‹ Moralistes français, pensées de Blaise PascalChapitre 297 sur 343 · CCLXXII · texte numérisé non relu

CCLXXII

Ta gloire embellit les héros.

CCLXXIII

On est encore bien éloigné de plaire, quand on n'a que de l'esprit.

519. Nous avons des règles pour le théâtre qui passent peut-être nos forces , et que les plus heureux génies n'exécutent que faiblement.

520. Si une pièce est faite pour être jouée , il n'en faut pas juger par la lecture , mais par l'effet des représentations.

11 arrivera peut-être que la raison humaine se perfectionnera encore beaucoup , et ce que nous savons ne sera rien. Mais ceux qui pourront nous passer dans les routes que nous leur ouvrons , et qui s'en croiront plus d'esprit , n'en vaudront pas mieux par le cœur.

CCLXXVII

N'avoir nulle vertu ou nul défaut est également sans exemple.

GCLXXVIIÏ.

293. On suppose que ceux qui servent la vertu par intérêt, la trahiraient pour le vice utile. Point du tout : l'intérêt d'un esprit bien fait ne se trouve guère dans le vice, et son inclination ou sa raison y répugnent trop fortement.

Si la vertu se suffisait à elle-même , elle ne serait plus une qualité humaine, mais surnaturelle.

262. Des auteurs sublimes n'ont pas négligé de primer encore par les agréments, flattés de remplir l'intervalle qui sépare les extrémités , et de contenter tous les goûts. Le public , au lieu d'applaudir à l'universalité de leurs talents, a cru qu'ils étaient incapables de se soutenir dans rhéroique, et on n'ose les égaler à ces grands hommes qui, soigneux de conserver dans tous leurs écrits un caractère plein de dignité et de noblesse , paraissent avoir dédaigné de dire tout

ce qu'ils ont tû , et abandonné aux génies subalternes les talents médiocres.

265. Je n'ôte rien à l'illustre Racine, le plus sage et le plus éloquent des poètes, pour n'avoir pas traité beaucoup de choses qu'il eût embellies, content d'avoir montré dans un seul genre la richesse et la sublimité de son esprit. Mais je me sens forcé de respecter un génie hardi et fécond , élevé , pénétrant , facile , plein de force; aussi vif et ingénieux dans les petites choses que vrai et pathétique dans les grandes ; toujours clair, concis et brillant; philosophe et poète illustre au sortir de l'enfance; répandant sur tous ses écrits l'éclatante et forte lumière de son jugement; instruit dans la fleur de son âge de toutes les connaissances utiles au genre humain ; amateur et juge éclairé de tous les arts ; savant à imiter toutes sortes de beautés par la grande étendue de son génie, et maître dans les genres les plus opposés. J'admire la vivacité de son esprit, sa délicatesse, son érudition, et cette vaste intelligence qui comprend si distinctement tant de faits et d'objets divers. Bien loin de critiquer ses endroits faibles ou ses fautes, je m'étonne qu'ayant osé se montrer sous tant de faces , on ait si peu de choses à lui reprocher.

CGLXXXII.

Ceux qui ne nous proposent que des paradoxes et des contradictions imaginaires sont les charlatans de la morale.

CCLXXXIII

274. Qui a le plus a, dit-on, le moins : cela est faux. Le roi d'Espagne , tout puissant qu'il est , ne peut rien à Lucques. Les bornes des talents sont encore plus inébranlables que celles des empires; et on usurperait plutôt toute la terre que la moindre vertu.

CCLXXXIV

253. Les chagrins et les joies de la fortune se taisent à la voix de la nature, qui la passe en rigueur comme en bonté.

CGLXXXV.

598. La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps, mortelle lorsqu'elle est trop longue, quoique nécessaire.

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