‹ Moralistes français, pensées de Blaise PascalChapitre 104 sur 343 · ÉPIGRAPHE · texte numérisé non relu

ÉPIGRAPHE

Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices âègnisés.

Dès la première ligne, l'auteur nou» met en garde contre ce qu'il y a de plus sacré sur la terre, la vertu. Il ne la nie point encore, mais il la réduit aux apparences , il en empoisonne la source ; et, jetant notre âme dans le doute de ses propres sentiments, il nous laisse flotter indécis entre le bien et le mal , le vice et la vertu. On objectera , sans doute, que la Rochefoucauld ne présente pas sa pensée d'une manière absolue ; mais , poUr détruire cette objection , il surffît de tourner quelques feuillets. L'auteur ne reste pas longtemps dans le cercle étroit qu'il vient de se tracer , et bientôt, négligeant toute précaution oratoire, il reproduit les mêmes maximes sans exceptions et

' Foyez les Mémoires du Secrétaire de Bayardy chap. 2.

DE LA ROCHEFOUCAlILDf^^i^^

sans restrictions ' : contradiction évidente , mais iilévitable. La Rochefoucauld devait , ou renoncer à son système, ou généraliser sa pensée : car, |K)ur détruire un système , il suffit d'une exception, nu. Maintenant il faut choisir entre deux opinions : ou Ton restreint le sens de cette maxime à quelques cas particuliers, et alors elle ne renferme pMs qu'une vérité commune dont il est inutile de nous occuper; ou l'on veut en faire une application générale, et alors c'est une calomnie qui tend à déshonorer le genre humain. Dans cette dernière hypothèse , il faudrait ainsi traduire la pensée : Tous tes hommes sont des hypocrites; rien fi' est lirai que le vice. Poser ainsi la question , c'est la juger. ,j^, Jviais comment une pareille maxime se trouvet-elle à la tête d'un livre qui porte le titre de Réfiexions ou sentences et maximes morales ? Tous ces titres promettent, non une suite de sophismes propres à renverser tout principe , mais un développement des bonnes et saintes doctrines propres à faire aimer la vérité. Un titre plus convenable eût été celui-ci : Observations critiques sur les mœurs. Plus on étudie le tour d'esprit de la Roche- Téucauld et le secret de sa composition, plus on est convaincu que le livre des Maximes est une critique du siècle, et non un traité de morale. Condé, Turenne, Richelieu, Mazarin, le cardinal de Retz, la duchesse de Longueville, Ninon, la Fayette, Sévigné, Anne d'Autriche , viennent tour à tour se présenter à lui , mais il ne les montre qu'en partie. Ni la reconnaissance, ni l'amour, ni la justice, ne peuvent lui arracher un éloge. Il semble que ces divers personnages se soient refusés à laisser voir leurs vertus au peintre du vice. Ce livre est donc une satire du monde, et non un portrait de l'homme. Rien n'y est d'une application générale : chaque maxime , au contraire , rappelle celui dont elle exprime les opinions ou les actions; et lorsque, toujours préoccupé de la corruption qui l'environne, l'auteur essaie de généraliser sa triste philosophie , nous lui échappons par les plus doux sentiments dô la^nature.

^1 9ila h ',0 MAXIME I.

Ce que nous prenons pour des vertus, n'est souvent qu'un assemblage de diverses actions et de divers intérêts que la fortune ou notre industrie savent arranger ; et ce n'est pas toi^Jours par valeur et par chasteté que les hommes sont vaillants, et que les femmes sont chastes.

■. ' Lé caractère de la vertu est d'être immuable. Ées événements les plus opposés la trouvent toujours la même , car son intérêt est de faire le bien, et cet intérêt ne change pas. Les vices, au con-

' royez les Maximes 5, I8, 20, 20, 44 , Hc.

traire , se déguisent suivant les circonstances ; leur hypocrisie ne peut tromper qu'un moment, car ils ne s'attachent qu'à des intérêts passagers; et à mesure que ces intérêts changent, l'âme se montre, et la vérité resté, ^ ... ., ' ,';- ,. ' .^''": ','r* ,,

Ainsi disparaît I par la force des choses, l'espèce de confusion que la Rochefoucauld voulait établir entre le vice et la vertu.

