‹ Moralistes et philosophesChapitre 29 sur 81 · Df fdlo, lil). Il, c. y; Dp iiiimoH., r. ym · texte numérisé non relu

Df fdlo, lil). Il, c. y; Dp iiiimoH., r. ym

• PIE^E POMPONACE.

quand cela lui a convenu La différence de la volonté et de l’action se comprend chez un être qui, pour manifester sa volonté, a besoin d’un instrument, d’un organe. Mais Dieu étant affranchi de cette nécessité, comme Pomponace vient de le remarquer lüi-méme, sa volonté est son action, ce qu’il veut et ce qu’il fait sont absolument identiques. Pomponace en est si persuadé que, ne comptant pas beaucoup sur le premier argument, il le remplace par un autre qui le contredit tout à fait et ne laisse plus rien subsister ni de la perfection du monde, ni de l’éternité de la volonté divine. On observe chez l’homme, dit Pomponace, une volonté contingente et variable, une volonté accidentelle, comme l'appelle Aristote. Pourquoi donc ce genre de volonté serait-il exclu de la nature divine? Par exemple, le monde aurait pu être plÂs grand ou plus petit. Au lieu d’un seulmonde. Dieu aurait pu en produire plusieurs ; il aurait pu le rendre plus parfait qu’il n’est. S’il ne l’a pas fait, c’est qu’il ne l’a pas voulu, il n’est pas besoin d’en chercher une autre cause Voilà ce qu’on peut appeler une absurdité préméditée ou un sanglant sarcasme à l’adresse de ces esprits routiniers qui passent par dessus les plus énormes difficultés, pourvu qu’on y réponde, par un syllogisnîe en forme. 11 n’y a pas un seul mot de ce raisonnement qui ne soit la négation directe de tout ce qui a été tout à l’heure démontré avec tant de soin. Une volonté accidentelle est absolument incom-

!. « Dico igitur quod Deus ab œterno voluit pi’odiicere hoc univprsum « quod videmus, non tainen pro æleriio, seil pro iiovo, veliiti Ecclcsia « déterminât. » {De fnto, lib. Il, c. v ; lib. V, c. iv.)

2. De fato, lib. V, c. ix. «Deus potuisset facere uiiWersum majiis et « minus quam hoc sit. Quod autern non fecerit est quoniam noluit, etc. n

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patible avec une volonté éternelle. Puisque le monde, tel qu’il existe, est la plus haute expression de la pensée divine, il ne saurait être autre, il ne saurait être meilleur qu’il n’est. Enfin, puisque l’unité, qui est dans l’essence divine, doit se manifester aussi dans l’œuvre de Dieu, il n’est pas admissible qu’il aurait pu exister plusieurs mondes indépendants les uns des autres, ou que l’univers aurait pu ne pas former l’ensemble harmonieux dont il nous offre le spectacle. Aussi Pomponace, afin de ne laisser aucun doute sur son intention, a-t-il la précaution d’ajouter : « Pour des oreilles de philosophes,

, a tout ce que nous venons de dire est un tissu d’extra- « vagances ; mais c’est notre devoir de nous conformer « à l’autorité de la sainte Écriture *. »

11 est une autre question que Pomponace n a pas traitée avec moins de liberté que celle de l’origine des choses : c’est la question de la Providence dans ses rapports avec la liberté humaine. Il est nécessaire, selon lui, que le philosophe qui aborde ce sujet se prononce pour l’un ou l’autre de ces trois systèmes ; le système d’Aristote, celui des stoïciens et le dogme chrétien. Selon le système d’Aristote, tout se lie et s’enchaîne dans l’univers, tout est soumis aux révolutions des astres, tout mouvement est l’effet nécessaire d’un mouvement antérieur. Une telle doctrine semble exclure ù 'la fois la Providence et la liberté, et cependant Aristote les reconnaît toutes deux ; il est donc doublement inconséquent. Puis la Providence, telle qu’il la conçoit, en supposant qu’elle soit possible avec ses idées sur la

I . « Et quanquam auribus philosophorum ista videantur deliramenta « Umen standum est auctoritati canonicæ Scriptui-æ. Ubi supra. »

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Structure de lunivers, 'renferme une autre inconséquence. 11 ne veut pas qu’elle puisse descendre au-dessus de l’orbite de la lune et exercer son action sur la terre. U lui défend également de s’occuper d’autre chose que des espèces et des genres, et des lois générales de l’univers. Mais pourquoi ces deux restrictions? Est-ce que la terre ne fait point partie du monde? Estce que dans "les espèces ne se trouvent point compris les individus? dans les lois générales les faits particulier ? Autant l’athéisme que cette façon de comprendre les relations de Dieu avec l’humanité *.

Le stoïcisme, acceptant l’idée de la Providence et • repoussant celle de la liberté, a du moins le mérite de ne pas se contredire ; mais il donne prise à d’autres objections non moins graves que celles que l’on peut faire contre la doctrine péripatéticienne. Si l’homme n’est pas libre, s’il n’est qu’un instrument dont se sert la Providence pour accomplir ses desseins, alors c’est la Providence qui est l’auteur du mal, c’est à elle qu’il faut faire remonter la responsabilité du péché. S’il n’y avait que le mal physique, on ne pourrait pas en faire un sujet de reproche contre l’auteur des choses et la raison qui gouverne l’univers, car le mal physique n’est, à proprement parler, pas un mal ; c’est la conséquence nécessaire de la multiplicité des êtres et de la diversité des existences. Par cela seul que les êtres sont multiples, il est impossible qu’ils soient inûnis et que chacun d’eux en particulier possède la perfection. Les dons de l’existence sont partagés entre eux, ils les possèdent à des degrés divers, et cette variété que nous observons dans la na-

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