CONSEILS
A UN JEUNE HOMME
Sur les conséquences de la conduite.
Que je serai fâché, mon cher ami, si vous adoptez des maximes qui puissent vous nuire I Je vois avec regret que vous abandonnez par complaisance tout ce que la nature a mis en vous. Vous avez honte de votre raison , qui devrait faire honte à ceux qui en manquent. Vous vous défiez
VAIJVENARGUKS.
de la force et de la hauteur de votre âme , et vous ne vous défiez pas des mauvais exemples. Vous êtes^vous donc persuadé qu'avec un esprit trèsardent et un caractère élevé , vous puissiez vivre honteusement dans la mollesse comme un homme fou et frivole? Et qui vous assure que vous ne serez pas même méprisé dans cette carrière , étant né pour une autre? Vous vous inquiétez trop des injustices que l'on peut vous faire , et de ce qu'on pense de vous. Qui aurait cultivé la vertu , qui aurait tenté ou sa réputation' ou sa fortune par des voies hardies, s'il avait attendu que les louanges l'y encourageassent ? Les hommes ne se rendent d'ordinaire sur le mérite d'autrui qu'à la dernière extrémité. Ceux que nous croyons nos amis sont assers souvent les derniers à nous accorder leur aveu. On a toujours dit que personne n'a créance parmi les siens; pourquoi? parce que les plus grands hommes ont eu leurs progrès comme nous. Ceux qui les ont connus dans les imperfections de leurs commencements, se les représentent toujours dans cette première faiblesse, et ne peuvent souffrir qu'ils sortent de l'égalité imaginaire où ils se croyaient avec eux : mais les étrangers sont plus justes , et enfin le mérite et le courage triomphent de tout.