VI* livr
DESCARTES
conséquence que, si le monde a commencé, U ne doit pas finir. Mais en vain le monde doit-il durer éternellement, il suffit qu’il ait commencé pour qu’ü soit une œuvre finie, et une œuvre finiê est indigne de Dieu. Comment donc le Créateur lui a-t-il ôté cette [indignité? En s’unissant à lui par l’incarnation de son Verbe, a L’incarnation du Verbe, dit Malebranche *, est le premier et le principal des desseins de Dieu ; car c’est seulement en unissant son Verbe à leur ouvrage qu’il prononce l’infinité de ses attributs. U n’y a que l’Homme-Dieu qui puisse joindre la créature au Créateur. » Cette manière d’expliquer l’origine et la raison des choses est beaucoup plus près de la doctrine orientale de l’émanation que du dogme chrétien ; car si l’incarnation du Verbe est la condition nécessaire de la création des êtres, elle n’a plus pour but de racheter les honunes de la servitude du péché, et elle aurait eu lieu sans le péché originel; elle n’est plus alors que le premier degré, la première manifestation, ou, si l’on veut, le premier épanchement de sa substance divine.
Malebranche soutient une autre opinion qui n’est pas moins compromettante pour la foi. 11 pense que Dieu n’agit que par des volontés générales, que les volonté ou les lois générales sont le propre de l’intelligence suprême, qui embrasse tout et qui a tout prévu, tandis que les volontés particulières sont le propre d’un ouvrier inhabile qui travaille, pour ainsi dire, aü jour le jour. En appliquant ce principe à l’ordre de la grâce comme à l’ordre de la nature, il est évident qu’il met en ques-