SENTENCES ET MAXIMES MORALES
Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés ^
Ce que nous prenons pour des vertus n'est souvent qu'un assemblage de diverses actions et de divers intérêts, que la fortune ou notre industrie savent arranger; et ce n'est pas toujours par valeur et par chasteté que les hommes sont vaillants, et que les femmes sont chastes*.
^ Cette pensée , qui peut être considérée comme la base du système de la Rochefoucauld , se trouve dans la première édition , sous la forme suivante : « Ce que le monde nomme vertu n'est d'ordinaire qu'un fantôme forme par nos passion», à qui on donne un nom honnête pour faire impunéinent ce qu'on veut. » ( 1605— n" 179.) Elle ne se retrouve ni dans l.i seconde, ni dans la troisième édition , et ce n'est que dans h s deux dernières ( 1075 , 1078 ) qu'elle reparut comme éplprnphe, et sous une autre forme, i\ la télc <1('5 Réflexions morale.s.
* rariaiilc. Nous sommes prt'uK'cupés de telle sorte en uolto faveur , que ce que nous prenons souvent pour des vertus
MAXIMKS
L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.
Mil.
Quelque découverte que l'on ait faite dans le pays de l'amour-propre , il y reste encore bien des terres inconnues.
L'amour-propre est plus habile que le plus liabile homme du monde.
La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous, que la durée de notre vie.
La passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent les plus sots habiles '.
Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux sont représentées par les politiques comme les effets des grands desseins , au lieu que ce sont d'ordinaire les effets de l'humeur et des passions. Ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoine, qu'on rapporte à l'ambition qu'ils avaient de se rendre maîtres du monde , n'était peut-être qu'un effet de jalousie *.