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C’est étendre un peu loin peut-être l’empire delà foi et restreindre à l’excès celui de la raison : c’est établir entre l’une et l’autre, après les avoir reconnues toutes deux également nécessaires, une séparation difficile à ; concilier avec l’unité de la conscience humaine. Mais j on ne peut s’empêcher d’apercevoir ici une idée vraie et ; profonde, dont M. Garnier, s’il l’avait jugé utile, aurait pu faire une application plus générale.
Si la foi n’était pas naturelle à l’homme, si elle n’était pas le fond même de l’esprit humain, comment jouerait-elle un si grand rôle dans l’histoire? Comment résisterait-elle à tant de systèmes imaginés pour la détruire, à tant de souffrances et d’iniquités faites pour l’ébranler, à tant de crimes commis en son nom, ' à tant d’erreurs et de superstitions qui ont pris sa place? La foi n’est pas seulement le fondement de la religion, on peut dire qu’elle est aussi le fondement de la science et qu’il n’y a pas une seule de nos connaissances les plus essentielles qui puisse subsister indépendamment de son concours. Quand nous affirmons, par exemple, que le soleil, de même qu’il s’est levé hier et aujourd’hui, se lèvera demain ; que le printemps prochain ramènera dans la nature le même réveil que le printemps dernier et tous ceux qui l’ont précédé ; que les planètes dont se compose notre système parcourront pendant des siècles et encore des siècles les mêmes orbites, sur quoi repose cette conviction qu’aucune preuve ne justifie et que n’éclaire point la lumière de l’évidence? Uniquement sur un acte de foi ; car invoquer la stabilité et la généralité des lois du monde physique, ce n’est que substituer à une croyance particulière un dogme universel. C’est
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encore par un acte de foi qu’au delà de ces impressions qui affectent nos sens, ou, pour mieux dire, notre sensibilité, qu’au delà de ces apparences, de ces formes, de ces couleurs qui changent à chaque instant, de ces résistances qui échappent à notre raison par une divisibilité infinie, nous reconnaissons une réalité distincte et différente de nous, une matière ou une force dont la nature, dont le principe ne changent pas.
C’est de la même manière que nous croyons à notre propre identité en dépit de la variété et de la mobilité de nos pensées, de nos affections, de nos sensations, en dépit des révolutions quelquefois radicales que nous subissons sous l’influence de l’âge et de la maladie. C’est de la même manière que nous croyons, malgré la terrible critique de Kant et alors même que nos lèvres répètent tous ses arguments, à l’existence réelle de la substance dans les phénomènes, de la cause dans les effets, de l’absolu dans le relatif, de l’infini et de l’éternel sous les ombres fugitives qui. traversent le temps et l’espace.
A chacune des idées de notre raison vient se joindre spontanément un acte de foi, sans lequel elle est condamnée à rester stérile et vide; de sorte que la foi, au lieu d’être une puissance rivale ou ennemie de la raison, est comprise dans la raison même, qui lui doit son unité, son autorité irrésistible, le sublime commerce qu’elle entretient avec l’infini. Elle fait de la raison une parole vivante qui , non-seulement à certaines époques privilégiées, mais toujours et sans interruption, descend du ciel dans l’âme humaine et nous représente un médiateur perpétuel entre Dieu et l’homme. C’est ce qui a l'ait dire à Jacobi, dans une
lettre adressée à ^Icndelssohn * : <t Nous tous, taat que nous sommes, nous sommes nés dans la foi et nous sommes obligés de demeurer dans la foi, comme nous sommes nés dans la société et forcés d’y passer notre vie. »
Peut-être M. Garnier aurait-il hésité à accepter quelques-unes de ces propositions. Il n’en a pas moins reconnu le principe qui les justifie; car la foi naturelle telle qu’il la comprend n’est pas renfermée dans ' le champ de la théologie, elle ne s’applique pas unique- ! ment à l’idée de perfection; elle intervient dans plusieurs autres opérations de l’esprit humain ^ et paraît être aussi bien le complément que la limite de la raison. Ce n’est pas tout ce qu’il y a de remarquable dans le Traité des Facultés de T âme. On y trouve aussi un chapitre sur le langage et plusieurs autres sur les inclinations, qui abondent en observations fines, déli- j cates, dirigées presque toujours vers un but moral et religieux. J’aurais aimé d’en citer quelques-unes; mais je préfère, avant de finir, retracer quelques traits de la physionomie de l’auteur.