La fausse vertu est celle du publicain qui S'environne de faste et de mensonge; la véritable est celle du samaritain qui fait le bien par amour de l'humanité; et s'il existe une vertu supérieure, elle est le partage des humbles qui exercent la charité sur la terre en attachant leurs regards au ciel : de pauvres filles renoncent au monde pour se consacrer à des œuvres de piété; ce monde qu'elles abandonnent doit ignorer jusqu'à leur sacrifice; elles ne seront vues que des malheureux. La contagion ravage l'Espagne : elles y courent S et s'enferment avec les pestiférés. Tous les maux qu'elles viennent soulager les menacent; déjà elles exhalent l'odeur des cadavres ; on s'effraie, on fuit à leur approche; rien ne les occupe que les souffrances qu'elles soulagent; elles supportent avec calme d'horribles travaux.. .. des choses dont la seule pensée peut glacer les plus fermes courages, et dénaturer même le cœur d'une mère ! Pensez-vous que leur récompense soit de ce monde ? Serait-ce la gloire ? leur nom même nous est inconnu ! Les richesses ? elles ont fait vœu de pauvreté ! L'intérêt ? oh oui ! l'intérêt de l'humanité, celui du ciel; car elles ne tiennent plus à la terre que par nos maux, et c'est dans la mort qu'elles ont mis leur espérance.

Voilà la vertu telle que la fait la religion; mais la Rochefoucauld ne suit point notre âme dans ces hauteurs où elle se divinise. Il ne voit que la cour; ses maximes sont le fruit d'un temps de trouble et de discorde; elles s'appliquent aux hommes déshumanisés par les factions , et non aux sociétés bien ordonnées. Car si la plupart de nos vices naissent de la société, nous lui devons aussi la plupart de nos vertus; c'est le commerce des hommes qui nous inspire les beaux dévouements de la charité , et c'est la pensée de Dieu qui les rend sublimes.

Le seul trait des sœurs de Sainte-Camille suffit pour nous convaincre que la Providence règle l'histoire des hommes comme celle de la nature, et qu'il peut résulter de l'étude même des désordres et des maux de nos sociétés , une théologie aussi lumineuse que celle qui résulte de l'étude de l'haimonie des mondes.

Il faut encore conclure de ces observations , que

* Les sœurs de Sainte-Camille.

EXAMEN CKlTiQCJE DES MAXIMES

l'auteur a peint les liommes d'une manière au moins bien incomplète. 11 est comme ces artistes qui sacrifient l'ensemble de leurs tableaux à un seul coup de lumière : on ne voit sortir de la toile qu'une figure éclatante ; l'obscurité couvre le reste, Ainsi la Rochefoucauld nous éblouit en éclairant nos vices , et nous emp^.che de reconnaître la vertu qu'il a rejetée dans l'ombre. Sa plume, dont on a justement vanté l'élégance, est guidée souvent par les aperçus d'un esprit fin et délicat, mais elle ne l'est jamais par ce sentiment vif qui, en s'écbappant du cœur, nous fait aimer la vertu, et qui sufliruit seul pour confondre les sophistes qui la nient.

Quelque découverte que l'on ait faite dans le pays de l'anjQur-propre, il y reste encore bien des terres inconnues.

.-C-est ici le premier mot du système que l'auteur va développer. Il a voulu chercher dans un vice le mobile de toutes nos actions; mais il est utile de remarquer que ce mobile unique ne lui suffisant pas, il s'est vu obligé d'appeler d'autres passions au secours de son système, et de confondre sans cesse l'orgueil , la vanité , l'intérêt et l'égoïsme, avec l'amour-propre. Non - seulement cette confusion détruit l'unité de son principe, mais encore elle le conduit souvent à des résultats opposés à ce principe. Le mobile de nos actions cessant d'être vil, la vertu doit reprendre ses droits, et c'est ce qui arrive toutes les fois que l'auteur confond l'amour de soi avec l'intérêt ou l'égoïsme; car l'amour de soi n'est pas toujours un vice. Le législateur qui a le mieux connu la nature de l'homme , sa force et sa faiblesse , pose eji principe qu'il faut aimer le prochain comme soi-même^ et Dieu par-dessus tout. Tant que nous ne dépassons pas cette proportion, nous sommes dans Tordre ; tant que nous ne nous faisons pas centre , nous sommes dans l'ordre ; tant que nous ne voulons notre bien-être qu'avec celui des autres , nous sommes dans l'ordre. L'amour de soi peut donc entrer dans une action vertueuse : ce n'est pas Kabnégation entière de ce sentiment qui fait la vertu, c'est sa juste proportion. Aimer le prochain comme soi-même, voilà la vertu; s'aimer plus que tous les autres , voilà le vice ; aimer les autres plus que nous, c'est s'élever au-dessus de l'humanité, c'est être un sage, un saint, un héros, Socrate, Fénélon, saint Louis! [f^oijez la note de la Maxime 202).

La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous ^ que la durée de notre vie.

