‹ Moralistes et philosophesChapitre 28 sur 81 · De incanfa/ïoniôits^ c. i\i · texte numérisé non relu

De incanfa/ïoniôits^ c. i\i

PIERRE POMPONACE.

auteurs de l’antiquité, s'e laisse quelquefois entraîner jusqu’à dire qu’il lui appartient aussi peu de contredire Aristote qu’à une puce de lutter contre un éléphant * * et en effet, il le suit de très-près, de plus près même que ne le fait la scolastique, dans scs opinions sur la nature de l’Ame et sur le système du monde. Mais ici nous ne reconnaissons plus la même influence. Ce Dieu dont l’essence, dont l’indivisible perfection se réfléchit dans le monde, ce Dieu qui a pensé le monde et qui l’a voulir*de toute éternité, ce n’est pas le Dieu d’Aristote, du deuxième livre de la Métaphysique^ un Dieu qui ne • connaît que lui-même, qui ne pense que lui-même et qui agit sur le jnonde sans le connaître, en qualité de cause finale; non, c’est le Dieu de Platon qui s’est ré-

♦ vêlé à Pomponace dans la traduction de Marsile Ficin.

Mais en se séparant d’Aristote pour se rapprocher de Platon, Pomponace s’est-il également rapproché du christianisme? Accepte-t-il le dogme de la création ex nihilo? Il voudrait le faire croire, mais on s’aperçoit bien vite que ce n’est qu’un stratagème mêlé d’ironie, comme celui dont il s’est déjà servi plusieurs fois, et où l’ironie tient certainement la plus grande place.

* Si Dieu a voulu le monde éternellement, n’a-t-on pas le droit d’en conclure que le monde est éternel, ainsi que l’affirment les péripatéticiens? Non, dit Pomponace, d’abord parce que l’Église nous enseigne que le monde a été créé et que l’Eglise ne peut faillir ; ensuite parce qu’il y a une différence entre vouloir et faire, entre la décision et l’action. Dieu, de toute éternité, s’est contenté de vouloir que le monde existât, il l’a fait

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