Si distingué que fût M. Garnier par l’esprit et par la science, il l’était plus encore par les sentiments et le caractère. Il a su donner à sa vie une dignité qui était là elle seule un enseignement et qui laissera dans l’esprit de ses nombreux disciples, devenus presque tous ses hôtes et ses amis, des traces aussi profondes que ses leçons. Ceux que sa parole n’avait pas réussi à per-
1. Lettres sur Spinoza, dans le tome IV des Œuvres complètes; Lcii^zig, 1819.
2. Particulièrement dans l’induction et dans l’interprétation du langage naturel. Voyez t. II, p. 462-407.
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siiader se rendaient à la douceur de ses mœurs, au charme de son commerce, à l’éloquence de ses exemples. La philosophie, dans sa pensée, se confondait avec la sagesse, et la sagesse telle qu’il la comprenait et la mettait en pratique renferme les vertus aimables aussi bien que les vertus austères. Aussi le vœu de Socrate s’était-il réalisé po)ir lui : les amis se pressaient dans sa maison, où, sur les pas d’une compagne digne de lui, les grâces décentes étaient venues s’asseoir à côté de la méditation. 11 était d’autant plus heureux, que le bonheur dont il jouissait était son ouvrage. Mais si le bonheur se laisse conquérir par les efforts du sage, il n’est pas au pouvoir de l’homme de le faire durer. La mort est venue ravager ce noble foyer. Avant de quitter lui-mème cette terre et d'acheter une ün prématurée au prix de plusieurs années de souffrances, M. Garnier a eu la douleur de se voir enlever son fils unique. Au milieu do ces épreuves, l’esprit qui l’avait soutenu pendant sa vie ne l’a pas abandonné un instant. Mais c’était bien le même esprit qu’on respire dans son livre, à la fois religieux et indépendant, qui ne veut point aller au delà de la foi naturelle. C’est un des traits les plus saillants du caractère de M. Garnier de n’avoir jamais prononcé ni écrit un seul mot qui ne fût strictement conforme à ses convictions philosophiques.
Je partage avec tous les amis des lettres la reconnaissance et la vénération qui s’attachent à la mémoire des Bénédictins; mais je ne puis m’empécher de remarquer que ces infatigables pionniers de la science ne sont pas moins dignes de notre envie que de nos éloges. Étrangers aux agitations et libres de tous les soucis de la vie ; n’ayant besoin ni de la faveur du public, ni de la confiance des éditeurs ; assurés que leur entreprise ne serait point arrêtée même par la mort, puisqu’elle appartenait à une association qu’ils devaient croire immortelle, ils pouvaient accomplir sans interruption, sans inquiétude, par une application égale, leurs vastes et précieux travaux. Ajoutons que la forme, comme si elle n’était à leurs yeux qu’un ornement mondain et superflu, ne leur donnait aucun scrupule capable de mettre des entraves à leur fécondité. Pour
1. Morale d Aristote, traduite par J. Barthélemy Sainl-llilaire, mem bre de l’Institut. 3 volumes in-S».
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les savants de nos jours, livrés ù leurs seules forces, aux prises avec toutes les difficultés de l’existence matérielle, entraînés dans les événements de leur temps et dans les affaires de leur pays, obligés de payer leur dette à la société et à la famille, forcés d’unir l’élégance à l’érudition, sous peine d’être abandonnés même de leurs égaux, combien il leur est plus difficile de produire des œuvres de longue haleine ! Cependant, quoi qu’en disent quelques esprits chagrins, les œuvres de cet ordre ne sont pas plus rares dans notre siècle que dans les deux siècles précédents. La congrégation de Saint-Maur a laissé au milieu de nous des héritiers qui, sans manquer aux exigences de leur position présente, ont gardé intacte la tradition du passé. Personne assurément n’est plus digne d’être compté dans ce nombre que M. Barthélemy Saint-IIilaire.
Malgré des devoirs de toute espèce, ceux que lui imposait, jusqu’en 1832, un double enseignement à l’École polytechnique et au Collège de France, ceux qu’il a rencontrés dans la carrière politique, ceux enfin qu'il remplit avec tant de conscience et d’assiduité, soit à l’Académie des sciences morales et politiques, soit dM Journal des Savants, il poursuit depuis dix ans une des entreprises les plus difficiles qui se puissent concevoir et que personne en France n’avait tentée avant lui : une traduction complète des Qùivres d’Aristote. Non content d’être l’interprète de ce génie incomparable, M. Saint-Hilaire a voulu éclairer chacun de ses écrits par des dissertations et des notes qui en garantissent l’authenticité, en fixent l’ordre et la méthode, en comblent les lacunes, en redressent les erreurs, ou en montrent les origines dans un monument plus an-
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cieii. C’est une œuvre de critique, d'érudition et de merveilleuse patience, devant laquelle la traduction elle-même, malgré ses qualités, ne doit tenir que le second rang. Chaque branche de la philosophie ou des connaissances humaines sur laquelle se sont exercées les méditations de l’auteur grec est précédée, en outre, d’une préface qui en contient toute l’histoire, mais l’histoire mêlée à l’appréciation philosophique et aux doctrines personnelles de l’auteur.
