‹ Moralistes et philosophesChapitre 66 sur 81 · Esprit des Lois, liv. XXIV, cliap. H · texte numérisé non relu

Esprit des Lois, liv. XXIV, cliap. H

ner une opinion très-favorable. Mais le stoïcisme romain, plus fidèle à la tradition du maître en unissant à l’élévation des idées la gravité des mœurs, l’énergie du caractère, la modération du bon sens, nous présente un tout autre spectacle. Excepté la croyance formelle d’une autre vie, dont l’absence n’est pas moins un malheur qu’une inconséquence et qui exige de l’homme de bien un surcroît d’efforts, il n’y a pas de vertu qu’il n’ait enseignée, et ce qui est mieux encore, qu’il n’ait mise en pratique. Dans la ruine complète des croyances et des mœurs de la société païenne, il a préparé les voies à la morale de l’Évangile. D a été, non la philosophie, mais la religion des honnêtes gens. Tout ce qu’il y a de grandeur et de force dans les derniers siècles delà domination romaine, c’est à lui qu"on le doit.

C’est lui aussi qui, avant de mourir, nous a laissé, comme son testament, cette jurisprudence éternelle d’où sortirent, au milieu de la confusion et des atrocités du moyen âge, la plupart des législations modernes.

Le stoïcisme romain commence avec Cicéron ; car Cicéron, il nous Tassure lui-même, est encore plus un disciple de Panétius que de Platon. Eh bien 1 je le demande, le Traité des devoirs, s’il était pratiqué entiè<rement, ne ferait-il pas des citoyens, des honnêtes gens, dont la société pourrait être fière, même aujourd’hui? Quelqu’un a-t-il mieux parlé que Cicéron de l’éternité, de l’universalité, de l’origine divine de la loi morale? N’est-ce pas lui qui, regardant toute la terre comme une môme cité et tous les hommes comme une même famille, a introduit dans la langue latine ce beau mot de charité : caritas qeneris humani?

■m M. BARTHÉLEMY SAINT-HILAIRE.

Je ne parlerai pas de Sénèque, puisque les ennemis mêmes de la philosophie ont trouvé dans sa morale une telle ressemblance avec celle du christianisme, qu’ils ont fait de lui, au mépris de toutes les règles de la critique historique, un disciple de saint Paul. Mais puisqu’on a personnellement mis en cause Epictète et Marc Aurèle, je ne puis me défendre de rappeler quelques-unes de leurs pensées.

On a dit que la morale d’Epictète, étrangère à tous les devoirs de la société, expression d’une vie ascétique et solitaire, est renfermée dans ces deux mots : Supporte et abstiens-toi. C’est une profonde erreur. Epictète^ comme tous les stoïciens, fait une distinction entre les choses qui échappent à notre volonté et celles qui sont en notre pouvoir, qui forment l’empire de notre libre arbitre. Les choses qui échappent à notre volonté, c’est-à-dire les biens et les maux de cette vie, voilà ce qui tombe sous la règle de la résignation et de l’abstinence. Mais le perfectionnement de notre âme et de l’âme de nos semblables doit être le but constant de notre activité, réclame toute notre énergie et toutes nos forces. Ainsi queZénon, Cicéron et Sénèque, il croit à l’unité du genre humain, il enseigne au maître que l’esclave est son frère, et il apprend à l’esclave que la servitude est dans ses passions et dans ses vices beaucoup plus que dans les chaînes qu’il traîne après lui Ml ne sépare pas la vertu et la raison du sentiment, qui n’est pour lui que la raison même sous une autre forme ^ Il veut que le sage, en plaçant au-dessus

1. Voyez les Dissertations ou Entretiens, liv. IV, chap. 1»*'.

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