CCCXXXIX
} neMeotons nos biens e( nos maux qa'à proportion de ni^ropre.
nir-propre , Taoïoar de soi , l'orgaeil » la yae Taatear des Maximes confond sans cesse ,
aaginenter on diminuer les biens laclioes ms donnent, mais leur pouvoir ne va pas
; et , par exemple , je Tondrois que le duc lochefoucaiild pât me dire quel secours il l'amour-propre pour adoucir les tortures de i , et comment cette passion vint à son aide 1 4672 il apprit en un même jour qu'un de ^toit mort au passage du Rhin , un autre t gue la cour pleuroit la perte do jeune duc ueville qu'il chérissoit comme ses propres Madame de Sévigné, témoin de ce désasti'c, i fine : a J'ai vu son cœur à découvert dans ruelle aventure : il est au premier rang de ! j'ai jamais vu de courage , de mérite » de sse et de raison; je compte pour rien son et son agrément. » Et en effet , que peuvent *t l'agrément où il ne faut que du courage 'ésignatioQ ? Combien madame de Sévigné ,
quatre lignes , nous fait regretter que La iicauld ait si souvent £ait usage de cet esprit, ^ment qu'elle compte pour rien, et qu'il ue toujours craint d'exprimer les sentiments tir généreux dont elle admiroit la résigna-
cccxin.
t da pays où Ton est né demenre dans Tesprit et dj^n» mme dans le langage.
vieille observation /qui surprend ici par son un trait de satire contre Mazarin, qui, de- Itre de la France, resta toujours Italien par par l'accent et par le cœur.
cccxLin.
i mi grand homme , il but savoir profiter de tonte sa
tre cette pensée seroit-«lle plus vraie eu la ainsi : Pour être un grand homme , il feut placer au-dessus de la bonne et de la maunne.
t y avoir de règle dans l'esprit ni dans le cœur des le tempérament n'en est d'aocoid.
quelque chose de supérieur au tempéraest la volonté : foites seulement qu'elle soit e, vous en êtes le màitre. Nous avons déjà
réfuté ces imputations désliononuites dans la note de la Maxime 44 , et nous offrons la même réponse aux mêmes erreurs.
cccxLvni.
Quand on aime , oo doute souvent de oe que l'on croit te plus.
Vous vous en rapportez plus à vos yeux qu'à moi, disoit une fenune à son amant; vous ne m'aimez donc plus ?
Noos ne louons d'ordinaire de bon cœur que ceux qui nous admirent.
L'auteur a pris la peine de retourner plusieurs fois cette Maxime qui manque de justesse. La louange est quelquefois, comme il l'observe , un retour sur nous-même , une flatterie habile, un blâme perfide ou empoisonné ' ; mais elle est aussi l'expression d'un plaisir. On loue la grâce d'un jeune enfont , la valeur d'un général ; on loue jusques aux talents d'un acteur; tontes personnes qui peuvent ignorer à jamais les plaisirs qu'elles nous cbnnent, et ne pas payer nos louanges de leur admiration. ( Voyez la note de la Maxime 445.)
On se décrie beauooop plus «apr£i de noM par les moindres infidélités qu'on nous hit, que par les plus grandes qu'on bdt aux autres.
Ainsi La Rochefoucauld trouvoit tout naturel que , pour favoriser son ambition et son amour, la belle madame de Longueville eût oublié ce qu'elle devoit à son mari , à sa souveraine , à sa patrie , à ellemême ; et il ne put lui pardonner l'inclination qu'il crut reconnoltre en elle pour le duc de Nemours. Devenu l'ennemi de celle qu'il avoit aimée , il passa si rapidement de la recotinoissance à l'ingratitude , que plus tard tout le monde put le reconnoltre dans cette autre Maxime de son Livre: « Plus on aime « une maîtresse, plus on est près de la haïr*. i» Enfin , la haine lui inspira des offenses qui auroient pu le déshonorer , s'il eût eu moins de trouble , et que sans doute il ne se {ordonna jamais. « Si l'on juge de « l'amour par la plupart de ses effets , il ressemble « plus à la haine qu'à l'amitié, t» C'est encore une de ses Maximes' dont on peut trouver le commentaire dans sa propre conduite. Au reste , ses mauvais procédés eurent un résultat auquel il étoit loin de s'attendre : madame de Longueville en éprouva toute l'amertume, mais ils lui firent sentir la houle
' roffez les Maximes I4S, 144, 145. 146. * Maxime 111.
3 Maxime 72.
EXAMEN CRITIQUE DES MAXIMES
de sa diote. Alors «fan objet de scandale elle devint un exemple merveilleux de repentir et de vertu '.
CCCLXVn.
n ya peu d'honnêtes femmes <pii ne soient lasses de leur métier.
