‹ Moralistes françoisChapitre 11 sur 309 · ARTICLE III · texte numérisé non relu

ARTICLE III

De [art de persuader.

i de persuader a un rapport nécessaire inière dont les hommes consenteut à ce eor propose , et aux conditions des choses reot faire croire.

KMuie n'ignore qu'il y a deux entrées par opinions s'insinuent dans l'ame, qui sont IX principales puissances : l'entendement )lonté. La plus naturelle est celle de reniait; car on ne devroit jamais consentir ; vérités démontrées : mais la plus ordi-

naire, quoique contre la nature, est celle de la volonté ; car tout ce qu'il y a d'hommes sont presque toujours emportés à croire , non pas par la preuve, mais par l'agrément. Cette voie est basse , indigne et étrangère : aussi tout le monde la désavoue. Chacun fait profession de ne croire, et même de n'aimer que ce qu'il sait le mériter.

Je ne parle pas ici des vérités divines, que je n'aurois garde de faire tomber sous l'art de persuader; car elles sont infiniment au-dessus de la nature; Dieu seul peut les mettre dans l'ame, et par la manière qu'il lui plait. Je sais qu'il a voulu qu'elles entrent du cœur dans l'esprit, et non pas de l'esprit dans le cœur, pour humilier cette superbe puissance du raisonnement, qui prétend devoir être juge des choses que la volonté choisit, et pour guérir cette volonté infirme qui s'est toute corrompue par ses indignes attachements. Et de là vient qu'au lieu qu'en parlant des choses humaines, on dit qu'il feut les conncrftre avant que de les aimer, ce qui a passé en proverbe; les saints, au contraire, disent, en parlant des choses divines , qu'il faut les aimer pour les connoître, et qu'on n'entre dans la vérité que par la charité , dont ils ont fait une de leurs plus utiles sentences.

En quoi il parof t que Dieu a établi cet ordre surnaturel , et tout contraire à l'ordre qui devoit être naturel aux hommes dans les choses naturelles. Ils ont néanmoins corrompu cet ordre, en faisant des choses proiiEuies ce qu'ils dévoient feire des choses saintes, parcequ'en effet nous ne croyons presque que ce qui nous piaf t. Et de là vient l'éloignement où nous sommes de consentir aux vérités de la religion chrétienne, tout opposée à nos plaisirs. Dites-nous des choses agréables, et nous vous écouterons, disoient les l\x\h à Moise; comme si l'agrément devoit régler la croyance ! Et c'est pour punir ce désordre par un ordre qui lui est conforme, que Dieu ne verse ses lumières dans les esprits qu'après avoir dompté la rébellion de la volonté par une douceur toute céleste , qui la charme et qui l'entratne.

Je ne parle donc que des vérités de notre portée; et c'est d'elles que je dis que l'eqprit et le cœur sont comme les portes par où elles sont reçues dans l'ame; mais que bien peu entrent par l'esprit, au lieu qu'elles y sont introdvités

PENSÉES DE PASCAL

en foule par les caprices téméraires de la volonté, sans le conseil du raisonnement!

Ces puissances ont chacune leurs principes et les premiers moteurs de leurs actions.

Ceux de Tesprit sont des vérités naturdles et connues à tout le monde, comme que le tout est plus grand que sa partie, outre plusieurs axiomes particuliers, que les uns reçoivent, et non pas d*autres; mais qui, dès qu'ils sont admis, sont aussi puissants , quoique iaux , pour emporter la croyance , que les plus véritables.

Ceux de la volonté sont de certains désirs naturels et communs à tous les hommes, comme le désir d*étre heureux , que personne ne peut ne pas avoir, outre plusieurs objets particuliers que chacun suit pour y arriver, et qui, ayant la force de nous plaire, sont aussi forts , quoique pernicieux en effet , pour faire agir la volonté, que s'ils £ûsoient son véritable bonheur.

Voilà pour ce qui regarde les puissances qui nous portent à consentir.

Hais pour les qualités des choses que nous devons persuader, elles sont bien diverses.

Lçs unes se tirent , par une conséquence nécessaire , des principes communs et des vérités avouées. Celles-là peuvait être mfiEdlliblement persuadées ; car, en montrant le rapport qu'elles ont avec les principes accordés , il y a une nécessité inévitable de convaincre ; et il est impossible qu'elles ne soient pas reçues dans Tame dès qu'on a pu les enrôla* à ces vérités déjà admises.

Il y en a qui ont une liaison étroite avec les objets de notre satisfocUon; et cellesrlà sont encore reçues avec certitude. Car aussitôt qu'on fait apercevoir à l'ame qu'une chose peut la conduire à ce qu'elle aime souverainement , il est inévitable qu'dle ne s'y porte avec joie.

Mais celles qui ont cette liaison tout ensemble, et avec les vérités avouées , et avec les désirs du cœur, sont si sûres de leur efFet , qu'il n'y a rien qui le soit davantage dans la nature, comme, au contraire, ce qui n'a de rapport ni à nos croyances , ni à nos plaisirs , nous est importun, faux et absolument étranger.

En toutes ces rencontres il n'y a point à douter. Mais il y en a où les choses qu'on veut feire ci*dire sont bien établies sur des vérités connues,

mais qui sont en même temps contR plaisirs qui nous touchent le plus. Et sont en grand péril de faire voir, par u rience qui n'est que trop ordinaire, i di$ois au commencement, que cette ai rieuse , qui se vantoit de n'agir que son , suit , par un choix honteux et téi ce qu'une volonté corrompue désire, résistance que l'esprit trop édairé puû poser.

C'est alors qu'il se fsàt un balancem teux entre la vérité et la volupté , et qv noissance de l'un et le sentiment de l'a un combat dont le succès est bien ii puisqu'il feudroit, pour en juger, c tout ce qui se passe dans le plus int^ l'homme, que l'homme même ne conn que jamais.

Il parott de là que, quoi que oe S( veuille persuader, il fisiut avoir égard sonne à qui on en veut, dont il fisiut c l'esprit et le cœur, quels principes il s qucdles choses il aime; et ensuite reman; la chose dont il s'agit quel rapport die s principes avoués ou avec les objets cen cieux, par les charmes qu'on leur attr sorte que l'art de persuader consiste a celui d'agréer qu'en celui de convaincre hommes se gouvernent plus par capr par raison !

Or, de ces deux méthodes, l'une de cre , l'antre d'agréer, je ne donnerai id 1 que de la première; et encore au cas c accordé les principes , et qu'on demeui à les avouer : autrement je ne sais s'il un art pour accommoder les preuves à stance de nos caprices. La manière d'a{ bien , sans comparaison , plus difficile , p tile , plus utile et plus admirable; aussi i traite pas, c'est paroeque je n'en suispas et je m'y s^s tellement disproportionni crois pour moi la chose absolument im|

Ce n'est pas que je croie qu'il n'y ait d aussi sûres pour plaire que pour démoi que celui qui les sauroit pariaitement o et pratiquer, ne réussit aussi sûrement; aimer des rois et de toutes sortes de pei qu'à démontrer les éléments de la géoi ceux qui ont assez d'imagination pour

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