Si e^ïla était juste, de quoi nous servirait la vo-

lonté.^ La vojonté des hommes fait leur caractère,: c'est la puissance donnée au génie de régner sur \^. monde, c'est la puissance donnée au sage de régner sur lui-même. Nier cette puissance , c'est nier 1^ vertu, c'est-à-dire la possibilité des sacrifices; c'est nier le repentir qui tourmente le coupable, et rejeter la sagesse , cette noble faculté qui nous montre dans l'homme un Dieu déchu, mais libr^ encore de reprendre son rang. Won- seulement la conscience repousse ce système, mais il est en contradiction avec l'assentiment de tous les peU: , pies de la terre. Tous attachent une gloire i|nmense à triompher de l'amour, de l'ambition, de la haine , de la vengeance ; tous élèvent le courage qui surmonte ces passions au-dessus de celui qui dédaigne la vie. Cette pensée du genre humain ne serait-elle qu'une erreur? et les grands exemples de nos grands hommes , Fénélon condamnant ses propres ouvrages , Louis XIV rendant les sceaux au président Voisin, saint Louis maître de son âme, et ne lui permettant que des vertus,, ne se- , raient-ils que des mensonges qu'il faudrait effâceif de notre histoire? , ..

. ^ .„ .. ... K c.?l j.'u-iilil l,e.ui-iJ 3!!' ■-.• M-

Les passions sont leî seuls ôi-ateurs qui persuadent tot^|ours. Elles sont comme un art de la nature, dont les règles sont ittfailliblcs ; et l'homme le plus simple , qui a de la passion , persuade mieux que le plus éloquent qui n'en a point.

Cette pensée est trop générale. L'art de persuà; der ne vient pas tant de la passion qu'on éprouvé» que de, celle qu'on sait exciter. C'est le véritable objet de l'éloquence. On se méfie d'un homme colère, à moins qu'il ne réveille un sentiment d'ii^- ,, dignation; d'un orgueilleux, s'il n'a l'adresse d^/ flatter l'orgueil. Or on peut être très-passionné,' , et manquer ce l?ut, qui vient de la réflexion.

Il y a dans le cœur humain une génération perpétuelle de , ^ passions, en sorte que la ruine de l'une est presque toujoli^ l'étiiblissement d'une autre. *" h

Et cependant, quelles que soient leur rapidité éf' notre inconstance, les passions, dit énergiquemeriï ,' Bossuet, ont une infinité qui se fâche de ne pou- ^. voir être assouvie \ Ah! sans doute, cette infinité est comme l'instinct de l'âme , qui sent le besoin de s'attacher à quelque chose d'éternel. Ainsi ta , pensée de la Rochefoucauld nous révèle un bienfait de la nature , car , dans leur passage rapide','

KJ'j

toutes les passions nous laissent mécontents d'elles ^ et de nous, de leurs plaisirs comme de leurs'* peines; et ce mécontentement nous conduit peàV'

' Sermon pour le troisième dimanche de l'A vent.

^^4iÉ M Rochefoucauld!^- i^y

à i)€u à la seule passion qiii puisse avoir de la durée, la vertu. '" '* ' '

Cette clémence , dont on fait une vertu , se pratique , tantôt par vanité, quelquelois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois enseEoble,

'Vyyîci une dé ces maximes fondamentales qui proiivent la fausseté de tout le système. Le vice est ce qui fait le malheur des hommes, la vertu ce qui les rend heureux. Une maxime qui tend à détruire une vertu , pour y substituer un vice , est donc une maxime fatale au bonheur des hommes ; et une maxime fatale au bonheur des hommes ne peut être la vérité : le caractère de la vérité est d'élever l'âme, et non de l'avilir; de répandre la vie dans les sociétés humaines, et non d'y propager la destruction ; de faire trembler les tyrans , et non de les encourager. Ces principes suffiraient sans doute pour condamner la Rochefoucauld, lors même que l'expérience ne serait pas contre lui. En effet, que penser d'un système qui se trouve contredit par tout ce qu'il y a de beau et de sublime dans l'histoire des hommes ? Y avaitil donc un sentiment de crainte, de vanité ou de paresse dans l'âme de Henri IV , lorsque , se retirant devant le duc de Parme , il laissait échapper la victoire , plutôt que de livrer Paris aux horreurs du pillage ? « J'aime mieux n'avoir point de Paris, disait-il , que de l'avoir tout ruiné et tout dissipé par la mort de tant de personnes. » Non , la Rochefoucauld n'avait pas lu dans le cœur de Henri IV ; il ne connaissait pas la véritable clémence, celle qu'on adore dans Charles V, dans Louis XII , et même dans César, qu'on haïrait sans elle. La clémence est la bonté appliquée aux grandes choses ; c'est un sentiment de générosité et d'amour envers nos ennemis, qui met les rois au rang des dieux : elle est, dit Plutarque, la partie divine de la vertu. Ainsi s'accordent ensemble , et les actions des grands hommes, et les maximes des vrais sages. Cette vertu existe parce que l'humanité en a besoin : elle existe parce que son absence serait la perte du faible , et la malédiction des hautes fortunes.

