P. ir
lente dans Epictète, admirable encore, mais inutile au monde dans Marc Aurèle »
Avant de protester en mon propre nom, qu’il me soit permis d’opposer à cette inique sentence une des plus grandes autorités de la philosophie et de l’histoire. « Si je pouvais un moment, dit Montesquieu cesser de penser que je suis chrétien, je ne pourrais m’empêcher de mettre la destruction de la secte de Zénon au nombre des malheurs du genre humain. Elle n’outrait que les choses dans lesquelles il y a de la grandeur, le mépris des plaisirs et de la douleur. Elle seule savait faire les citoyens ; elle seule faisait les grands
hommes; elle seule faisait les grands empereurs
Pendant que les stoïciens regardaient comme une chose vaine les richesses, les grandeurs humaines, la douleur, les chagrins, les plaisirs, ils n’étaient occupés qu’à travailler au bonheur des hommes, à exercer les devoirs de la société. »
Montesquieu a raison, mais à une condition pourtant : c’est qu’en écrivant ces lignes il pensait moins au stoïcisme grec qu’au stoïcisme romain. 11 existe en effet une grande différence entre ces deux fractions du Portique. Les Grecs, comme je l’ai déjà dit, assez mal partagés du côté du sens moral, faisant de tout un exercice de raisonnement et ne distinguant pas assez le raisonnement du sophisme, ont dénaturé les austères principes de Zénon, en les poussant à la fois jusqu’à la subtilité et jusqu’à l’hyperbole. Assurément la casuistique de Chrysippe n’est pas faite pour en don-
1. M. Cousin, Histoire de la philosophie moderne, 2® série, t. Il, p. 203.