Pour ne pas se lasser de la vertu , il doit suffire aux femmes de voir quel est le métier de celles qui en manquent.
cccLXxxra.
Ce qui nous rend la Tanité des autres insupportable , c'est «{u'elle blesse la nôtre.
Répétition de la Maxime 54.
On renonce plus aisément à son Intérêt qu*à son goAt
Cela veut dire que Ton renonce plus facilement à sa fortune qu'à sa paresse et à ses habitudes. Préférence qu'on peut dire heureuse ! si le goût ne prévaloit pas, on se heurteroit plus rudement encore siu: le chemin de l'ambition.
cccxcvra.
De Umk nos défauts, celui dont nous demeurons le plus aisément d*acoord » c'est de la paresse : nous nous persuadons qu'elle tient à toutes les vertus paisibles , et que sans détruire entièrement les autres , elle en su^nd seulement les fonctions.
La paresse est la plus terrible ennemie de la vertu , elle l'est de toutes les grandes choses , et c'est ce que La Rochefoucauld a très bien développé dans la Maxime 266.
GCGGIV.
11 semble que la nature ait caché dans le fond de notre esprit des talents et une habileté (jue nous ne connoissons pas : les passions seules ont le droit de les mettre an jour et de nous donner quelquefois des Tues plus certaines et plus achevées que Tart ne sauroit faire.
L'auteur a exprimé la même pensée d'une manière beaucoup plus concise dans les Maximes 344 et 5S0 ; mais pour les bien comprendre il faut les rapprocher.
ccccvm.
Le plus (Imçerenx ridicule des vieilles personnes qni ont été aimables , c'est d'oublier qu'eUes ne le sont plus.
Aimable ne peut a^'^oir ici le sens qu'on lui donne généralement , car on ne cesse pas d'avoir de l'esprit. Il faut donc l'entendre seulement des agré-
• Mémoire* de fnadame de Mottcville, tome IV. pa^e 512. ■ itéinoirc* sur la vie de Jenn Barime
ments passagers qui font qu'on nous aime -, et il est bien vrai que rien n'est plus ridicule que les préteiH tions qui survivent à ces agréments lorsqu'elles ne sont point accompagnées d'un mérite solide : la beauté est si fugitive, que les femmes vieillissent toutes préoccupées de l'admiration qu'on leur prodigue, et que déjà, le temps a changée en dégoût. Voltaire a donné au mot ainia6/e. dans la stance suivante, le même sens que lui donne ici La Rochefoucauld :
On meurt deux fois , je le vois bien : Cesser d'aimer et d'être aimable Est une mort insupportable; '
Cesser de vivre , ce n'est rien.
ccccxiir.
On ne platt pas long-temps, quand on n'a qu'une sorte d'àprit.
Selon Segrais , cette Maxime est une critique de Racine et de Boileau , qui , dédaignant le train or dinaire de la conversation dans le monde , parloieni incessamment de littérature. Cependant il est permis de révoquer en doute cette anecdote , du moins quant à Racine , qui disoit à ses Gis : « Corneille fait « des vers cent fois plus beaux que les miens , et ce a pendant personne ne le regarde , on ne les aime « que dans la bouche de ses acteurs ; au lieu que sans a fatiguer les gens du monde du récit de mes onvra- « ges dont je ne leur parle jamais , je me contente a de leur tenir des propos amusants , et de les enU^ tt tenir de choses qui leur plaisent. Mon talent , avec « eux , n'est pas de leur faire sentir que j'ai de l'es- « prit y mais de leur apprendre qu'ils en ont '. »
CCCCXXVL
La gr«ice de la nouveauté et la longue habitude . quelque c^ pofMÎes qu'elles soient , nous empêchent également de seatir b défauts de nos amis.
La Bruyère a généralisé cette pensée en l'exprimant ainsi : « Deux choses toutes contraires noiis a préviennent également , l'habitude et la nouveauté. »
GCCCXXXV.
La fortune et l'humeur gouvernent le monde.
