XXIX
De l'avarice.
Ceux qui n'aiment l'argent que pour là dépense ne sont pas véritablement avares. L'avarice est une extrême défiance des événements , qui cherche à s'assurer contre les instabilités de la fortune par une excessive prévoyance , et manifeste cet instinct avide qui nous sollicite d'accroître , d'étayer, d'affermir notre être. Basse et déplorable manie, qui n'exige ni connaissance, ni vigueur d'esprit , ni jeunesse , et qui prend par cette raison , dans la défaillance des sens , la place des autres passions. ' ] ' ' ■' '
îa.-» Ht u
De la passion du jeu.
Quoique j'aie dit que l'avarice naît d'une défiance ridicule des événements de la fortune , et qu'il semble que l'amour du jeu vienne au contraire d'une ridicule confiance aux mêmes événements , je ne laisse pas de croire qu'il y a des joueurs avares et qui ne sont confiants qu'au jeu ; encore ont-ils , comme on dit , un jeu timide et serré.
Dés commencements souvent heureux remplissent l'esprit des joueurs de l'idée d'un gain trèsrapide qui paraît toujours sous leurs mains : cela détermine.
Par combien de motifs d'ailleurs n'est-on pas porté à jouer? par cupidité, par amour du faste, par goût des plaisirs , etc. Il suffit donc d'aimer quelqu'une de ces choses pour aimer le jeu ; c'est une ressource pour les acquérir, hasardeuse à la vérité, mais propre à toute sorte d'hommes, pauvres, riches, faibles, malades , jeunes et vieux, ignorants et savants, sots et habiles, etc. : aussi
' Je n'ignore pan que les dotis de la nature valent mieux que les dons de l'art. Je ne sais si Ton peut dire les dons de l'art èomine les dons de la nature. La nature donne , dote , doue; l'art ne fait rien de tout cela : 11 vend et ne donne pas , et l'on achète ses biens avec l'étude et le travail. M.
n'y a-t-il point de passion pins commuuu que celle-ci. -,
Delapassian des exercice^:
Il y a dans la passion des exercices un plaisir pour les sens et un plaisir pour l'âme. Les sens sont flattés d'agir, de galoper un cheval ' , d'entendre un bruit de chasse dans une forêt ; l'âme jouit de la justesse de ses sens , de la force et de l'adresse de son corps , etc. Aux yeux d'un philosophe qui médite dans son cabinet , cette gloire est bien puérile; mais, dans l'ébranlement de l'exercice, on ne scrute pas tant le.s choses. En approfondissant les hommes , on rencontre des vérités humiliantes , mais incontestables.
Vous voyez l'âme d'un pêcheur qui se détache en quelque sorte de son corps pour suivre un poisson sous les eaux , et le pousser au piège que sa main lui tend. Qui croirait qu'elle s'applaudit de la défaite du faible animal , et triomphe au fond du filet? Toutefois rien n'est si sensible.
Un grand , à la chasse , aime mieux tuer un sanglier qu'une lyrondelle : par quelle raison? Tous la voient. ■' * --
XXXIt.
','* De V amour paterneL ^ ... ^,, y
L'amour paternel ne diffère pas de l'amourpropre. Un enfant ne subsiste que par ses parents, dépend d'eux , vient d'eux , leur doit tout ; il» n'ont rien qui leur soit si propre.
Aussi un père ne sépare point l'idée d'un fils de la sienne , à moins que le fils n'affaiblisse cette idée de propriété par quelque contradiction ; mais plus un père s'irrite de cette contradiction, plus il s'afflige, plus il prouve ce que je dis.
De V amour filial et fraternel.
Comme les enfants n'ont nul droit sur la volonté de leurs pères, la leur étant au contraire toujours combattue , cela leur fait sentii* qu'ils sont des êtres à part , et ne peut pas leur inspirer de l'amour -propre ; parce que la propriété ne saurait être du côté de la dépendance : cela est visible. C'est par cette raison que la tendresse des enfants n'est pas aussi vive que celle des pères ;
' Les sens sontjldttés d'agir, de galoper un cheval. Wii^\lg.éi, Le» sens ne galopent pas un cheval. M.