Commencé en 1836 ou 1837, cet immense travail est continué avec persévérance et arrivera certainement à son terme, malgré quelques infidélités pour d’autres études qui auraient suffi à l’ambition d’un esprit moins actif : je veux parler des savants Mémoires de M. Saint-Hilaire sur l’école d’Alexandrie, sur la philosophie et sur la religion des Indiens, sur le bouddhisme et sur les Yédas, sur le Nyaya et le Sankhya, auxquels il faut joindre sa Vie de Mahomet, ses Lettres sur l’Ègypte et sa traduction d’Homère. De la traduction d’Aristote nous possédons déjà la Logique, la Psychologie, la Politique et la Morale, c’est-à-dire toutes les parties qui, avec la Métaphysique, ont contribué le plus efficacement, pendant la durée de cinq ou six siècles, à notre éducation intellectuelle, et qui représentent plus particulièrement ce qu’on entend de nos jours sous le nom de philosophieC Je ne m’occuperai ici que de laMorale, ou, pour parler franchement, de la préface dont elle est précédée et qui, sous la plume d’un écrivain moins modeste, aurait pris certainement un autre titre ; car
1. Depuis que ces pages ont été écrites, M. Barthélemy Saiiit-IIilaire a traduit la Poétique, la Rhétorique et tous les Traités qui composent la physique d’Aristote,
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l’on y trouve, avec le résumé le plus exact et la critique la plus approfondie de la Morale d’Aristote, une discussion vigoureuse de tous les grands systèmes qui l’ont suivie ou précédée. 11 n’est pas nécessaire d’ajouter qu’en combattant ou en louant ses devanciers,
M. Saint-IIilaire nous permet de lire dans sa propre conscience, et, sans autre préoccupation que celle de l’honnête homme, de l’homme de bon sens aux prises avec l’esprit de système, nous livre le secret de toutes ses convictions. C’est à cette dernière partie de son œu- | vre que je m’attacherai d’abord, parce que c’est là, je n’hésite pas à le dire, qu’on trouve le plus à louer et le moins à reprendre, ou, pour parler plus exactement, que l’éloge doit être admis sans partage.
Tout le monde connaît le culte superstitieux dos traducteurs et des commentateurs pour l’auteur qu’ils veulent expliquer. M. Saint-IIilaire s’est préservé de cette faiblesse. Tout en payant un juste tribut d’admiration au génie incomparable dont il s’est fait l’interprète, il a le courage de combattre ses erreurs, surtout quand il s’attaque à une de ces croyances qui font la force, la dignité et comme l’essence môme de notre nature. Aristote, en terminant un des ouvrages qui contiennent sa Morale, le seul qui lui appartienne véritablement, laisse voir quelques doutes sur l’efficacité de ses leçons et de toutes celles qui ont pour but de convertir les hommes à la sagesse et à la vertu. M. Saint- | Hilaire s’élève contre ce découragement avec autant de raison que d’éloquence. L’histoire à la main, il montre que la vérité et la justice ont toujours fini par triompher de la violence et de l’erreur; qu’une idée salutaire une fois introduite dans le monde, on peut
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compter, malgré le temps qu’elle met à se répandre, qu’elle ne demeurera point stérile ; que la science môme, dont on semble désespérer, en est un éclatant exemple; car quel chemin n’a-t-elle pas fait, quelle autorité n’a-t-elle pas conquise, de Pythagore à Socrate, de Socrate à Platon, de Platon au christianisme? Dans cet admirable développement de la conscience humaine, Aristote a une part digne de son génie : instruit par tous ses devanciers, il est devenu à son tour le modèle vénéré, le guide réputé infaillible d’une longue suite de générations.