Plutarque , dans le Traité de la Fortune, avoît répondu d'avance à cette accusation : « Comment , tt dit-il, n'y a-t-il donc point de justice es affaires (iu « monde , ni d'équité , ni de tempérance , ni de mo- « deslie ? et a-ce été de fortune et par fortune qu'Aa ristide a mieux aimé demeurer en sa pauvreté y
DE LA ROCHEFOUCAULD
ceombien qn'fl Tôt en sa puissance se foire seigneor < de beaaconp de bien , et que Scîpîon , ayant pris de R force Caithage, ne toucha ni ne vit oncques rien de (tout le pillage? » Ces objections sont de véritables éfutations , et il serait inutile d'y rien ajouter, si la «usée de La Rodiefoacauld, appliquée à l'ensemlie de l'univers, n'échappoit au raisonnement de Pln> arque. L'auteur prétendoit-il lui donner un sens ussi étendu ? je ne le crois pas , car il a écrit de homme et rien que de l'homme. C'est dans la odété qu'il l'observe , et jamais dans la solitude qtu ous rapproche de Dieu. D'ailleurs, il suffit de mon- -er les résultats de la pensée ainsi entendue , pour bsoudre La Rochefoucauld. En effet attribuer à la Mlune les événements dont on ne comprend pas les loses, c'est se faire un dieu de son ignorance ; et ppendant ceux qui veulent donner le gouvernement
0 inoiide au hasard se gardent bien de lui laisser OQverner leur maison , leur femme et leurs enfants, es insensés! ils voient qu'une petite famille ne Qurroit subsister un an sans une grande prudence , t ils enseignent que le monde , pris dans son enunble, a pu subsister cinq mille ans sans le pouvoir Tune volonté éclairée ! Ce seroit donc faire injure à «a Rochefoucauld , que de placer dans son Livre la éfatation d'un système que sa vie , sa mort et ses uTrages mêmes désavouent. Mais on peut au moins ai faire l'application d'une de ses Maximes : a II l'y a guère d'homme assez habile pour connoltre ont le mal qu'il fait. » (Maxime 269.)
CCCCXXXVL
flot plBs aitéde eomoltK llioiniiie ea afoéral que de ooodire uo hoBune en particulier.
Le livre des Maximes est une réfutation de cette ensée; l'auteur y montre la prétendon de peindre homme en général , et ne peut sortir des excepons. Pour savoir quelque chose de l'homme , il ne oRit pas de peindre le monde et de s'étudier soiléme comme le fait souvent La Rochefoucauld avec eaucoup de sagacité; il faut encore comprendre uelle est notre mission sur la terre, et pour la cornrendre, cette mission , il faut considérer l'humanité ont entière. Les peuples ne sont que les membres de e grand tout que nous appelons le genre humain : et 'est en étudiant le butdu genre humain qu'on appren- Ira celui de chaque honime en particulier; on saura i sa mission est la reconnoissancc et l'amour , si le esir du bonheur que rien ne peut satisfaire lui a été onné en vain , et si tout ce qu'il y a de grand dans
1 pensée , de sublime dans son cœur , doit s'éva- Miir à jamais avec la poussière de son corps.
CCCGXXXVn.
On ne doit pas Jager du mdrite d'un bomme par W8 grandes qualités, mais par l'usage qu*il en sait taire.
Cette Maxime, que l'on peut appliquer au cardinal de Retz, condamne paiement le duc de La Rochefoucauld. Tous deux eurent de grandes qualités, et tous deux en firent un mauvais usage. La même pensée est reproduite dans la Maxime 439.
CCCCXXXIX.
Nous ne désirerions guère de choses avec ardeur, si noos oon- Doissions parfaitement ce que noos désirons.
« Si tu connoissois en quoi consiste le bieir de la a vie, disoit Léonidas à Xerxès , tu ne convoiterois a pas ce qui est à autrui. » Il semble que nous ne sachions pas souhaiter ce qui pourroit nous rendre heureux , et c'est une chose remarquable que notre bonheur vient rarement de l'accomplissement de nos desirs^ c'est que nous desirons d'après les passions qui nous aveuglent , et que le bonheur ne nous est donné que par la sagesse qui nous éclaire.
CCCCXLVn.
la bienséance est la moindre de toutes les lois, et la plos suivie.
a Un vieillard désirant voir l'esbattement des jeux olympiques , ne pou voit trouver place à s'asseoir , et passant par-devant beaucoup de lieux , on se gandissoit et se moquoil de lui , sans que personne le voulût recevoir, jusque là qu'il arriva à l'endroit oci estoient les Lacédémoniens assis , là où tous les enfants et beaucoup d'hommes se levèrent au-devant de lui, et lui cédèrent leur place. Toute l'assemblée des Grecs remarqua bientôt cette honeste feçon de faire , et avec bastement de mains desclarèrent qu'ils la louoient grandement. Adonc le pauvre vieillard
Croulant sa teste et sa barbe chenue
en plonrant : « Eh Dieu! dit-il, que de maulx! on a voit bien que tous les Grecs entendent ce qui est a honeste, mais il n'y a que les Lacédémoniens qui « le fassent '. »
Cet exemple prouve assez que la bienséance tient aux mœurs et fait partie de la morale: c'est le savoir-vivre , c'est la décence , c'est le respect des autres et de soi , c'est enfin le res])ect d»^ choses dfvines ; car il ne faut pas la confondre avec le bien dire , elle est le bien faire. Un baladin ne sauroit l'enseigner, l'éducation de l'ame la donne, et II n'est
> PLrTMOue. ApophikegmtideMlacéd/numienstShXW,
EXAMEN CRITIQUE DES MAXIMES
peut-être pus nn si^e extériear, non seulement de bienséance, mais encore de simple politesse, qui n'ait son principe moral éloigné. On ne dira donc point avec l'auteur, que la bienséance est la moindre de toutes les lois , puisqu'elle ressort de la vertu , et qu'on ne peut la méconnotlre sans entrer dans la carrière du vice. Nous l'avons vu disparottre aux jours sanglants de la terreur; et ce qui donne à cette époque un caractère unique dans l'histoire , ce n'est pas qu'il y ait eu des bourreaux , mais que ces bourreaux aient pris plaisir à se montrer sous les formes les plus abjectes. C'est un spectacle digne des méditations du législateur, que celui d'un peuple entier, civilisé et sans bienséance. Aujourd'hui même le sentiment des bienséances s'est altéré parmi nous. Chez les peuples anciens, il étoit réglé par la vertu; chez nos pères, par les délicatesses de l'honneur. Mais n«s révolutions successives ont aflbibli ce dernier mobile et changé le caractère de la nation : elle ne tend plus qu'au pouvoir ; et l'ambition qui s'y propage eflàce tout et remplace tout. -
n n'y a point d'homme cpii se croie, en cbacone de Ms qoaltés, au-denons de l'homme du monde qn'U estime le pins.