If^ous avons dit que la Rochefoucauld se contente trop souvent de peindre son siècle , et de réduire en maximes ce qui se passait en lui et autour de lui. Cette remarque trouve ici son application, car la pensée sur la clémence n'est autre chose que l'expression de la politique d'Anne d'Autriche. I^a Rochetoucauld lui avait tout sacrifié, jusqu'à la faveur du cardinal de Richelieu *.

' lyfnnohrs delà /îw/</:/V»»/r</?//(/, pr^'inière part , pa^ena.

Devenue régente, elle ne laissa tomber ses grâces que sur ceux qu'elle haïssait; ses amis furent oubliés. Croyant montrer sa force dans sa générosité ,. elle ne montra que sa faiblesse dans son ingratitude. Les criminels furent justifiés ^ ; on donnait tout à qui savait se faire craindre. lEn un mot , Richelieu avait cessé de vivre, non de régner : on eût dit que lui-même , longtemps après sa mort , écrasait encore ses ennemis , et se ressaisissait du pouvoir dans la personne de Mazarin, sa créature. Ainsi , Anne d'Autriche , en comblant de faveurs les anciens protégés de Richelieu , se montra clémente envers ses persécuteurs, mais de cette clémence dont parle la Rochefoucauld , qui se pratique par vanité, par paresse ou par crainte. La guerre de la Fronde fut la suite de tant d'injustices : Anne d'Autriche ne tarda pas à se convaincre que la fidélité des courtisans ne s'attache qu'aux récompenses , et c'est alors que la Rochefoucauld eut le triste honneur ^ de faire trembler sa souveraine. Tous les Mémoires du temps parlent de ses intrigues avec la duchesse de Longueville, qui fut l'aventurière d'un parti dont le cardinal de Retz se fit l'enfant perdu ^. Après de tels événements, doit-on s'étonner de trouver dans le livre de la Rochefoucauld des traces de toutes les passions qu'il avait allumées, et qui auraient perdu la France si Louis XIV ne fût venu remettre tout à sa place? .:-» ^t-j-t tîn%, .,.2y /■■ ::.^'- 4^ ^^''■■\,

xviir;

La modération est une crainte de toml)er dans l'envie et dans le mépris que méritent ceux qui s'enivrent de leur bonheur; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit; et enfin la modération des hommes dans leur plus haute élévation , est un désir de paraître plus grands que leur fortune.

Nouvelle preuve que la Rochefoucauld avait puisé ses maximes dans son siècle , et non dans la morale du genre humain. Ce qu'il dit ici de la modération est un trait du caractère de Mazarin, qui, selon madame de Molteville, « affectait d'être « gai quand ses affaires allaient mal , pour mon- <i trer qu'il ne s'étonnait point dans le péril; et « froid quand elles allaient bien, pour faire voir « qu'il ne s'emportait pas dans la prospérité \ >» On n'admettra donc pas, comme une maxime générale , cette critique particulière. Sans doute personne n'était dupe de la gaieté ou de l'indifférence de Mazarin : on savait trop que cette hypocrisie était le voile de son ingratitude et de son ambi-

» Mémoires du cardinal de liefz, tome I, page 03.

* Mémoires de viadome de Molteville, tome 1, paR<> l'iO. 3 Mémoires du cardinal de Retz , ton»' I , page 29».

* Mémoires de madame de Motteville , tonu; II, paj^f ir..

EXAMEN CRmQUE DES MAXIMES

lion; mais le moiid« entier crut k Phocion, lorsque avant de boire la ciguë il se tourna vers son fils, et lui dit : « Je te commande et te prie de ne « porter point rancune |ïour ma mort aux Athé- « niens. » La vie entière du héros attestait la vérité de ce» paroles.

!iM*La'«onstaHco des sages n*e8t que l'art de renfermer leur Ai^taUoQ duns leur cœur.

Ainsi la sagesse n'est encore que de Thypocrisie! Remarquez que cette définition de la constance est une suite de la Maxime 18, et ne peut, comme elle, s'appliquer qu'à Richelieu ou à Mazarin. Voyez d'ailleurs quels seraient ses résultats. Ne faudrait-il pas en conclure que la sagesse est funeste à l'humanité, puisque, sans nous ôter les maux, elle nous priverait des consolations? La constance du vrai sage est l'art d'opposler aux agitations de la vie une force qui les détruise; c'est un amour de la vertu qui ne peut être ébranlé ni par la crainte, ni par l'espérance. Mais il est une autre vertu supérieure à celle des sages : c'est la résignation du chrétien, vertu qui met à la place de nos souffrances un sentiment d'amour pour celui qui les envoie; vertu pleine de vigueur, qui écarte toutes les incertitudes, car elle ne s'appuie plus sur nous, mais sur Dieu, et, transportant nos désirs de la terre au ciel, elle nous console des douleurs qui passent par l'espérance d'une joie qui ne passera jamais. Épictète était pénétré de tout ce que cette morale a de plus sublime, lorsqu'il disait, en s'adressant aux dieux : « J'ai été « malade parce que vous l'avez voulu, et je l'ai « voulu de même ; j'ai été pauvre parce que vous « l'avez voulu, et j'ai été content de ma pauvreté; j'ai « été dans la bassesse parce que vous l'avez voulu, « et je n'ai jamais désiré d'en sortir. » Pensées touchantes , qui ne peuvent s'échapper que d'une âme paisible , et qui n'arrivent à la nôtre que pour la remplir de courage et d'amour. Si la constance des sages n'était que l'art de renfermer leurs agitations dans leur cœur, Épictète aurait eu l'enfer dans le sien. Peu d'hommes furent aussi malheureux , et c'est du sein de ses misères qu'il poussa ce cri sublime : « Je suis Épictète , esclave , estro- « pié , un autre Irus en pauvreté et en misère , et « cependant aimé des dieux! »

