La 62* dans l’édition de M. Olleris
2. « Nec ulla saltem villula ob fidem retentam vel retinendam donatus « sum. » (Ubi supra.)
GIRBBRT.
leurs les circonstances étaient telles qu’elles oujrraàeoJi une nouvelle c^urière à son activité et h. son talenlidit^ plomatique.
Le temps approchait où une nouvelle dynastie allait remplacer sur le trône de France les derniers Garlovino* giens. Gette révolution, ’Gerbert , comme nous l’avons vu, la pressentait. Son ambition allait plus loin ; il amraih voulu y contribuer. Abandonné par la cour d’AUema» gne et cherchant à se créer un nouvel appui , il avait proposé à Hugues Capet de se mettre à la tête d’une ligue contre Lothaire, «qui, selon ses propres expresr sions, n’était roi que de nom , tandis que Hugues ne l’était pas de nom, mais de fait et en réalité *.)> Hugues Capet n’avait pas répondu à cette ouverture.^ Mais la crise était imminente, et Gerbert, alors revenu de son voyage à Bobio, l’attendait avec anxiété en se promettant bien d’y jouer un rôle. Ses espérances furent dé* çues dans ce sens que l’événement prévu s’accomplit sans sa participation. Le 2 mars de l’année 986, Lo* thaire mourut presque subitement. Après avoir inutilement conspiré contre son autorité, n’ayant pas eu la satisfaction de concourir à sa chute, Gerbert voulut au moins se donner celle de faire son épitaphe. Le temps nous a heureusement conservé cette curieuse composition, qui suffirait pour nous apprendre, si nous ne le savions pas, ce que valent les pleurs si pompeusement étalés sur les tombeaux des rois. L’épitaphe composée par Gerbert étant d’ailleurs très-courte, puisqu’eüe n^est formée que de quatre vers alexandrins, nous ne
* . « Lotharius, rex Francorum prælatu» est sola nomine. Hugo vero « noa ne»»e, séd act» et oper». » {Epùt. p. 32, édit, de M. 01leris.
GERBBRT.
croyons pas sans intérêt de la reproduire ici dans la fidèle traduction de M. Olleris :
((Les grands se réunirent pour lui rendre hommage^ tous les gens de bien le respectèrent. Issu des. Césars, César Lotbaire, objet de notre douleur, tu nous quittesle second jour du terrible Mars, que tu avais représenté, sous la pourpre ^ »
Ainsi parle le poète ; mais l’homme est au comble de la joie, parce que le nouveau règne, pour lequel il s’est compromis, lui sera nécessairement favorable. En efi. fet, à peine couronné , Hugues Capet choisit Gerbert pour son secrétaire et lui confie, à ce titre, la rédaction des messages les plus délicats. Telle est , entre autres,, la lettre adressée, en 988, par le nouveau roi de Franc© à l’impératrice Théophanie pour refuser, sous un pré» texte plausible , la trêve que cette princesse le prie d© conclure avec le prétendant, Charles de Lorraine. Dans le même moment, selon son habitude, Gerbert se mé^ nage les bonnes grâces de Charles , pour le cas où la fortune tournerait en sa faveur. Il lui donne des oon-. seils comme il en a donné à son puissant rival ; il l’engage, par exemple , avec beaucoup de bon sens, à ne jamais se laisser enfermer dans une forteresse ; ce qui ne l’empêche pas, quand la ville de Laon est tombée en son pouvoir , d’assister au siège qu’en fait Hugues Capet, et il ne tient pas à lui, par les secours qu’il appelle au camp des assiégeants, qu’il n’aide Hugues Capet à la reprendre.
1. Cujus ad obsequium coiere duces, bonus omnis Quem coluit, sate Cæsaribus, monimenta doloris,
Ciesar Lot^i, preeteedia li¥3e seound»
Territici Martis quod eras conspecuis in ostro.
(P. 293, édit, de M. Olleris.)