La Rochefoucauld étoit doué du (dus rare mérite , et cependant je ne pense pas qu'il se soit jamais cru l'égal de Bossuet eu éloquence , de Richelieu en politique, de L'Hospital en vertu , et du grand Condé dans l'art funeste de la guerre. Que s'il a pu le croire, au moins lui a-t-il fallu reconnoltre qu'il n'avoit pas su donner de l'éclat à ces grandes qualités , ce qui le plaçoit dès lors au-dessous de ceux dont il s'eslimoit l'égal; car, pour me servir d'une de ses expressions , ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités, il en faut avoir V économie. (Maxime 459.)
Lavleillene est on tyran qui défend, gur peine delà Tie, tons les plaisirs de la Jeunesse.
L'auteur ne mettoit-il au nombre des plaisirs que les vices qui abusent la jeunesse? Cette Maxime semble le foire entendre , car la vieillesse, qu'il appelle un tyran, n'enlève guère que cette sorte de plaisirs-là. Elle ne dérobe ni la confiance en Dieu , ni les jouissances de l'étude , ni la joie de faire le bien , ni le bonheur d'aimer ses amis , sa famille , sa patrie ! Sin3 douter file afToibHt le corps, mais l'ame nous reste ; et p6ur éUre surchargés d'années , nous ne cessons ni d'aûner , ni d'être aimés. Les délices de la jeunesse ne sont-ils pas dans l'amour-de notre père , comme les délices de la vieillesse sont dans l'amour de nos enfonts? voilà les véritables plaisirs, et ils ap-
partiennent à tous les âges. Ah ! si Dieu n mêlé l'amour aux choses de la terre, quel < merdermt de lui avoir donné la vie !
CCCCLXVUI.
n y a des méchantes qualités qui font de grand» ta Répétition des Maximes 90 et 554.
CCGCLXX.
Tontes nos qualités sont incertaines et douteuse comme en mal; et elles sont presque toutes à la ma casions.
Cette pensée est moins tranchante que
dont cependant elle n'est qu'une modificatioi
la note.)
CCCCLXXI.
Dans les premières passions, les femmes aiment r dans les autres , elles aiment l'amour.
La pensée seroit plus juste en la renversa Dans les premières passions , les femmes ain mour; dans les autres, elles aiment l'aman
CCCCLXXIV.
Il y a peu de femmes dont le mérite dure plus que la
Je me représente l'auteur de cette Maxmu se rappelant l'ambition de madame de Chevi légèreté de Nmon,etsurtout l'inconstance de i deLongueville; tantôt envûtinné des La 1 des Sévigné, des Scudéry , et de cette aima dame de Coulanges qui donna tant de chan vieillesse. Alors je me demande, La Rc cauld a-t-U voulu se venger <tes premières, • aux secondes une marque de son estime ?
CCCCLXXIX.
n n'y a que les personnes qui ont de la fermeté qu avoir une véritable douceur; celles qui paroiasent don d'ordinaire que de la foihlesw, qui se convertit aisi aigreur.
n est une autre espèce de douceur que Va gués a très bien désignée dans la Maxime su « Il n'y a guère de gens plus aigres que ceux « doux par intérêt. »
CCCCLXXXIX.
Quelque méchants que soient les hommes. Us n'osa rottre ennemis de la vertu ; et lopqu'ils la veulent pe ils feignent de croire qu'elle est Eusse , ou ils lui supp crimes.