La philosophie triomphe aisément des maux passés et des »-»aux à venir ; mais les maux présents triomphent d'elle.

Anaxarque , Diogène , Épictète , Socrate , apprirent au monde que la philosophie est supérieure à

la misère, à l'esclavage , à la douleury à l« mon. La Rochefoucauld prétendait- il nier ces grands exemples, ou les renverser par une maxime? ( f^'oyez la note de la Maxime 20).

Peu de geDs connaissent la mort ; on ne la souffre pas ordinairement par résolution , mais par stupidité et par coutume; et la plupart des hommes meurent parce qu'on ne peut s'empêcher de mourir.

La crainte de la mort n'est , si l'on peut S'exprimer ainsi , qu'un sentiment physique , un mstmct nécessaire à notre conservation. C'est une sentinelle commise à la garde de l'être matériel , et qui se retire à mesure que la morale nous éclaire , ou que notre intelligence s'agrandit. L'homme laissé à lui-même n'éviterait aucun mal; les animaux partagent cet instinct avec l'homme , l'âme n'y est pour rien : ou plutôt c'est de l'âme seule que nous apprenons , contre le témoignage de tous nos sens, que la mort est le plus grand des biens , jusque-là que le malheureux l'appelle , que le héros la brave, que le chrétien la bénit. La mort n'est pas notre affaire, c'est celle de la nature; pour ne la pas craindre , loin d'en détourner la vue , il suffit de l'envisager et de la comprendre, {t^oyez les riëtès des Maximes 26 et 604.>.i>. , ,i.>.».i /». i. i .

Le soleil ni laf itM^t ne se peuvent regarder Ëxement.

Les anciens redoutaient la mort , ne pouvant ni la comprendre, ni consentir à paraître la craindre. Ils l'embrassèrent avec mépris, et ce mépris fit leur grandeur. Politique , mœurs , philosophie , tout fut dirigé dans ce but. Socrate seul, en méditant sur la mission de l'homme , pressentit que la mort devait renfermer le prix de la vertu. Il mit sa confiance en Dieu, et, le cœur pénétré de ce sentiment nouveau , il s'endormit sur la terre pour se réveiller dans le ciel. Mais la foi du chrétien a pénétré plus avant dans ces abîmes. Ce n'est point assez pour lui de regarder la mort fixement , il la contemple avec joie , il l'attend avec amour. Tous ses mystères lui sont dévoilés : elle n'accroît pas ses peines , elle les dissipe ; elle ne trouble pas ses espérances, elle les accomplit; elle ne lui ôte pas la vie , elle la lui donne. Ainsi le passé comme le présent, la fin des sages les plus illustres comme «elle des chrétiens les plus obscurs, démentent cette pensée calomnieuse. Caton en eût rougi, Bayard ne l'eût pas comprise. Et vous , pieuses victimes de notre révolution , qu'auriez-vous dit de ce langage, vous qu'on vit prier pour vos assassins, et qui, au moment de quitter la terre, ne

»?V ïPE 1.A ROCHEFOUCAULÏÏF,/^/:!

cépandiex des pleuf s que sur iioa okmix? ( f^oyezki -, 4io4e de 1» Maxime ô04)ii i - 5 ..v ;iv;vf>'i j

La jalousie est, en quelque manière, juste et raisonnaWe, | puisqu'elle ne tend qu'à conserver un bien qui nous appartient ^ (Ml tfue nous croyons nous appartenir : au lieu que l'envie est \ iriie (tir^MX qsui ne peut souffrir le Lien des autrest !

