‹ Moralistes et philosophesChapitre 33 sur 81 · Ibid., ibid,, c. vu · texte numérisé non relu

Ibid., ibid,, c. vu

l'IERRE POMPONACE.

est même possible que nous en abusions à ce point que nous méritions de descendre au rang des réprouvés. Ce que nous appelons des réprouvés, ce sont simplement des hommes qui ont abusé delà grâce*.

Les conséquences de cette libre exégèse ne sont pas difficiles à apercevoir. S’il y a une béatitude naturelle que l’on obtient nécessairement en obéissant fidèlement aux lois de la conscience, «à quoi sert la béatitude surnaturelle? Et si la grâce elle-même est impuissante sans la liberté, si la liberté a le pouvoir de la convertir en une cause de déchéance, de quel avantage est-elle pour l’homme? Pour Pomponaee la prédestination et la grâce ne sont pas autre chose, en réalité, que les divers talents, les diverses aptitudes que nous avons reçues de la nature et qui nous assignent, dès notre naissance, la tâche que nous sommes appelés à remplir dans la société, la tâche qui ne peut cependant être accomplie que par la liberté. C’est par là que l’humanité nous présente, comme le croyaient les anciens, un abrégé de l’univers ; car nous y trouvons la môme variété et la môme harmonie. C’est par là que la société forme un corps dont chaque individu peut être considéré comme un membre indispensable \

On voit, par l’ensemble de ses opinions, que ce qui distingue Pomponaee, non-seulement de ses devanciers, mais des philosophes de son temps, c’est l’esprit critique, dans la mesure où il lui est permis de s’exercer contre l’autorité encore toute-puissante de l’Église et le culte enthousiaste de l’antiquité. Pomponaee passe en revue et soumet à sa libre appréciation non-seulement

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