S'efforcer de prouver qu'un vice est le prii nos plus belles actions, n'est-ce pas aussi fei
DE LA ROCHEFOUCAULD
ne lavertu est fausse et lapersécu^er? Tel ïiidant le système de La Rociiefoocauld; sa nation est dans cette Maxime ; mais on se de- *n vain dans quel but il Ta écrite. Veut-il faire e que son Livre n'est qu'un jeu brillant de son NI prétend-il renverser, par son exemple , sa le vanité et d'amour-propre , en nous démon- 'il peut y avec la même indifférence, faire la de son ouvrage et la satire du cœur humain ? 'il en soit , il est au moins permis de conclure Maxime, que Fauteur ne tenott pas beautés opinions qu'il traitoit avec tantde mépris.
cccxa.
me avaiice se méprend presque toi^joars ; il n'y a point I qui s'éloigne plus souvent de son but . ni sur qui le i tant de pouvoir , au pi^fudioe de l'aTenir.
les vices se méprennent ainsi, tous s'éloignent but, qui est le bien-être matériel , et c'est »se qui devroit être dite au moins une fois »qne livre : rien ne nous est défendu que ce notre malheur : l'intempérance et i'incontiparcequ'elles ruinent notre santé; la colère leil , parcequ'ils aveuglent notre raison; l'aparœqu'elle contraint d'acquérir et défend ; la paresse , parcequ'elle enfante la misère; 9igiou , |)aroequ'elle nous laisse sans appui rerta.
ccccxcn.
ce produit souvent des effets contraires : il y a un nomde gens qui sacrifient tout leur bien à des espérances I âoignées; d'autres méprisent de grands avantages à r de petits intérêts présents.
eur confond ici l'avidité, la cupidité et l'avaissions qui ont peut-être une source commais dont les effets sont bien différents. le avide est presque toujours pressé de posiC souvent il sacrifie de grands avantages à de petits intérêts présents : le cupide , au e , méprise les avantages présents pour de espérances dans l'avenir ; tous deux veulent ' et jouir. Mais l'avare possède et ne jouit plaisir de posséder , il ne hasarde rien , il ne ien , Il n'espère rien ; toute sa vie est concens son cofTre-fort ; hors de là, il n'a plus de
pK les Jeunes gens qui entrent dans le monde soient n étourdis : un air capable et composé se tourne d'or- 1 impertinence.
! ofaservation appuie celle de Plutarque, qui e la timidité des jeunes gens à une plante
inutile , mais dont la présence décèle toujours un bon terrain. Le vieux Gaton.disoit aussi qu'il falloil préférer les jeunes gens qui rougissoient à ceux qui pâlissoient ; les uns ne témoignan| que la crainte û*éire blâmé, tandis que dans les autres on voyoit<la crainte d'être convaincu.
ccccxcvn.
U ne sert de rien d*èu« Jeune sans être belle , ni d'être belle sans être Jeune.
Maxime trop générale. La jeunesse tient souvent lieu de beauté, et l'exemple de Ninon prouve que la beauté peut quelquefois tenir lieu de jeunesse.
DL
L'amour, tout agréable qu'il est ; plaît encore plus par les manières dont U se montre, que par lui-même.
Cette Maxime renferme dans un tour délicat une pensée fine , spirituelle et galante , mais elle fait voir aussi que La Rochefoucauld ne connut jAmais le véritable amour ; et pour me servir de ses propres expressions , son esprit en eut la connoissanoe, mais elle ne passa jamais jusqu'à son cœur '. Au reste , cet aveu lui est échappé plusieurs Ibis , puisqu'on lit dans les Mémoires de Segrais : a La Rochefoucauld disoit avoir vu l'amour dana les romans , mais ne l'avoir jamais éprouvé*. »
DIV
Après avoir parlé de la fausseté de tant de rertus apparentes , il est raisonnable de dire quelque chose de U fausseté du'mépris de la mort. J'entendt parler de ce mépris de la mort que les paienâ te vantent de tirer de lenn propret forées , tant Vetpéranee d'une metileure vie, U y a différence entre sonflHr la mort constamment et la mépriser. Le premier est assez ordinaire; mais Je crois que l'autre n'est Jamais sincère. On a écrit néanmoins tout ce qui peut le plus persuader que la mort n'est point un mal, et les hommes les plus foibies, aussi-bien que les héros, ontdonné mille exemples célèbres pour établir cette opinion. Cependant Je doute que personne ée bon sens l'ait Janîiis cru ; et la peine que l'on prend pour le persuader aux autres et à soi-même , foit assez voir que cette entreprise n'est pas aisée. On peut avoir divers si^jets de dégoût dans la vie ; mais oo n'a Jamîds raison de mépriser la mort. Ceux même qui se la donnent volontah«m^t, ne la comptent pas pour si peu de chose, et ils s'en étonnent et la récitent comme les autres, lorsqu'elle vient à eux par une autre voie que celle qu'ils ont choisie. L'inégalité que l'on remarque dans le courage d'un nombre infini de vaillantB hommes , vient <le ce que la mort se découvre différemment à leur imagination , et y parott plus présente en un tempa qu'en un autre. Ainsi il arrive qu'après avoir méprisé ce qu'ils ne commissent pas, ils craignent enfin ce qu'ils oonnoissent. H faut éviter de Venvitager avec toutes tes eireonttaàces, si on
■ Ce singulier aven termine le portrait que La Rochcloucaukl a tracé de lui-même.