«"'fci'f comme dans iinefottle d'autres Maximes, Fauteur n'envisage qu'un des cotés de la passion qu'il r«ut excuser. Il n'y a point de coupable qui n'ait ses raisons. Dans les âmes communes, la jalousie ne dévelopi)e que bassesses, méfiances, soupçons; éims les âmes vigoureuses, ses fruits sont la fureur et le crime. Chacun en supporte te poids suivant sa force ; mais l'avilissement est pour tous. Quant à Feuvie, passion obscure, lâche, honteuse d'^ellemême, elle ne souffre pas toujours du bien des autres, mais seuleiiaent de n'être pas aussi bien que les autres. Charroa l'a supérieurement définie, lorsqu'il a dit : « C'est un regret du bien que les autre? ^ssè(kni^.8t qui tourne ce^ bien à notre mal. »i ^ j jtiofi ?j ] tgyV lïi'td K.^ Jm^*> fil rjo''àiî' » 'i. eep |

.î^ Le mal que nous faisons ne nous attire pa» tant depersémlion et de liaine que nos bonnes qualités.

Il est deux manières de considérer cette Maximîe ; comme maxime générale, et comme maxime d'exception. La première proposition serait une absurdité. La Roéhefoueaxïfd n'a pas pu dire que, dans le commerce habituel de la vie, la sincérité, l'innoeeoce, la générosité, la modestie, nous attirent la haine et la persécution ; tandis que la colère , Finjustice, la violence, la mauvaise foi, nous donnent des amis. En se bornant donc à la seconde propo- .sition , tl faut avouer que les grandes qualités irritent quelquefois les méchants, et qu'elles excitent la persécution ; mais dire qu'elles appellent la haine, c'est calomnier le genre humain. Socrate et Fénélon furent persécutés, ils ne furent point haïs ; ou phir tôt jamais ils n'inspirèrent autant d'amour qu'au moment Gii ils recueillaient le prix de leurs vertus, fwi dans une prison, l'autre dans Fexil. Si vous êtes méchants, les hommes vous haïssent ; si vous êtes bons, ils vous persécutent. Heureusement le choix est facile entre ces deux extrémités, car on peut supporter Finjustice des hommes ; mais leur haine est un supplice qui ne nous laisse ni consotetion ni refuge. {Foy. h note de la Maxime 238).

l'orgueil ne nous rend point insensible ; on peut donc, sans avoir de l'oigueil y être blessé de celui di» iOI&nittK; ii'i j-r -V iii,lli.«iOy >] C*t » 1 iïb lui J9 ^«Ul

^^dl/v n:f H-^i'i r.iT? XXÎXV^- ■*'3f^ï ^hi<.,q fsiir,q ■•

' l'orguèfï est ^al "dans fous les homine», et il tt*fa ^Wfférenee qu'aux moyens et à la marûère dé le mettre aurjdUli

L'orgueil n'étant qu'une fausse mesure de nousmêmes, il est évident que cette mesure a plus ou moins d'étendue, suivant notre caractère ou nos passions. Soutenir que l'orgueil est égal dans tous les hommes, c'est donc soutenir qu'Alexandre et saint Louis avaient le même caractère et les mêmes passions; c'est ne mettre nulle différence entre Pradon, qui se plaignait de Finjustice du public soulevé contre ses pièces, et Racine, qui, frappé de la froideur de ce même public pour Âthalie, emporta dans la tombe la douloureuse pensée qu'il s'était trompé ; enfin, c'est nier la modestie, vertu des âmes ^licates, et qui sert de voile aux autres vertus. ► ciLiGt'îà fiTij i'jjo : d il' -'w *-în mf'

.^ ., ^ .:..,^ .:, .xxxvn. ,. .,..; ..„• , ..,

^ ^'orgueil a plus de part que la bonté aux remontrances que BOUS fMsons à ceux qui commettent des fautes , et nous ne le» reprenons pas tant pour les en corriger , que pour leur persuader que nous en sommes exempts.

.ji,y^a,âu moins de grandes exceptions à cette règle ; et la Rochefoucauld ne pensait pas sans doute en faire l'application aux ieçons paternelles et aux conseils de l'amitié. Avertir et être averti , dit Cicéron, c'est le propre de l'amitié. Au reste, l'auteur en convient lui-même dans une autre pensée qu'il est difficile de mettre d'accord avec celle-ci.

« Le plus grand effet de l'amitié, dit-il, n'est pas « de montrer nos défauts à un ami, c'est de lui « fa^jfe voir lessivas. » (Maxime 41,0),^

. ^\; nous nVvions point d'orgueil , nous ne nous plaindrions pas de Celui des autres.

Pensée plus brillante que solide. L'absence de

xxxviii;

Hi^- \ 3\\ liii-Ài

NoTis promettons selon nos espérances ,,et nous tenons seloq nos craintes.

Nouveau trait du caractère de Mazarin. Sans reconnaissance pour les services passés , il ne laissai! tomber les grâces de la cour que sur ceux qui avaient Faudace de s'en faire crainclre. L'art de promettre ftit pour lui l'art de régner. Prodigue seulement d'espérance, flatteur de ses propres courtisans, il amusait leur vanité, laissant entrevoir dans l'avenir des faveurs considérables , pour se dispenser d'en accorder de légères. La Rochefoucauld fut victime de ses promesses hypocrites; mais il ne pensait pas, sans doute, que lire dans le cœur de Mazarin c'était lire dans le creur de tous les hommes.

