CHAPITRE XVII
De l*esprit chagrin.
corps célestes, orcupaient dans le mois d'Alhènos, ou dans cliacune des trois parties dans lesquelles il était divisé; c'est-à-dire que les uns el les autres tombent sur les premiers, quatrièmes et sixièmes jours de ces périodes. Ces superstitions grecques sont sans doute dérivées de l'asage égyptien de consacrer chaque jour à une divinité (voyer Hérodote, liv. II, chap. i.xxxii); et c'est vraisemblablemrtit à Alexandrie que cet antique usage s'est confondu successivement avec la semaine lunaire ou planétaire que )>araisseut avoir observée les autres nations de l'Orient, avec la consécration du sabbat chez les Juifs, et avec celle du dimanclie chez les chrétiens.
(9) « Vous ne réfléchissez }ias à ce que vous faites étant « éveillés, disait Diogène à ses contemporains; mais vous N faites beaucoup de cas des visions que vous avez en dor- « manl. »
(10) Instruire de ses mystères. {La Bruyère.) On ne se faisait pas initier tous les mois, mab une fois dans la vie , et puis on observait certaines cérémonies prescrites par ces mystères. (Voyez les notes de Casaubon.) Le mot que tous les traducteurs de ce passage ont rendu par initier est pris souvent par les anciens dans un sens fort étendu (voyez Athénée, liv. II, chap. xii); je crois qu'il faut le traduire ici par purifier. Il faut observer, au reste, que les mystères d'Orphée sont ceux de Bacchus, el ne |)as les confondre avec les mystères de Cérès, Toute la Grèce célébrait ces derniers avec la plus grande solennité; au lieu que les prêtres d'Orphée étaient une espèce de charlatans ambulants, dont les gens sensés ne faisaient aucun cas, et qui n'ont acquis de l'importance que vers le temps de la décadence de l'empire romain. (Voyez Anacharsis, chap. xxi; et le savant mémoire de Frérel sur le culte de Bacchus. )
(11) Le manuscrit du Vatican ajoute ici une phrase défectueuse, que, d'après une explication de M. Coray, appuyée sur les usages actuels de la Grèce, il faut entendre : « Il va quelquefois s'asperger d'eau de mer ; et si " alors quelqu'un le régarde avec envie , il attache un ail •< sur sa tête , et va la laver , etc. » Cette cérémonie devait détourner le mauvais effet que pourrait produire le coup d'œil de l'envieux. On trouvera plusieurs passages anciens sur l'influence maligne qu'on attribuait à ce coup d'oeil , dans les commentateurs de ce vers des Bucoliques de Virgile (égl. iir, V. io3) :
Nescio quis teneros oculus mihi fascinai agnos.
L'eau de mer était regardée comme la plus convenable aux purifications. (Voyez Anacharsis, chap. xxi; et Duport , dans les notes du commencement de ce chapitre. )
( 1 2) Espèce d'oignon marin. {La Bruyère). Le traducteur a inséré dans le texte la manière dont il croyait que cette expiation se faisait; mais il parait que le chien sa crifié n'était que j>orté autoin- de la personne qu'on voulait purifier, et la squille était vraisemblablement brûlée.
(13) Le grec ajoute, même dans l'ancien texte : « ou un « homme dont l'esprit est aliéné. "
L'esprit chagrin fait que l'on n'est jamais content de personne, et que l'on fait aux autres mille plaintes sans fondement (1). Si quelqu'un fait un festin, et qu'il se souvienne d'envoyer im plat (2) à un homme de cette humeur, il ne reçoit de lui pour tout remercîment que le reproche d'avoir été oublié. Je n'étais pas digne, dit cet esprit querelleur, de boire de son vin , ni de manger à sa table. Tout lui est suspect , jusques aux caresses que lui fait sa maîtresse. Je doute fort, lui dit-il , que vous soyez sincère, et que toutes ces démonstrations d'amitié partent du cœur (3). Après une grande sécheresse, venant à pleuvoir (4), comme il ne peut se plaindre de la pluie , il s'en prend au ciel de ce qu'elle n'a pas commencé plus tôt. Si le hasard lui fait voir une bourse dans son chemin , il s'incline. 11 y a des gens, ajoute-t-il, qui ont du bonheur; pour moi , je n'ai jamais eu celui de trouver un trésor. Une autre fois, ayant envie d'un esclave, il prie instamment celui à qui il appartient d'y mettre le prix ; et dès que celui-ci , vaincu par ses importunités , le lui a vendu (5), il se repent de l'avoir acheté. Ne suis-je pas trompé? demande-t-il ; et exigerait-on si peu d'une chose qui serait sans défauts? A ceux qui lui font les compliments ordinaires sur la naissance d'un fils et sur l'augmentation de sa famille, Ajoutez, leur dit-il , pour ne rien oublier, sur ce que mon bien est diminué de la moitié (6). Un homme chagrin , après avoir eu de ses juges ce qu'il demandait , et l'avoir emporté tout d'une voix sur son adversaire , se plaint encore de celui qui a écrit ou parlé pour lui , de ce qu'il n'a pas touché les meilleurs moyens de sa cause ; ou lorsque ses amis ont fait ensemble une certaine somme pour le secourir dans un besoin pressant (7) , si quelqu'un l'en félicite et le convie à mieux espérer de la fortune : Comment, lui répond-il, puis-je être sensible à la moindre joie , quand je pense que je dois rendre cet argent à chacun de ceux qui me l'ont prêté, et n'être pas encore quitte envers eux de la reconnaissance de leur bienfait ?
NOTES
(1) Si l'on voulait traduire littéralement le texte cosrrigé par Casaubon , cette définition serait : « L'esprit cha- « grin est im blâme injuste de ce que l'on reçoit; » et d'après k- manuscrit du Vatican, corrigé par Schneider,
Ul^iOE LA DÉFIANCE.
une disposition à bonté. »
blâmer ce qui vous csl donne avec
(2) C'a élé la couluine des Juifs et d'au Ires peuples orientaux, des Grecs et des Romains. {La Bruyère.) Il fallait ajouter, « dans le^ repas donnés après des sacrifi- « ces. » (Voyez chapitre xii, note 5.) Au lieu d'un plat, il y a dans le texte, «« une portion de la victime. »
(3) Littéralement : « Comblé de caresses par sa maî- « tresse, il lui dit : Je serais fort étonné si tu me chérissais «« aussi de cœur. »
(4) Il aurait fallu dire : « Si après une grande séche- « resse il vient à pleuvoir. » Le lecteur attentif aura déjà remarqué dans cette traduction beaucoup de négligences de style qu'on ne pardonnerait pas de nos jours.
(5) Au lieu de ces mots, « et dès que celui-ci , etc. , » le texte dit, « et s'il a eu un bon marché. >• M. Barthélémy, qui a inséré quelques traits de ce Caractère dans son chapitre xxvirr, rend celui-ci de la manière suivante ; « Un de «t mes amis , après les plus tendres sollicitations , consent << à me céder le meilleur de ses esclaves. Je m'en rapporte '< à son estimation; savez-vous ce qu'il fait? il me le donne " à un prix fort au-dessous de la mienne. Sans doute cet « esclave a quelque vice caché. Je ne sais quel poison se- «• cret se mêle toujours à mon bonheur. »
(6) Le grec porte : «« Si tu ajoutes que mon bien est di- «< minué de moitié , tu auras dit la vérité. »
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(7) Voyez chapitre i, note 3. '/ .f '' '*•'