CLX
Le prétexte ordinaire de ceux qui font le malheur des autres , est qu'ils veulent leur bien.
Il est juste d'exiger des hommes qu'As fassent, par déférence pour nos conseils, ce qu'ils ne veulent pas faire pour eux-mêmes.
Il faut permettre aux hommes de faire de grandes fautes contre eux-mêmes, pour éviter un plus grand mal , la servitude.
Quiconque est plus sévère que les lois est un tyran.
Ce qui n'offense pas la société n'est pas du ressort de la justice^.
suit. L'auteur a voulu dire , ce semble , que ce sont les passions qui , en portant l'esprit de l'homme sur un plus grand nombre d'objets, et en augmentant la somme de ses idées, lia fournissent les matériaux de la réflexion , qui est le chemin de la raison. Cela se rapporte à ce qu'il dit ailleurs , que les passions fertilisent l'esprit. S.
* Dans l'enfance de tous les peuples , comm£ dans celle des particuliers, etc. Il semble qu'on peut mettre individus. En est employé ici pour de la réflexion , et c'est une négligence à mon sens. M.
^ Ce qui n'offense pas la société n'est pas du ressort €lê ft-i
RÉFLEXIONS ET MAXIMES
C*est entreprendre sur la clémence de Dieu , de punir sans nécessité.
GLXVI.
La morale austère anéantit la vigueur de l'esprit , comme les enfants d'Esculape détruisent le corps pour détruire un vice du sang souvent imaginaire.
CLXvn.
La clémence vaut mieux que la justice.
- ' CLXvm.
Nous blâmons beaucoup les malheureux des moindres fautes , et les plaignons peu des plus grands malheurs.,..,, . .,
Nous réservons notre indulgence pour les parfaits.
On ne plaint pas un homme d'être un sot , et peut-être qu'on a raison ; mais il est fort plaisant d'imaginer que c'est sa faute.
Nul homme n'est faible par choix.
Nous querellons les malheureux pour nous dispenser de les plaindre.
CLXxm.
La générosité souffre des maux d'autrui, comme si elle en était responsable.
L'ingratitude la plus odieuse, mais la plus commune et la plus ancienne , est celle des enfants envers leurs pères.
Nous ne savons pas beaucoup de gré à nos amis d'estimer nos bonnes qualités , s'ils osent seulement s'apercevoir de nos défauts.
On peut aimer de tout son cœur ceux en qui
ju$hce. Je crois que, par la Justice, Vauvenargues entend ici lestribuDdux. S.
on reconnaît de grands défauts. 11 y aurait de l'impertinence à croire que la perfection a seule le droit de nous plaire. Nos faiblesses nous attachent quelquefois les uns aux autres autant que pourrait faire la vertu.
Les princes font beaucoup d'ingrats, parce qu'ils ne donnent pas tout ce qu'ils peuvent-
CLXXVIII
La haine est plus vive que l'amitié, moins que la gloire \
Si nos amis nous rendent des services , nous pensons qu'à titre d'amis ils nous les doivent , et nous ne pensons pas du tout qu'ils ne nous doivent pas leur amitié.
On n'est pas né pour la gloire , lorsqu'on uq connaît pas le prix du temps.
L'activité fait plus de fortunes que la prudence.
Celui qui serait né pour obéir, obéirait jusque sur le trône.
CLXXXIII
Il ne paraît pas que la nature ait fait les hommes pour l'indépendance.
Pour se soustraire à la force , on a été obligé de se soumettre à la justice. La justice ou la force, il a fallu opter entre ces deux maîtres ; tant nous étions peu faits pour être libres.
La dépendance est née de la société.
Faut-il s'étonner que les hommes aient cru que les animaux étaient faits pour eux , s'ils pensent même ainsi de leurs semblables, et que la fortune accoutume les puissants à ne compter qu'eux sur la terre?
