Geschichte der ncueren Phiiosoj/hie, t. IX, p. 39C
PIERRE POMPONACE.
Mais commo cotte réfutation n’apparcaît nulle part, ni dans le Traité des enchantements, ni dans aucun autre de ses écrits, il faut bien admettre qu’il parle pour 3on propre compte. D’ailleurs, il faut remarquer que les religions, pour Pomponace, ne sont que des lois; il les appelle rarement d’un autre nom. Or, nous savons quel est, selon lui, le but que se proposent les lois et les législateurs. Ce n’est pas d’instruire les hommes, mais de les diriger et de les gouverner par la crainte et les espérances d’une autre vie ; ce n’est pas de leur enseigner la vérité, mais de profiter de leurs faiblesses mêmes pour les conduire dans le chemin de la vertu. Dès lors, pourquoi les religions, sans en excepter le christianisme, seraient-elles à l’abri des changements et destinées h une durée éternelle?
Ce c|^ui achève de nous dévoiler la pensée de Pomponace sur la religion, c’est l’idée qu’il se fait de la philosophie et des philosophes. Tandis que les fondateurs de religions, les à'f/is/ateurs, comme il les appelle habituellement, ne sont pour lui que les fils de Dieu*, les philosophes, dit-il, sont des dieux véritables, les seuls dieux de la terre, so/i dii terrestres^ et diffèrent autant des autres hommes, à quelque classe et condition qu’ils appartiennent, que des hommes vivants diffèrent de ceux que nos yeux aperçoivent dans un tableau^. Aussi doivent-ils se garder de laisser échapper
leur secret et de parler aux simples et aux profanes
1. « Quarc hiijus modi lefrislalores qui Dei filii merito uuucupari pos- « sunt, procurantur ab ipsis oorporihus cœlestibus. » (De inmnt., c. xii.)
2. « Qua- omnia, quauquarn a profano vulgo non perci])iaiitur, ab ktis « lamen pbilosopliis, qui soli sniit ()ii terrestres et tantum distant a ce- « teris, cujuscuiuque ordiuis sive conditionis sinl, sicut homines veri ab « horaiiiibus pictis, suut coiicessa ne demoiistrata. » {Ibid., c. iv.)
PIERRE l'OMPONACE.
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comme ils se parlent entre eu\‘. Les simples et les profanes, les hommes du commun ressemblent aux ânes, que les coups de bâton peuvent seuls décider à porter leur fardeau. C’est ainsi que la grande masse du genre humain a besoin d’être conduite par les promesses ou par les’menaces. La vertu désintéressée est aussi rare que la science, c’est-à-dire que la philosophie, puisqu’il faut être philosophe pour la comprendre et la pratiquer.
S’il était vrai que Pompopace, en dépit des agitations de son esprit, eût conservé la paix de son âme sous les ailes de la foi, il serait difficile de comprendre le portrait qu’il a tracé du philosophe, évidemment d’après lui-même. « Prométhée, c’est le philosophe, qui, clier- « chant à découvrir les secrets de Dieu, est rongé par « des soucis el des pensées qui ne lui laiësent pas do « relâche ; il ne connaît ni la faim, ni la soif, ni le « sommeil; objet de raillerie pour tous, il passe pour « un insensé et un sacrilège, persécuté par les inqui- « siteurs, livré en spectacle à la foule. Tels sont les « avantages qui sont réservés aux philosophes, telle est « leur récompense^. ))
La liberté d’esprit dont Pomponace fait preuve en faisant entrer la religion dans l’ordre général de la nature et en expliquant les révolutions religieuses par
1. « Arcana philosfiiihorum non sunl popiilanda vulgaribns el idiotif*. » {Defemorium, c. xxxvi.) »
2. H Prometlieus est philosophus, qui, duni vult scire Dei arcana, per-
« pclnls curis et copitationibus roditur, non sitit, non famcscit, non dor- « mil, non expnit, ab omnibus irridelur, et tanquaia slullus et saiTilepiis « babetur, ab inquisitoribus prosequitur, fit spectaculum vulfri. Hæc ip:itur « sunt lucra pliilosophorum, bœc est eorum merces, » {De f'oio, lib. III, c. VII.) . .
PIERRE POMPONACE.
les raêraes lois que les révolutions politiques, ne l’empêche pas, comme nous avons eu déjà l’occasion de le constater en passant, d’être un adversaire déclaré de l’athéisme. Comment serions-nous étrangers à l’idée (le Dieu, puisque nous participons à la connaissance de l’éternel et de l’universel? L’idée de Dieu est une idée première, une idée nécessaire de notre intelligence, un principe qu’on ne discute pas, puisque les principes sont indiscutables, les principes sont la porte par laquelle on entre dans la science. Dieu, c’est la suprême raison des choses à laquelle il est impossible de chercher une autre raison*. L’univers est l’œuvre immédiate de sa pensée, tandis que les intelligences séparées qui président aux mouvements des corps célestes ne peuvent rien sans le concours des astres, ni notre propre intelligence sans le concours des organes, sans l’intervention des esprits et du sang®. L’essence divine étant absolument simple, puisqu’elle nous représente l’unité suprême, toutes les idées de Dieu se ramènent à une seule, l’idée du monde. Dieu a donc pensé éternellement. Dieu a voulu éternellement ce monde qui lui doit l’existence et qui participe à son unité. Tout ce qui est possible se trouve réalisé en lui, * aucun degré ni aucune forme de l’existence ne lui manque,* depuis le plus humble «ttome de matière jusqu’aux pures intelligences qui règlent la marche du ciel.
Pomponace, dominé à son insu par la tradition du moyen âge et par le culte de la Renaissance pour les . C ■ ■ ...