On trouve, dans les Fragments historiques de Racine, une explication ingénieuse de cette politique

EXAMEN CRITIQUE DES MAXIMES

de Mazdpin : nous la citons comme le complément de la pensée de la Rochefoucauld.

« La raison pourquoi , dit-il , le cardinal différait « tant à accorder les grâces quMl avait promises, « c'est qu'il était persuadé que l'espérance était « bien plus capable de retenir les hommes dans le « devoir, que non pas la reconnaissance '. »

Nous n'avons pas assez de force poor saivre toute notre raison.

Cette pensée fut ainsi retournée par madame de Grignan : « Nous n'avons pas assez de raison pour employer toute notre force. » Madame de Sévigné trouvait cette Maxime plus vraie que celle de la Rochefoucauld. .>! ^ .

La force et la faiblesse de l'esprit sont mal nommées ; elles ne sont en effet que la bonne ou la mauvaise disposition des organes du corps. fihi\' -ut U{>ëit[ u}-»ii> htl-

Si la bonne oùià'^ii^fte'^^isiiosîtioîi dîi corps réglait la force ou la faiblesse de l'esprit , il en résulterait nécessairement que tous ceux dont les organes sont sains devraient avoir l'esprit vigoureux, et que tous ceux dont les organes sont malades devraient avoir l'esprit faible : chose que l'expérience dément , et que par cela même il est inutile de combattre. La Rochefoucauld a-t-il voulu dire que l'âme est une harmonie de toutes les parties du corps , et que la puissance de la pensée augmente ou diminue, suivant la perfection de cette harmonie? Il faudrait toujours en conclure qu'un corps faible ne donnerait qu'une âme faible, ce qui est également contraire à l'expérience. César était d'une complexion délicate ; et c'est dans un corps débile que brûlait l'âme la plus énergique de Rome, celle de Caton. D'un autre côté , si la force de l'esprit était un résultat de l'harmonie de tous les membres du corps , lorsqu'un homme aurait perdu un bras, sa pensée devrait s'affaiblir, ce qui n'est point encore arrivé. L'esprit agit , au contraire , avec d'autant plus de liberté que le corps le charge moins. Le délicat Athénien avait une âme bien autrement énergique que les Cimbres et les Teutons , dont la taille était énorme. Mais l'absurdité du système paraît mieux encore , lorsqu'au lieu d'un membre on retranche iHn organe ou même un sens ; car la perte d'un organe devrait anéantir une partie de l'âme, si celleci n'était qu'une harmonie de toutes les parties du corps. Et cependant a-t-on vu que la cécité d'Homère, de Milton et de Delille eût affaibli leur gé-

' Œuvros de Racine, tome V, p. 299; Pam, Lefèvre, 1821.

nie? et ne semble-t-il pas, au contraire, que leurs inspirations devenaient plus sublimes, à mesure que la perte de leurs organes les détachait de la terre ?

Notre pensée est infinie; elle se porte dans le passé et dans l'avenir. J'entends , par le passé, communication avec Plutarque, Socrate et Platon. Et quant au présent, ma pensée pénètre aussi facilement dans les pays les plus éloignés qu'elle a pénétré dans les siècles .-jusque-là, qu'elle me transporte à volonté dans toutes les contrées que j'ai parcourues. Or, si l'âme était une modification de la matière, elle irait par les mêmes degrés ; et comme pour aller à Rome il faut traverser les Alpes et l'Italie , de même mon esprit ne pourrait se peindre le Colisée ou le Panthéon qu'après avoir parcouru successivement tous les pays intermédiaires. On m'objectera peut-être qu'en réfutant les matérialistes je cesse de réfuter la Rochefoucauld. Si cela était, mes arguments subsisteraient encore pour répondre à ceux qui seraient tentés de donner cette extension à sa doctrine. Mais est-il bien sûr que je ne combatte pas l'auteur des Maximes, et faut-il révéler avec quel art perfide il sait jeter comme au hasard une opinion dangereuse , se réservant de la développer ensuite sans scandale ; offrant le poison à ceux qui le cherchent, ne le dérobant qu'aux âmes indifférentes , et marquant enfin le véritable point de départ de toutes les doctrines funestes qui ont ravagé le dix-huitième siècle ? Pour mettre cette triste vérité dans tout son jour, il suffit de rapprocher la Maxime 44 de la 297% ainsi conçue :

« Les humeurs du corps ont un cours ordinaire « et réglé, qui meut et qui tourne imperceptible- «ment notre volonté; elles roulent ensemble et « exercent successivement un empire secret en « noiis, de sorte qu'elles ont une part considérable « à toutes nos actions , sans que nous le puissions « connaître. »