' La haine est plus t)ivc que Vamitié, moins que la gloire. 11 faut, je crois, moins que l'amaur ou Itt passion de la gloire. S.
r^^ iî/VA.UVE]NARGUES. Jia>f
CLXXXVII
Entre rois, entre peuples, entre pai-ticuliers, le plus fort se donne des droits sur le plus faible, (^ la même règle est suivie par les animaux et les êtres inanimés : de sorte que tout s'exécute dans l'univers par la violence; et cet ordre, que nous blâmons avec quelque apparence de justice, est la loi la plus générale, la plus immuable et la plus importante de la nature.
CLXxxvni.
Les faibles veulent dépendre, afin d'être protégés. Ceux qui craignent les hommes aiment les lois.
Qui sait tout souffrir peut tout osec. .'. o,
Il est des injures qu'il faut dissimuler, pour ne pas compromettre son honneur.
11 est bon d'être ferme par tempérament , et flexible par réflexion.
Les faibles veulent quelquefois qu'on les croie méchants; mais les méchants veulent passer pour bons.
CXCUL
Si l'ordre domine dans le genre humain , c'est une preuve que la raison et la vertu y sont les plus forts.
La loi des esprits n'est pas différente de celle des corps, qui ne peuvent se maintenir que par une continuelle nourriture.
Lorsque les plaisirs nous ont épuisés , nous croyons avoir épuisé les plaisirs ; et nous disons que rien ne peut remplir le cœur de l'homme.
CXGVL
Nous méprisons beaucoup de choses pour ne pas nous mépriser nous-mêmes.
Notre dégoût n'est point un défaut et une in-
suffisance des objets extérieurs, comme nous aimons à le croire , mais un épuisement de nos propres organes et un témoignage de notre faiblesse.
cxcvra. -Mfific
Le feu, l'air, l'esprit, la lumière , tout vit par l'action. De là la communication et l'alliance de tous les êtres ; de là l'unité et l'harmonie dans l'univers. Cependant cette loi de la nature si féconde, nous trouvons que c'est un vice dans l'homme; et parce qu'il est obligé d'y obéir, ne pouvant subsister dans le repos, nous concluons qu'il est hors de sa place. *
L'homme ne se propose le repos que pour s'affranchir de la sujétion et du travail ; mais il ne peut jouir que par l'action , et n'aime qu'elle.
ce.
Le fruit du travail est le plus doux des plaisirs.
Où tout est dépendant , il y a un maître ' : l'air appartient à l'homme, et l'homme à l'air ; et rien n'est à soi , ni à part.
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0 soleil 1 ô cieux I qu'êtes-vous ? Nous avons surpris le secret et l'ordre de vos mouvements. Dans la main de l'Être des êtres, instruments aveugles et ressorts peut-être insensibles, le monde sur qui vous régnez mériterait-il nos hommages? Les révolutions des empires, la diverse face des temps, les nations qui ont dominé, et les hommes qui ont fait la destinée de ces nations mêmes, les principales opinions et les coutumes qui ont partagé la créance des peuples dans la refigion, les arts, la morale et les sciences, tout cela, que peut-il paraître? Un atome presque invisible, qu'on appelle l'homme , qui rampe sur la face de la terre, et qui ne dure qu'un '
•DOQ ^ Où tout est dépendant, etc. Cette maxime parait obscare, n semble que Vauvenargues a voulu prouver l'existence de Dieu par la dépendance mutuelle des différentes parties de l'univers, dont aucune ne peut s'isoler des autres ni subsister par elle-même. On n'entend pas ce que veut dire Vair appartient à l'homme , et l'homme à l'air. L'homme ne peut se passer d'air; mais l'air existerait fort bien sans l'homme. Appartient veut-il dite participe de la nature, etc. ? Alors l'idée d'appartenir n'a plus de liaison sensible avec l'idée de dépendance exprimée dans la première phrase. Il y a , je crois , àbu» de mots. S.
REFLEXIONS ET M4XIMES.
jour , embrasse en quelque sorte d'un coup d'oeil le spectacle de l'univers dans tous les âges.
CGIÏI.
Quand on a beaucoup de lumières ' , on admire peu ; lorsque l'on en manque , de même. L'admiration marque le degré de nos connaissances, et prouve moins, souvent, la perfection des choses que l'imperfection de notre esprit.