X AVANT -PROPOS
barrière de notes, de références, d'indications bibliographiques, etc. A force de vouloir être scientifiques nous devenions illisibles : nous essayions de paraître si sérieux que nous commencions à être ennuyeux. Sur cette chose ailée, vibrante, qui s'appelle la poésie,, nous entassions de si lourds volumes qu'une thèse devenait, pour le malheureux auteur qui en était l'objet et la victime, un monument, sans doute, mais un monument funèbre.
Heureusement, la science française s'est ressaisie : un juste équilibre s'est établi entre les tendances de l'ancienne critique, qui cherchait le brillant aux dépens de l'exactitude, et la méthode de l'école nouvelle, qui sacrifiait un peu trop l'art à l'érudition, l'intérêt à la documentation. Nos livres, aujourd'hui, sont aussi sérieusement préparés que ceux des universitaires allemands, et, si j'en crois un professeur américain, M. de Sumichrast, ils sont plus faciles à lire.
La critique littéraire et scientifique, chez les universitaires, est devenue ambitieuse. Dans la formation de la France de demain, elle croit avoir un rôle à jouer. Elle voudrait inspirer à tous les étudiants, outre les curiosités particulières à leurs spécialités, une curiosité générale, toujours en éveil, faisant sa pâture de tout ; elle voudrait, puisqu'elle a le dépôt des chefs-d'œuvre où sont cristallisées les meilleures quahtés de notre race, donner à chacun d'eux la conscience de sa propre valeur, en lui faisant comprendre, aimer cette merveilleuse littérature qui est
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l'expression artistique de Pâme française. L'esthétique n'est pas seule intéressée dans une pareille initiation ; il y a des gains moraux à faire dans ces recherches : aussi bien que l'histoire en général, l'histoire littéraire peut apprendre aux étudiants d'aujourd'hui, aux dirigeants de demain, que, en France, le bon sens, l'esprit de tolérance et de modération ont toujours le dernier mot.