Cette puissance irrésistible que la Morale a exercée et qu’elle exercera toujours sur le genre humain, ou tout au moins sur les âmes qui en forment l’élite, elle la doit à la clarté, à l’universalité, à la rigueur géométrique de ses principes. Ces principes peuvent être obscurcis par la passion ou par l’esprit de système ; comme ils constituent le fond de notre âme et le caractère propre de notre espèce, ils restent inébranlables à toutes les attaques du vice et du sophisme ; ils conservent et manifestent de plus en plus leur unité en face des contradictions d’une philosophie superficielle ou fausse. « Nous pouvons affirmer, dit M. Saint- Hilaire, sans crainte d’erreur, qu’à l’heure qu’il est, chez les nations civilisées, les vérités de la science morale sont désormais indiscutables pour toutes les âmes vertueuses, et absolument hors d’atteinte. On peut contester les théories ; mais comme en fait la conduite pour tous les honnêtes gens est absolument la même, il faut bien qu’il y ait entre eux un fonds commun de vérité sur lequel chacun s’appuie, sans d’ailleurs pouvoir souvent en rendre compte à autrui ni s’en rendre bien
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compte à soi-même. Il est très-rare que l’exposition d’un système, quelque habile et quelque vraie qu’elle soit, réunisse tous les suffrages. Mais comme il est des actes qui sont universellement approuvés, ils le sont évidemment en vertu des principes universels sur lesquels ils se fondent et qu’ils suivent, bien que ce soit le plus souvent à l’insu de celui qui agit *. «
J’applaudis à ces sages paroles; je partage entièrement la conviction qu’elles expriment. Oui, la conscience parle à tous les hommes le même langage. Oui, malgré les diversités extérieures, il y a dans toutes les Ames des idées communes sur le bien et sur le mal, sur le juste et sur l’injuste, et je ne crains pas d’être contredit en ajoutant que cette identité de principes est le plus solide fondement de l’unité du genre humain. Alors comment croire avec M. Saint- Hilaire que plus du tiers de l’humanité, que plus de trois cents millions de bouddhistes sont voués à l’adoration du néant, que c’est au néant que s’adressent toutes leurs actions, tous leurs vœux, toutes leurs espérances, et que les efforts mêmes de la vertu la plus austère et la plus pure n’ont pas d’autre but dans leur pensée ? Gomment concilier ce culte abominable, cette religion du désespoir avec les principes universels et ineffaçables dont on vient de nous entretenir? Que deviennent les règles de la justice, l’idée du devoir, le sentiment de la liberté et de la dignité humaine chez les nations si nombreuses et si intelligentes qu’on nous montre depuis vingt-quatre siècles atteintes de ce délire? Mais les objections et les réserves viendront à leur place; en
ce moment je veux être tout entier au plaisir de louer et de citer.
Après avoir établi, avec une clarté d’analyse et une puissance de raisonnement tout à fait dignes du traducteur de y Organon^ ces deux faits capitaux qui renferment toute la vie et par conséquent toute la science morale : la conscience et la liberté ; après avoir peint dans quelques mots chaleureux et austères, inspirés à la fois par Platon et par Kant, la sphère majestueuse où l’homme se trouve placé par ce double privilège, M. Saint-Hilaire se presse de conclure de l’existence d’une loi divine écrite dans nos âmes à celle d’un divin législateur; M. Saint-Hilaire a raison. La démonstration de l’existence de Dieu est une vérité morale, ou du moins qui appartient à la morale au moins autant qu’à la métaphysique. Oui, les deux, comme dit le psalmiste, racontent la gloire de l’Éternel. Le spectacle de l’univers excite tout d’abord notre admiration et notre reconnaissance ; mais une science incomplète, pour peu qu’elle soit aidée d’une disposition chagrine, peut Onir par m’y montrer autant de mal que de bien, et faire la part de la nécessité encore plus grande que celle de la sagesse. Les arguments tirés des lois universelles et des principes les plus nécessaires de notre intelligence n’aboutissent qu’à une abstraction, et, alors même qu’ils ont convaincu mon esprit, ne peuvent ébranler ni ma volonté ni mon cœur. La conscience me parle un tout autre langage. La puissance à laquelle je dois ma liberté est nécessairement un être libre, un être distinct de la nature, où tout est livré à des forces aveugles et à un ordre fatal. La puissance qui m’ordonne d’être juste etd’être bon, et qui, en m’imposant
cette loi, me découvre en elle la loi universelle et immuable de tous les êtres intelligents, ne peut être que la source vivante, le modèle accompli, le garant infaillible de la bonté et de la justice. Que m’importent après cela les apparentes imperfections de cette nature, dont le plan est un mystère pour mon intelligence, et les iniquités ou, pour mieux dire, les erreurs d’une société qui n’embrasse que la moindre partie de ma destinée, qui n’a d’action que sur la surface de mon être?
De même que l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme a son plus solide fondement dans l’idée du devoir. La grandeur infinie de notre tâche nous répond naturellement de la durée illimitée de notre existence. Avec un être condamné à passer sur cette terre comme une ombre, pour se perdre ensuite dans la nuit du néant, comment serait -il question d’une loi éternelle, d’une règle de perfection à laquelle il faut tout sacrifier, d’un bnt placé si haut que toutes les générations humaines, en réunissant ensemble leurs vies et leurs forces, ne suffiraient point pour l’atteindre? Je reconnais donc avec M. Saint-Hilaire que le dogme consolant de la vie future repose sur une preuve plus solide et plus élevée que le désaccord observé ici-bas entre la vertu et le bonheur; mais je n’irai pas avec lui jusqu’à nier cette dure condition de notre nature. « En observant bien ce monde, il est facile, dit-il, de voir que le bonheur y dépend presque entièrement de nous; il est le plus souvent le résultat de notre conduite, et il manque bien rarement à qui sait le chercher là où il est. Les âmes vertueuses sont en général fort résignées. Il n’y a guère que le vice qui se révolte *. »