COMINES
Le roi Louis XI était populaire et accessible. Il avait à la vérité de la hauteur , mais sans cette fierté sauvage qui fait mépriser aux princes tous les autres hommes. Le roi mon maître ne se bornait point à connaître sa cour et les grands du royaume : il connaissait le caractère et le génie des ministres et des princes étrangers; il avait des correspondances dans tous les pays ; il avait continuellement les yeux ouverts sur le genre humain, sur toutes les affaires de l'Europe; il recherchait le mérite dans les sujets les plus obscurs ; il savait vivre familièrement avec s^ sujets sans perdre rien de sa dignité , et sans rien relâcher de l'autorité de sa couronne. Les princes faibles et vains comme vous ne voient que ce qui les approche ; ils ne connaissent jamais que l'extérieur des hommes, ils ne pénètrent jamais le fond de leur cœur; et comme ils ne les connaissent point assez , ils ne savent point s'en servir. Louis XI choisissait lui-même tous les gens qu'il employait dans les affaires. Il avait une âme profonde qui ne pouvait se contenter de connaître superficiellement les dehors des hommes , et de quelques hommes : il aimait à descendre dans les derniers replis du cœur ; il cherchait dans tous les états des gens d'esprit ; il démêlait leurs talents , il les employait. Pour tout cela , vous
'^domines (Philippe de la dite de), d'autres écrivent à tort Commines, historien de Louis XI, naquit au chAtfiau de ce nom , à quelques lieues de Lille , en 1445 , et mourut en 1509 au chAteau d'Argenton, le 17 août, suivant Swerllus, le 17 i>ctohre, suivant Vossius. B.
sentez bien qu'il fallait se familiariser avec les hommes. C'était dans ce commerce familier, dans ces soupers qu'il faisait à Paris avec la bourgeoisie , dans les entretiens secrets qu'il avait avec des personnes de tous les états, qu'il apprenait à déployer toutes les ressources de son génie , qu'il tirait du fond du cœur de ses sujets la vérité, qu'on cache aux princes orgueilleux et impraticables. C'est ainsi qu'il avait cultivé ce génie simple et pénétrant qu'il avait reçu de la nature : aussi s'était-il rendu plus habile qu'aucun des ministres qu'il employait. Il était l'âme de tous ses conseils , savait tout ce qui se passait dans son État, avait un esprit vaste qui ne perdait point de vue les petits objets au milieu des grandes affaires , qui suivait tout, qui voyait tout , qui ne laissait rien échapper. C'était une âme qui , par son activité et son étendue , paraissait se multiplier pour suffire à tout; qui jouissait véritablement de la royauté , parce qu'il animait tous les ressorts de son empire, et qu'il suivait toutes choses jusqu'à leur racine. Un esprit borné et pesant ne voit que ce qui l'environne; il ne regarde jamais ni le passé ni l'avenir ; il voit disparaître autour de lui ses amis , ses supports , ses connaissances, presque sans s'en apercevoir. Son âme est toute concentrée sur elle-même ; elle ne sort point de la sphère étroite que la nature lui a prescrite; elle s'appesantit sur elle-même; tous les événements du monde passent devant elle comme des songes légers qui se perdent sans retour. Une grande âme au contraire ne perd rien de vue; le passé, le présent et l'avenir sont immobiles devant ses yeux. Elle porte sa vue loin d'elle; elle embrasse cette distance énorme qui est entre les grands et le peuple, entre les affaires générales de l'univers et les intérêts des particuliers les plus obscurs, elle incorpore à soi toutes les choses de la terre; elle tient à tout ; tout la touche : rien ne lui est étranger; ni la différence infinie des mœurs, ni celle des conditions , ni celle des pays , ni la distance des temps , ne l'empêchent de rapprocher tous les choses humaines , de s'unir d'intérêt à tout. Mais les hommes de ce caractère ne font rien d'inutile , savent employer tout leur temps , ont un esprit vif qui rencontre d'abord le nœud et la source de chaque chose , qui marche légèrement et rapidement ' .
* Il n'y a dans ce discours de Coralnes que quelques traits qui conviennent h Louis XI. U «Mail populaire et accessible, mais p.ir n<''C«ssit(* pinlùf qiK» p,»r inclination. Dans la hitte