‹ Moralistes et philosophesChapitre 53 sur 81 · Voir le livre de M. Faivre, p · texte numérisé non relu

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ÜŒTHE.

que le panthéisme n’a pas uii caractère propre qui le distingue de toute autre philosophie, et ce caractère, n’est-ce pas celui que l’auteur de Faust nous laisse apercevoir dans toutes ses pensées, soit qu’il s’occupe de l’homme ou de. la nature, soit qu’il parle au nom de la poésie ou de la science? 11 est vrai que, pour Goethe, si l’on peut faire fond sur ce qu’on raconte de sa conversation, « chaque philosophie n’est rien autre chose qu’une forme différente de la vie. » Mais ce n’est là qu’une expression particulière de ce principe essentiel du panthéisme, que l’existence, par conséquent la vie 'et la pensée, ne peuvent jamais se manifester que sous une forme déterminée. La philosophie subit la loi commune, et il est impossible qu’un système soit exactement le môme dans deux intelligences.

Ce n’est pas assez de dire que Gœthe est panthéiste ; il l’est d’une façon qui ne lui est pas personnelle, et que l’histoire ne nous permet pas de regarder comme une nouveauté ; il l’est à la manière de Spinoza. Il débute, encore fort jeune, dans la carrière de la spéculation philosophique et religieuse , par la doctrine de l’émanation. Or, la doctrine de l’émanation n’est pas autre chose, au fond, qu’un spinosisme oriental, et ce n’est pas sans raison que l’auteur de l'Ethique a été accusé d’avoir puisé à cette source la première idée de sa métaphysique. L^alchimie même , dans laqu^le Goethe a eu foi pendant quelque temps, n’est qu’mie expression différente ou une simple application du même principe. Si l’on se flatte que la nature pourra nous enseigner le secret de transformer les métaux tes uns dans les autres et de les réduire tous à un seul, c’est parce que l’on est persuadé que les métaux et les

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corps en général ne sont que des formes passagères, des modes fugitifs d’un même principe, susceptible à son tour d’être ramené à la substance universelle. N’oublions pas, d’ailleurs, que l’alchimie a eu le même berceau et s’est développée dans le même temps que l’école d’Alexandrie, une école philosophique dont la doctrine de l’émanation fait la base.

Quand Goethe rencontra plus tard (il avait vingt ans 'alors) le système de Spinoza sous sa forme définitive, il s’y réfugia comme dans un asile préparé pour lui ; il s’y attacha avec une force qui n’a jamais fléchi devant les années, parce qu’il y trouvait tout ensemble la paix de l’âme et la satisfaction de l’esprit. «Ma confiance en Spinoza, dit-il, reposait sur l’effet paisible qu’il produisait en moi... Le calme de Spinoza apaisait tout en moi... Je sentais, en le lisant, comme un 'souffle de paix. » Qu’y a-t-il de plus spinoziste que cette phrase : « Ce grand être que nous nommons la Divinité ne se manifeste pas seulement dans l’homme, il se manifeste aussi dans une riche et puissante nature et dans les immenses événements du monde; une image de lui, formée à l’aide des seules qualités de l’homme, ne peut donc suffire * . »

Ift. Caro s’étonne de cette constance de Goethe dans son amour et son respect poùr le spinozisme. Il lui sihible que tout, dans Spinoza, devait être antipathique au génie de Goethe : l’esprit, la méthode, le système, il ne voit rien de plus opposé que le réalisme de Goethe et l’idéahsmé de V Ethique^. Pour moi, je crois, au contraire, que rien ne se prêtait mieux que ce libre

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