* Mémoires de Segrais , p. 82.
EXAMEN CRITIQUE DES MAXIMES
ne veut pas croire qu'elle ioHleplusgrandde tous les maux. Les plus habiles et les plus braves sout ceux qui prennent de plus honnêtes prétextes pour s'empêcher de la considérer; mais tout homme qui la sait voir telle qu'elle est , trouve que c*eét une chose épouvantable, La nécessité de mourir fiiisoit toute la constance des philosopha. lis croyoient qu'il falloit aller de boime grâce où l'on ne sauroit s'empêcher d'aller ; et ne (louvant éterniser leur vie , il n'y avoit rien qu'ils ne fissent pour éterniser leur réputation et sauver du naufrage ce qui en (leut être garanti. Contentons-nous , pour faire bonne mine , de ne nou* pas dire à nous-mrémes tout rc que nous en pensons, et espérons plusdenotre tempérament que de ces foibles raisonnements, qui nous font croire que nous pouvoas approcher de la mort avec indifférence. La gloire de mourir avec fermeté, l'espérance d'être regretté . le désir de laisser une belle réputation . l'assurance détre affranchi des misères de la vie , et de ne dépendre plus des caprices de la fortune , sont des remèdes qu'on ne doit pas rejeter. Maison ne doit pas croire aussi qu'ils soient infaillibles. Ils font pour nous assurer, ce qu'une simple haie fait souvent h la guerre , pour assurer ceux qui doivent approcher d'un lieu d'où l'on tire. Quand on en est éloigné . on s'imagine qu'elle peut mettre à couvert ; mats quand on en est proche . on trouve que c'est un foible secours. C'est nous flatter, de croire que la mort nous paroisse de près ce que nous en avons jugé de loin , et que nos sentiments , qui ne sont que foiblessc , soient d'une trempe assez forte pour ne point souffrir d'atteinte par la plus rude de to«tes les épreuves, c'est au:ssi mal connoitre les effets de Pumour-propre f que de penser qu'il puisse nous aider à compter pour rien ce qui le doit nécessairement détruire ; et larai<K)n. dans lacpielic on croit trouver tant de ressources, est trop foible en cette rencontre pour nous persuader ce que nous voilions. C'est elle au contraire qui nous trahit le plus souvent . et qui t au lieu de nous inspirer le mépris de la mort , sert à nous découvrir ce qu'elle a d'affreux et de terrible. Tout ce qu'elle peut faire pour nous , est de nous conseiller d'en détourner les yeux pour les arrêter sur d'autres objets, caton et Brutus en choisirent d'illustres, m laquais se contenta , il y a quelque temps, de danser sur l'échafaudoà il alloilétre roué. Ainsi , bien que les motifs soient différents, ils produisent les mêmes effets : de sorte qu'il est vrai que, quelque di^roportion qu'il y ait entre les grands hommes et les gens du commun . on a vu mille fois les uns et les autres recevoir la mort d'un même v'isage; mais c'a toc^urs été avec celte différence, que, dans le mépris que les grands hommes funtparotlre pour la mort, c'est l'amour de la gloire qui leur en 6le la vue; et dans les gens du commun , ce n'est qu'un effet de leur peu de lumières qui les empêche de connoitre la grandeur de leur mal, et leur laisse la liberté de penser à autre chose.
Pour bien apprécier l'esprit de cette Maxime, il fant se rappeler les principes de l'auteur et tracer un tableau rapide de toute sa doctrine ; il a dit : La modération ' , la démence' , la justice', raniitié^ , la reeonnoissaiice ^ , la libéralité^, la pitié 7 , n'existent qu'en app?irence , et ne se pratiquent que par vanité, par crainte, ou par égoïsme. Le vice n'a rien d'odieux , la vertu n'a rien de louable ; ils sont l'effet d'un pouvoir que l'homme ne peut changer * , c'est l'influence du tempérament ^ , c'est l'œuvre des
' Maxime 18.
6 Maxime 263.
* Jb, 16.
