’est la marche générale du monde, ce sont les révolutions nécessaires du ciel, ce sont les astres, en un mot, qui les appellent à l’existence, chacune à son tour, quand son temps est venu, et qui suscitent les hommes dans lesquels nous les voyons représentées pour la première fois, les législateurs religieux, ceux que nous appelons justement les fils de Dieu. Ce sont les astres qui donnent à ces hommes le pouvoir d’opérer ce que nous appelons des miracles ; car il y a des miracles, dit Pomponace, dans toutes les religions, dans la religion de Moïse, dans la religion des Gentils, dans la religion de Mahomet, aussi bien que dans la religion chrétienne Ce sont les astres aussi qui amènent la décadence et la chute inévitable des religions. Les religions ont Iqur horoscope comme les hommes. Il y a des signes qui n’échappent point à un œil exercé et qui lui permettent de prédire à coup sûr qu’une religion touche à sa fin. Ces signes de mort, Pomponace croit les apercevoir dans le christianisme. 11 lui semble que la vie s’est ralentie dans son s(jin, tout y est froid^ les miracles y ont cessé, et ceux qu’on lui attribue sont de pure invention ou des effets de la fraude L’excellent Ritter, dans son inépuisable indulgence, suppose que Pomponace, en s’exprimant ainsi, se borne à exposer l’opinion de quelques pliilosophcs de son temps ou des siècles passés, avec l’intention de la réfuter plus tard®.

1. « Aniplius, \ideat aliquis legem Moy?is, lefrem Geiitilium, lc(rom « Mahunicli in iina(]uatjuc loge ficri miracula qiialia legiinlur et meimi- « ranlur in lege Chriiiti. » {Da incantntiotiihm, c. xil.)

2. « (Jnare et mine in lide nostra onmia frigescunt, iniracula deainunt, a nisL conlicta et simufala : nam jn-opinquus videtur esse finis. » [Ibid , ibid.)

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