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GERBERT
SC
Cette conduite profita peu à Gcrbert, Il put se convaincre , dans une circonstance importante , qu’elle n’empêchait pas le parti du prétendant de le considérer comme un ennemi , tandis que le parti du roi n’attachait pas assez de prix à ses services pour se presser de le tirer de sa position subalterne. Adalbéron venait de mourir après avoir désigné son secrétaire et le confident de toutes ses pensées pour son successeur. Ce choix avait obtenu l’assentiment des évêques et de quelques seigneurs laïques de la province. Mais, dans la ville de Reims, où la dynastie déchue conservait encore de nombreux partisans, il provoqua un soulèvement général. La vie même de Gerbert fut menacée. D’un autre côté, on conseillait à Hugues Capet, comme un acte de bonne politique, d’appeler à la première dignité ecclésiastique du royaume Arnulfe, un bâtard de Lothaire. Arnulfe était jeune. Une se recommandait point par ses mœurs, il était sous le coup d’une excommunication ; mais la politique parlait en sa faveur, qu’importait le reste? Il fut agréé par Hugues Capet, et le fils de Lothaire II , de vive voix et par écrit, en se servant des termes les plus solennels, après avoir appelé sur sa tête, en cas de parjure, les plus terribles malédictions, prêta serment de fidélité au spoliateur de sa famille. On se figure la déception, le désespoir de Gerbert. 11 voyait s’évanouir en un instant l’espérance de toute sa vie et passer dans les mains d’un autre, qui n’avait rien fait, le prix depuis si longtemps promis à ses savantes et laborieuses manœuvres. Pour comble d’humiliation il
est chai gé de rédiger l’acte d’élection qui proclame le nom de son rival, et on lui impose le douloureux devoir de^conserver les foncUons qu’il avait reçues autrefois de
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la confiance et de l’amitié d’Adalbéron. Toutefois on suppose qu’il n’a gardé cette modeste tâche que pour en remplir une autre moins apparente, mais plus favorable à son ambition.il est vraisemblable, en effet, que Hugues Capet lui confia la mission de surveiller les actions du nouvel archevêque.*
Soit défaut de clairvoyance, soit défaut d^ loyauté, cette surveillance, si Gerbert en a été réellement clrargé, n’a rien empêché, car il s’était à peine écoulé six mois depuis la consécration d’Arnulfc, que des troupes de Charles de Lorraine entr.iient par trahison, ^leiidant la nuit , dans les murs de Reims , mettaient la ville au pillage, profanaient les églises , rançonnaient ou jetaient en prison les plus riches bourgeois, et commettaient tous les excès dont souffre habituellement une place prise d’assaut. Arnulfe lui-même, soit qu’il jouflt un rôle, ou que la brutalité des envahisseurs franchît toutes les bornes, fut obligé de se rendre et de se laisser conduire à Laon. Dans tous les cas, Gerbert n’a pas été complice ; car il est dénoncé à la vengeance du prétendant, comme un de scs plus acharnés adversaires. On l’appelle le faiseur et le défaiseur de rois. Charles de Lorraine se contente de l’abandonner , épuisé par la • maladie, au milieu d’une ville dévastée et décimée par la famine.
Malgré les violences réelles ou apparentes qui ont été commises sur la personne d’Arnulfe, c’est lui naturellement que Hugues Capet soupçonne d’avoir été le traître. Arnulfe le sait, et pour détourner de sa tête la foudre dont il est menacé , il a soin de se répandre en injures contre son oncle, et d’envoyer à tous les évêques de la province une sentence d’excommunication
m GERBSOT^
OoBtre les parjures,* quels qu'ils soi^t,. qui liXB^>, Ift vJUe, et contre lies envahisseurs étrangers qui l’cMiApiiK (ée. Cela 90 sufEt pas au roi. Reiuarquaiiti que l’arehân vêque, tout en réprouvant d’une lïfânière générai© tes auteurs et instigateurs de la prise de Reims, leur téN moigne personnellement la plus grande lwen\eillance> il exige que tous les prélats se réunissent pour lancer contre les coupables un commun anathème. La ré^ nion a lieu à Senlis et tout se passe comme le roi ordonné. Mais Arnulfe refuse de se joindre à sescofci lègues , et fait bien pis encore : dans une lettre paston raie adressée à son clergé, il laisse apercevoir toute sa pensée gouÿ le voile transparent qu’il emprunte àl’Écrin ture : (c Laissez, dit-il , les enfants de Bélial , les eon fants des ténèbres, user de leur temps ; nous, enfants de la lumière , enfants de la paix , qui ne plaçons paq nos espérances dans 1,’homme prompt à se flétrir comme l’herbe des champs, nous attendons avec patience l’aÆn complissement de cette parole du prophète : « J’ai vu a l’impie exalté et élevé au-dessus des cèdres du Li-> « ban; j’ai passé et voilà qu’il n’était plus ; je l’ai cherw « ché et l’on n’a plus retrouvé sa place*. »
. Si clair qu’il puisse être, ce langage n’a cependant pat la vertu d’effacer de la mémoire de Charles de Lorraina les marques de soumission que l’archevêque de Reims a données à Hugues Capet , et Hugues Capet , de son eètô, en dépit des serments, qu’il a reçus et des outra™
1. « Utantur suo tempore fîlii tenebrarum, filii Belial; nos filii « filii pacis, qui spem in homine valut fœuum aresceiile non ponimus^ « oum patieutia exspectemus illud Prophetae : Vidi impium superaxait « tatvm, et elévatuni super cedros Libani, transivi et ecce non ^ « quœsivi eum et non inventus locus e;us. n {Psalrn. SXXVI, 2ü, 26, Bput. 165, p. Oi, édiU de M. OUeris.
