VI AVANT-PROPOS
qualifiés pour définir la science, nous pouvons nous en remettre à M. Berthelot, qui donne la définition suivante : « La science positive ne poursuit ni les causes premières ni la fin des choses ; mais elle procède en établissant des faits et en les rattachant les uns aux autres par des relations immédiates. C'est la chaîne de ces relations, chaque jour étendue plus loin par les efforts de l'intelligence humaine, qui constitue la science positive (^). »
Il n'est pas difficile de tirer de cette définition de la science une définition de l'esprit scientifique commune à tous les travailleurs : de même que, dans les sciences exactes, le savant cherche des faits et ne tente jamais de les altérer au gré de ses caprices ou de ses hypothèses, de même, dans les sciences morales, rhomme qui est animé d'un esprit vraiment scientifique est celui qui a pris l'habitude de juger objectivement les hommes et les choses, les idées et les événements, les livres ou les œuvres d'art : objectivement, c'est-à-dire en eux-mêmes, abstraction faite de ses préférences, de ses sympathies ou de ses haines ; celui qui ne cherche que la vérité, dût-elle lui déplaire d'abord, et qui n'aime que la vérité.
Cet esprit scientifique anime depuis longtemps l'histoire, la philologie, et même la philosophie : c'est une vérité reconnue par tous les bons esprits. Mais tout le monde ne m'accorderait pas qu'on peut
(1) Science et Philosophie, j». 4.