7 Ib, 264.
3 Ib. 78.
8 Ib. m.
4 Ib. 83.
s Ib, 297.
s Ib, 223.
organes ' ; que s'il est de beaux dévoueiiM hautes vertus, on n'arrive jusque-là qu'auta est conduit par le vice *. £n un mot, nous n que par intérêt; or, il est dans notre inlér méchant , parcequ'il y a moins de danger à mal qu'à faire trop de bien ' : voilà l'honmii l'a fait l'auteur des RIaximes ! Et si on tel existe, doit-on s'étonner de le voir effrayé d nière heure ? La peur est la conséquence tions , comme la maxime est la conséquence tème. En effet, l'écrivain qui s'est efforcé d' la vertu devoit nous considérer conune des i pides que la nature pousse d'une main déd vers la mort , chose épouvantable ! Mais, po présenter ainsi , songez à tout ce qu'il a fait tout ce qu'il va faire. Ce n'est pas dans la vé raisonne, c'est dans l'erreur; il l'établit élayer sa doctrine, il dit: Je considère comme les païens , sans l'espérance d^xine t vie. Ainsi , caché sous le mantean de quel ciens sophistes , et se croyant en siïreté, il de tout dire, la honte de l'athéisme ne re pas sur sa tête. Dès lors ce qui n'étoit qu'i position devient un principe , sur lequel re| la doctrine des anciens , mais la sienne. Il sente pas l'homme à la mort, il le pré« néant , et il s'étonne de ses cris d'effroi ! Di extrémité il le montre la rougeur sur le blasphème à la bouche, s'at lâchant même à leurs ; et, semblable au Satan de Millon , ( les tourments de l'enfer à l'horreur de n'< Ainsi ce n'est pas la ten-eur de la mort q sujet de cette dernière Maxime , c'est la te néant : et cette terreur^ loin d'être une or la nature , est un de ses plus grands bien Rochefoucauld l'avoit donc entendue aus voix secrète de sa conscience qui lui révéloil mortalité !
« Etre des êtres ! Dieu créateur de moi « gence , qui vous conçoit ! seroit-il vrai q a fut un présent si funeste ? elle est , je l'a^ a mélange de joie et de misère , de Ira^ a repas , et vous nous y avez attachés par u « lien, l'amour du plaisir et la crainte de la < « Je reconnois que cette barrière posée par (( santés mains étoit nécessaire pour noui a quelques moments dans cette vallée de « Sans elle nous nous serions précipités ^ a pour jouir de votre gloire et de vos bien! a attendu que je suis capable de croire à a sens qne vous êtes ; et attendu que je suk
> Maxime 44.
' Maxime 2S8
DE LA ROCHEFOUCAULD
coup souhaiter, je sens que vous êtes cai beaucoup donner. Mais parcequ'il n'est i dans Tos plans de nous inspirer le mépris »rt , s'ensuit-il que la mort soit une chose , et que l'effroi qu'elle inspire soit un senénéral ? Les petits en&nts, que déjà vous achés à la vie par le plaisir, ignorent ces douloureuses : conune les fleurs superflues vergers, poussées par un doux zéphyr,
doucement sur le gazon , de même nos , ces tendres fleurs du genre humain , tomique jour entre les bras de la mort. S'il est nies dans un autre âge , elles ne viennent t de notre amour pour la vie , que de nos les déflances envers vous qui nous l'avez
et cependant rien ne nous annonce que s soyez cruel ! Toutes vos œuvres sont des s , partout je vois votre justice, partout la m'avertit de votre bonté. La grandeur de elligence devroit seule m'effrayer, car elle à vous ! et mon ame embrasse à la fois isité et l'éternité , puisqu'elle vous coilnott. tut nous dit que vous êtes, et que vous êtes :tte joie de faire le bien qui nous élève à ;ette inquiétude de l'inmiortalité , ces amsans bornes, ce souci du plaisir d'aimer, vresse , nos ravissements , nos douleurs , us dit que l'homme n'est lui-même qu'un lié.
lainte est donc une ingratitude , et le plus i des blasphèmes est de dire la mort est un iioi ! nous ne recevons la vie que pour aller rt , et la mort seroit un mal ? Il y auroit un ï inévitable avant qu'il y eût un crime ? L'horreur de celte assertion, ô mon en prouve la fausseté ; car il s'ensuivroit l d'êtres innocents étant condamnés , vous fz d'être juste , d'être bon ! vous cesseriez Meu , votre essence étant la bonté et la jus- 1 ! sans doute il en coûteroit moins alors de votre existence , que de supposer celle d'un >
la crainte de la mort conduit les esprits l'athéisme , comme elle conduit les esprits
à la superstition : d'où je conclus qu'un timent ne peut être qu'un mensonge, parceleut produire que du mal.
