CXIII
Nous nous flattons sottement de persuader aux autres ce que nous ne pensons pas nousmêmes.
Ou ne s'amuse pas longtemps de l'esprit d 'autrui.
Les meilleurs auteurs parlent trop.
La ressource de ceux qui n'imaginent pas est de conter.
La stérilité de sentiment nourrit la paresse.
CXVUL
Un homme >qui ne soupe ni ne dîne chez lui se croit occupé. Et celui qui passe la matinée à se laver la bouche et à donner audience à son brodeur , se moque de l'oisiveté d'un nouvelliste qui se promène tous les jours avant dîner.
Il n'y aurait pas beaucoup d'heureux, s'il appartenait à autrui de décider de nos occupations et de nos plaisirs.
Lorsqu'une chose ne peut pas nous nuire, il faut nous moquer de ceux qui nous en détournent.
' Les menteurs sont bas et glorieux. On pourrait, ce semble, felourner la pensée, et (Ure : Les gens bas et glorieux sont meyiteurs ; car on est souvent menteur parce que l'on est glorieux, et non pas glorieux parce qu'on est menteur. S.
CXXÏ.
H y a plus de mauvais conseils que de caprices.
CXXIJ.
11 ne faut pas croire aisément que ce que la nature a fait aimable soit vicieux. Il n'y a point de siècle et de peuple qui n'aient établi des vertus et des vices imaginaires.
La raison nous trompe plus souvent que la nature'.. . i : rr»
La raison ne connaît pas les intérêts du cœpr.
Si la passion conseille quelquefois plus hardiment que la réflexion , c'est qu'elle donne plus de force pour exécuter.
Si les passions font plus de fautes que le jugement, c'est par la même raison que ceux qui gouvernent font plus de fautes que les hommes privés».
Les grandes pensées viennent du cœur.
Le bon instinct n'a pas besoin de la raison , mais il la donne.
On paye chèrement les moindi-es biens , lorsqu'on ne les tient que de la raison.
La magnanimité ne doit pas compte à la prudence de ses motifs. tîO-^fjftf»*.
* La raison nous trompe plus souvent que la nature. On ne peut entendre, par la nature de l'homme, que son organisation et l'impulsion qu'il reçoit de ses sens vers les objets. Or c'est de là que viennent toutes nos fautes et toutes nos erreurs , et non pas de la raison , même quand elle s'égare. M.
* Si les passions font plus de fautes que le jugement, etc. Cette maxime dément la précédente ; car les passions sont la nature, et le jugement c'est la raison. Or l'auteur dit ici que les passions font plus de fautes que le jugement. M.— Je crois qu'il faut entendre, par la première de ces deux maximes , que la raison nous trompe, proportion gardée , plus souvent que la nature; Vauvenargues croyemt, comme il l'établit dans la seconde maxime, que la raison a moins souvent occasion de faire des fautes que la nature , parce que le nombre des actions qu'elle dirige est beaucoup moins considérable. S.
REFLEXIONS ET MAXIMES
Personne n'est sujet à plus de fautes que ceux qui n'agissent que par réflexion.
On ne fait pas beaucoup de grandes clioses par conseil.