Une pareille Maxime n'est-elle pas un cours complet de matérialisme ? Ainsi s'éblouit lui-même un esprit supérieur, lorsque, cessant de s'appuyer sur les principes de la saine morale, il ne songe qu'à flétrir la vertu. Rousseau lui aurait dit : Tu crois me montrer un homme, et je ne vois dans tes mains qu'un cadavre. Ainsi donc, suivant la Rochefoucauld, la disposition de nos organes fait notre force ou notre faiblesse, et nos actions dépendent en grande partie du cours de nos humeurs. Il a dit plus haut que la sagesse n'était que de l'hypocrisie, que la vertu n'était que de l'amour-pro-. pre; il dira plus loin que la fortune gouverne le

DE LA ROCHEFOUCAULD

monde. Que nous laissera-t-il poxir nous consoler? ! nos vices et sa philosophie! l

On n'a que trop , de nos jours , vanté cette influence du tempérament , pour nier celle de la vertu. Nos physiologistes croient sérieusement avoir tout expUqué lorsqu'ils nous apprennent que la férocité de Sylla dépendait d'une rigidité de fibres j et la modestie de Fabius d'une humeur pituiteuse k Cette découverte est brillante , et sans doute elle çst aussi vraie que morale. Mais comment l'appli- (jVier au caractère de ïitus, par exemple, qui, avant d'être l'amour du genre humain , faisait dire aux citoyens de Rome, épouvantés de ses cruautés et de ses débauches , qu'il serait un autre Néron ? Denique pî'opalam alium Neronem et opinahantur et prœdicabant^. Quel changement s'est donc apéré dans les fibres ou dans les humeurs de cet homme aujourd'hui cruel, demain vertueux? Un semblable exemple suffirait pour détruire toutes les théories des matérialistes , lors même que nous ne sentirions pas en nous la fbrce de vaincre nos passions , qui n'est que la liberté de choisir entre le vice et la vertu. Il est vrai que cette force morale ne se produit pas tout à coup et d'elle-même , mais qu'il faut y exercer son âme : et ceci prouve encore en notre faveur , car ce n'est pas en formant son corps qu'on devient un être moral, mais en formant sa pensée. Voyez l'absurdité de votre doctrine! Si elle était vraie, il faudrait en conclure que les remèdes de l'âme ne se trouvent ni dans Platon , ni dans l'Évangile , mais dans la Pharmacopée universelle, ou dans le Dictionnaire des sciences médicales. Quelle morale lumineuse que celle où , pour faire de Néron un Socrate , il suffirait d'une ordonnance de médecin!...

Je sais que les propagateurs de la doctrine de là Rochefoucauld s'appuient des aberrations de la raison humaine , suite du dérangement de quelques organes. Ils triomphent lorsqu'ils ont dit : Les fous et les imbéciles prouvent pour nous. Voilà un singulier raisonnement et un singulier triomphe ! Ainsi donc , parce qu'une taie s'est formée sur votre œil , vous en concluez que votre œil n'existe pas. Eh bien ! moi je conclus que l'âme des fous existe dans le cerveau , comme l'œil existe sous la taie ; mais çlle dort, elle est au cachot. Faites tomber la taie de l'œil, et il reverra la lumière; rétablissez les conditions nécessaires à la vue de l'âme , et sa raison brillera. Au reste, toutes ces erreurs prennent leur source dans une vérité dont les conséquences ont été exagérées : c'est que l'harmonie établie enti^

> Arl de per/ectiortner l'homme , lomft H , pagns 'i^l ol 400. «Sueton., Titm, ^ VIT.

le corps et l'âme ne peut être dérangée sans que l'un ou l'autre ne s'en ressente. Mais ceci est un effet purement moral , une prévoyance conservatrice, une voie ouverte à la vertu. Tout excès rompt l'accord de notre double nature, dont la raison est la règle commune. Or, pour en conserver l'harmonie, il n'y a pas deux routes; celle de la vertu est forcée, parce que la vertu seule peut borner les passions de l'âme et refréner les appétits du corps. Les effets opposés de ces passions et de ces appétits offrent d'ailleurs une preuve bien remarquable de ce que nous avons déjà appelé notre double nature. Les plaisirs des sens s'usent avec les sens : ils sont rapides et pleins de retours amers, tandis que les plaisirs de l'âme, l'étude, la bienfaisance, toutes les vertus enfin, ont d'autant plus de douceur que nous nous y exerçons davantage. Les premiers nous épuisent vite, les seconds accroissent nos forces ; l'abus des uns nous précipite vers la mort , l'usage constant des autres nous fait chérir jusqu'aux maux de la vie, en nous ouvrant un horizon sans borne dans l'éternité.

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