I mort , loin d'être la plus épouvantable des «l le plus grand des biens. Considérée dans le de la création, elle est, comme dit Mon^ ine des pièces de l'ordre de l'univers. Elle régner , puisque la douleur y règne ! elle de- ^r, puisque le crime y règne ! elle devoit y wor terminer les maux du juste et le triom-
phe du méchant ! La voici assise aux portes de l'éter-* nité; les infortunés la bénissent comme l'unique refuge où l'homme ne peut atteindre l'homme. Osez donc la bannir de ce monde ! ou plutôt écoutez la nature qui vous dit: Si vous n'aviez la mort, vous me maudiriez de vous en avoir privés '.
Non seulement il ne la faut pas craindre , mais il la faut chérir, parceque son amour doit nous faire vivre heureusement. Aimer la mort, c'est s'ôter la moitié des peines de la vie ; c'est s'ouvrir une perspective qui rend le malheur supportable et la vertu facile. J'ai perdu ma fortune : irai-je regretter ce qu'il faut quitter si tôt et si certainement? J'ai perdu un ami : lui envierai-je le bonheur d'être arrivé plus tôt que moi au terme de mes désirs? Suis-je comme Éptctète accablé sous le poids de la misère et des infirmités, j'entrevois l'heure sacrée du repos qui m'apprend que je suis aimé des dieux ! Enfin , les satellites d'un tyran me demandent-ils une action infâme , je leur réponds comme les Laoédémonieus à Antipater : Si tu nous commandes choses plus griè^ ves que la mort, nous en mourrons tant plus facilement" ! La vie est une épreuve imposée au genre humain ; c'est l'apprentissage d'un état plus digne de nous : bonne, je la quitte sans peine , ainsi qu'une tâche agréable finie avec le jour ; mauvaise , je la supporte parceque la mort m'encourage et me rassure. Que fait d'ailleurs sa brièveté ? la plus longue vie, dit Plutarque , n'est pas la meilleure , mais bien la plus vertueuse. On ne loue pas celui qui a le plus longuement harangué ou gouverné , mais celui qui l'a bien fait ^ La mort est donc un bien qui ne me sauroit manquer ; je marche à elle joyeusement ! heureux si je ponvois hâter son secours par quelque action vertueuse ! Mourir pour la patrie , pour l'humanité , c'est hâter notre récompense : et qui ne s'écrie alors avec Ëpaminondas : Embrassons la mort sacrée , non comme une nécessité , mais conune le plus grand des biens !
Mais , dites-vous , un laquais sait aussi braver la mort ! Insensé ! qui ne distinguez pas la fureur de la vertu ! Un laquais criminel est mort en dansant, et vous opposez au courage , à la résignation des plus grands hommes, la bassesse d'un misérable qui connoissoit si peu le prix de la vie, qu'il a donné, et sa vie et son ame pour un crime ! Croyez-vous que s'il avoit compris , je ne dis pas comme Fénelon , mais comme le dernier des chrétiens , que la mort est un bienfait , il s'y seroit préparé par des actions infâmes ? Ceux qui connoissent la mort ne la méprisent pas , ils l'aiment^ et c'est le défaut de lumière qui empêche
( Essais , livre I , chap. 19.
> Ptvr kUQvti, Jpophth. des Lacéâ^monUms,
> Consolations à Apollonius , S. 35.
242 EXAMEN CMTIQUE DES MAXIMES DE LA ROCHEFOUCAULD
de sentir non la grandeur d'un tel mal , mais l'immensité d'un tel bien.
Ainsi , l'auteur débute par soutenir qu'on ne peut avoir du courage contre la mort ; et il termine en cherchant à déshonorer, par un rapprochement avi> lissant, les païens mêmes qui ont eu ce courage.
Une religion qui n'enseigne que l'amour auroit pu me fournir contre mon adversaire des armes invincibles. Mais devois-je en faire usage pour renverser un prétendu Traité de morale où le iNOM de DIEU
NE SE TBOUVE PAS UNE SEULE FOIS ! Qu'OU ne
s'étonne donc plus des erreurs de La Rochefoucauld. C'est une vérité que le monde entier révèle , que nous ne pouvons , sans nous égarer^ onUier un moment la plus hante de nos pensées : celle de DIEU !
J'ai donc préféré combattre l'auteur des Maiimc armes égales , d'autant que dès l'entrée de la carri il s'étoit refusé à toute autre lutte, en s'exprim ainsi : « J'entends parler de ce mépris de la morti « les païens se vantent de tu-er de leur propre for « sans l'espérance d'une meilleure vie ! » Gomm Épictète, Marc-Aurèle, Socrate et tant d'aatr éloient morts sans espérance ! Je le demande , V reur d'un système n'est-elle pas dânontrée Ioth son auteur, pour lui donner un air de vraisemblan est obligé de raisonner dans la supposition que h meurt avec nous ?
Mais force étoit à lui de partir d'un fiiux pnod pour n'être pas renversé par sa propre oonvicti avant même d'avoir combattu.
FIN DE L EXAMEN CKITiQUIC.
LES CARACTÈRES
DE LA BRUYÈRE