‹ Moralistes français, pensées de Blaise PascalChapitre 290 sur 343 · LU · texte numérisé non relu

LU

J'ai la sévérité en horreur , et ne la crois pas trop utile. Les Romains étaient-ils sévères ? N'exila-t-on pas Cicéron pour avoir fait mourir Lentulus, manifestement convaincu de trahison ? Le sénat ne fit-il pas grâce à tous les autres complices de Catilina? Ainsi se gouvernait le plus puissant et le plus redoutable peuple de la terre. Et nous, petit peuple barbare, non? croyons qu'il n'y a pas assez de gibets et de supplices !

Lin.

Quelle affreuse vertu que celle qui veut haïr et être haïe, qui rend la sagesse , non pas secourable aux infirmes, mais redoutable aux faible> et aux malheureux ; une vertu qui , présumant follement de soi-même , ignore que tous les devoirs des hommes sont fondés sur leur faiblesse réciproque !

Les enfants cassent des vitres et brisent des chaises , lorsqu'ils sont hors de la présence d« leurs maîtres. Les soldats mettent le feu à un camp qu'ils quittent, malgré les défenses du général ; ils aiment à fouler aux pieds l'espérance de la moisson et à démolir de superbes édifices. Qui les pousse à laisser partout ces longues traces de leur barbarie ? N'est-ce pas que les ânie-s faibles attachent à la destruction une idée d'audace et de puissance ?

VAlJVEi>JARGUES.

Les soldats s'irritent encore contre le peuple chez qui ils font la guerre, parce qu'ils ne peuvent le voler assez librement, et que la maraude est punie. Tous ceux qui font du mal aux autres hommes les haïssent.

Lvr.

Quelqu'un a-t-il dit que, pour peindre avec hardiesse , il fallait surtout être vrai dans un sujet noble, et ne point charger la nature , mais la montrer nue? Si on l'a dit, on peut le redirecar il ne paraît pas que les hommes s'en souviennent, et ils ont le goût si gâté, qu'ils nomment iiardi , je ne dis pas ce qui est vraisemblable et qui approche le plus de la vérité, mais ce oui s en écarte davantage.

La nature a ébauché beaucoup de talents qu'elle n'a pas daigné finir. Ces faibles semences de génie amusent une jeunesse ardente qui leur sacrifie les plaisirs et les plus beaux jours de la vie. Je regarde ces jeunes gens comme les femmes qui attendent leur fortune de leur beauté : le mépris et la pauvreté sont la peine sévère de ces espérances. Les hommes ne pardonnent point aux misérables l'erreur de k gloire.

Un écrivain qui n'a pas le talent de peindre doit éviter sur toutes choses les détails.

Quelle est la manie de quelques hommes qui san^ aucune animosité ni raison particulière, se font un devoir d'attaquer les grandes réputations, e de mépriser l'autorité des jugements du pu-

dL'pT r P'"' ^^^''''' P^"« ^'^«dépendance^dans leurs sentiments, et de peur de juger d après les autres ! Je les compare à ces personnes faibles qui, dans la crainte de paraître gouvernées, rejettent opiniâtrement les meilleurs conseils, et suivent follement leurs fantaisies pour faire un essai de leur liberté.

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