Ibid.' p. 29 et
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était la seule langue admise à l’honnéur d’un enseignement régulier.
C’est à cette situation qu’Adalbéron voulut porter . remède dans son diocèse, en commençant par le clergé. Il lui sembla que le plus sûr moyen de réformer lés mœurs, c’était de relever les études, ou, du moins, que c’étaient là deux tâches inséparables, qui demandaient d’être exécutées simultanément. Il était décidé à ne s’en remettre qu’à lui-même pour remplir la première ; mais la seconde ne pouvait être confiée qu’à un homme d’un savoir éprouvé et qui joignît à l’ascendant du talent celui d’un nom déjà célèbre. Gerbert , après l’accueil qu’il avait reçu à Rome et la faveur dont il avait joui à la cour impériale, réunissait ces conditions. Aussi le pieux et intelligent prélat le reçut-il avec bonheur comme un envoyé du ciel, comme un auxiliaire que la Providence elle-même aurait choisi.
Sa confiance ne fut pas trompée. Travaillant sans relâche, pendant qu’il instruisait les autres, à accroître la somme de ses propreip connaissances , Gerbert imprima une vigoureuse impulsion aux écoles du diocèse de Reims. A l’exception de la grammaire, qu’il abandonnait à des maîtres d’un ordre inférieur , chacune des sept branches de l’enseignement scolastique, ou de ce que l’on pourrait appeler l’encyclopédie des connaisâances humaines au moyen âge , reçut de lui de notables perfectionnements, et loin d’accorder à la faiblesse de ses contemporains qu’il fallait désespérer de les réunir, il les considérait comme inséparables. La logique ou la dialectique, c’est-à-dire la philosophie, qu’il ignorait encore pendant son séjour en Italie, devint le premier objet de ses soins. Il étudia et fit étudier à ses
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^èVes V Introduction de Porphyre, avec les Commentaires de Boëce , et les trois premières parties de l’Organum, c’est-à-dire les Catégories, le Péri ErmeneiaS et les Analytiques^ . Au lieu des Topiques d’Aristote il prenait ceux de Cicéron , toujours avec les Comment taires de Boëce. La rhétorique dont il se servit d’abord était celle de Victorinus; mais il a lui-raéme composé plus tard, sur cette matière, un traité qui n’est pas arrivé jusqu’à nous, ou qui n’a pas encore été retrouvé dans la poussière des bibliothèques. Nous savons seulement qu’il attachait à cette partie de son enseignement une extrême importance, et qu’il y préparait ses élèves en leur expliquant les passages les plus remarquables des anciens poètes latins , non-seulement de Virgile, mais d’Horace, de Térence, de Stace, de Juvénal, de Perse et de Lucain. C’était bi^ plus qu’une preuve de goût et de bon sens, c’était, pour son temps, presque de l’audace, car les poètes païens n’étaient pas en faveur au x' siècle. Virgile lui-même , qui devait plus tard servir de guide à l’auteur de la Divine Comédie, était regardé alors comme un maître de corruption et d’erreur. « Que les poètes sacrés vous suffisent, disait un des maîtres les plus vénérés du temps, vous n’avez pas besoin de vous ^souiller de la faconde pleinè de luxure de Virgile. »
Mais c’est principalement dans l’enseignemeilt des
1. Ce ne peut être que le traité des Analytiques que M. Olleris a décimé par ces mots d’f^rls Richer : « Il expliqua quatre livres sur les différences des raisonnements, deux sur les syllogismes catégoriques, trois Jür les hypothétiques, un sur les définitions, un sur les divisions (p. 33). » Kths doute, ce n’est là que le sujet et non la division des Analytiques d’Aristote. Mais Richer a pu s’y tromper, et la division actuelle des ou- Vrages d’Aristote n’était pas nécessairement connue au temps de Geràetu
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sciences ou du quadrivium , comme on les nommait à cette époque, que se montrait la supériorité deGerbert. Dans l’arithmétique , il remplaça par l’abacus l’usage des lettres grecques et latines , et enseigna à ses contemporains la valeur de la position des signes. Avec neuf caractères , dont la forme ressemble beaucoup à celle de nos chiffres arabes , et qui désignaient, en allant de droite à gauche, des nombres de dix en dix fois plus forts ; c’est-à-dire des unités , des dizaines , des centaines, etc., il exprimait tous les nombres imaginables. Des colonnes séparées , formées par l’espace contenu entre deux lignes verticales, étaient occupées par ces divers ordres d’unités, et la colonne qu’on laissait en blanc remplaçait le zéro. C’était, comme on le voit, avec quelques légères différences, le système de numération ^ui est encore usité de nos jours. On a voulu en faire honneur au génie des Arabes, à cause des noms arabes sous lesquels se trouvent désignés chez quelques auteurs du moyen âge , les neuf signes employés par Gerbert. Mais il est démontré que ces noms ne datent que de la fin du xii* siècle. D’un autre côté, on s’est convaincu que le même système était déjà connu , d’une manière plus ou moins complète , des Indiens et des Égyptiens, d’où il a pàssé aux philosophes grecs, et plus particulièrement aux néopythagoricierîs d’Alexandrie. Il n’est donc guère possible d’admettre avec M. Olleris que Gerbert l’ait inventé. Gerbert l’a 'trouvé dans le Traité d' arithmétique àe Boëce, qui, lui-même, par l’intermédiaire d’Archytas, l’a emprunté aux néopythagoricieos. Telle est du moins l’opinion que M. Martin soutient avec beaucoup d’érudition et une grande force de raisonnement dans
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un remarquable travail publié il y a quelques années ; Les Signes numéraux et l Arithmétique chez les peuples de l'antiquité et du moyen âge^.
Gerbert ne se contentait pas d’enseigner d’une manière théorique la géométrie et l’astronomie, il exerçait ses élèves à la pratique de ces deux sciences ; il les emmenait avec lui à la campagne et les - accoutumait à arpenter un terrain ou à mesurer la hauteur d’une montagne ; il les faisait monter , pendant une belle nuit d’été, sur une plate-forme, et leur apprenait à distinguer les étoiles parleur position. Il fabriquait lui-même, pour leur usage , des sphères armillaires, des sphères pleines et des tubes. Mais que ces tubes fussent munis de verres et formassent des télescopes, c’est une supposition qui ne peut se soutenir. Les 'connaissances géolÿétriques et astronomiques de Gerbert étaient em- > pruntées à l’antiquité grecque par l’intermédiaire de Boëce, et rien, jusqu’à présent, ne démontre qu’il y ait ajouté quelque chose de son propre fonds. Les inventions mécaniques dont on lui a fait honneur, les horloges à roues, et ce fameux orgue qui était mis en jeu par la vapeur de l’eau bouillante , sont de pures légendes, qui n’ont pris naissance que cent ciivjuante ou deux cents ans après sa mort. Il en est de môme de ses prétendues découvertes en médecine et en musique. Gerbert n’en a pas moins été la lumière de son siècle. S’il n’a rien ou s’il a peu ajouté à la somme des connaissances humaines,dU’a, du moins, empêché de dé- * croître; il a arrêté le flot toujours montant de la barbarie et de l’ignorance , et recommencé , en la conti-