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■^5*8 qai ont été prodigués à soft rivâJ-, ne peut s’aven- 'glet SW te éens véritable des paroles qu’oe rient de lire.
roi et te prëteodant le pressant tous les deux à la fois de se prononcer, Arnulfe finit par se déclarer pour ^<ô»cte, et, non content de son propre parjure, ilobriéat dès bourgeois dé iRcims qu’ils suivent son exem*-
£t Gerbert, que faisait-il pendant ce temps-là? d’abord qui a rédigé et probablement inspiré les deux missives ‘contradictoires qui portent la signatufb <d’Annilfe : la sentence d’excommunication prOnoneée 'toMre ceux qui ont trahi la cause du roi , et la lettre fpastorale'où leur conduite est approuvée et la cai»e du ‘prétendant préseutée comme celle de Dieu loi-même.' Gerbert ne s’en tient pas là. En son propre nom, il eir- -gage ses amis , prélats et seigneurs laïques , à ne rien -précipitér, à att^dreles événements, à vivre en bonne iintelKgenoe avec tout le monde, et à réserver leurs Hm*- -ces pour le moment où ils le verront paraître tenant 'dans te main le drapeau victorieux. Avec Ascelîn, évê- -que de Laon, un liomme sans moralité ^ sans foi, mais d'un caractère timide, et qui, d^sté par te famille de •Lothaîre, s’était réfugié sous' la protection de Hugues •Gàpet, ilse basqrdeà aller plus loin. C’était une conquête importante à faire , à cause de l’influence qu’il Héxerçait par lui-même et par sa famille. D s’efforce de tegngirer à te fois par ses Intérêts et par sa consdende; il lui fait peur du sort qui lui est réservé , s’il persévère dans sa conduite ; il lui montre l’avénement de Charles de Lorraine comme inévitable , comme prochain , 'fcomme un sujet de joie pour tous les amis de la jus» tice. ({ Le frère du divin Lothaire Auguste , l’héritier
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du royaume, dit-il, a été chassé du royaume, ses ennemis ont été créés rois. De quel droit l’héritier légitime a-t-il été déshérité? De quel droit a-t-il été privé de son royaume ‘?»
Cette déclaration légitimiste, comme nous l’appellerions aujourd’hui , était peut-être sincère. Elle s’accorde avec la fidélité que Gerbert a gardée longtwnps à Othon III. Mais que peuvent et surtout que pouvaient, à la fin du x* siècle, chez un^omme comme Gerbert, les convictions politiques contre l’ambition? «Je ferai, écrit-il à un de ses amis , tous les efforts qui sont en mon pouvoir et ne négligerai rien de ce qui est nécessaire pour arriver aux positions que je désire®. » Cet engagement envers lui-même , c’est le seul après tout qu’il ait réellement tenu.
Quand il voit la cause de Charles décidément compromise, alors, sans transition, en changeant brusquement d’attitude et de langage, il passe de nouveau du côté de Hugues. Celui qu’il appelait tout à l’heure l’héritier légitime du royaume n’est plus à ses yeux qu’un chef de bandits. H a hâte de le répudier, lui et son neveu l’archevêque, un prélat sacrilège et parjure, et, pour donner un témoignage éclatant de sa réprobation, il accourt à Paris , où Hugues., faisant cas de scs talents , sinon de son caractère , l’accueille avec bonté. Un fondateur de dynastie n’est pas toujours libre de choisir les instruments de son pouvoir; il emploie ceux qu’il trouve sous la main. Mais le retour de la faveur