CHAPITRE II
Du mérite pertanneL
Qui peut avec les plus rares talents , et le plus excellent mérite , n'être pas convaincu de son inutilité , quand il considère qu'il laisse , en mourant, un monde qui ne se sent pas de sa perte , et où tant de gens se trouvent pour le remplacer?
De bien des gens il n'y a c|ue le nom qui vaille quelque chose. Quand vous les voyez de fort près , c'est moins que rien : de loin ils imposent.
Tout persuadé que je suis que ceux que l'on choisit pour de différents emplois , chacun selon son génie et sa profession , font bien , je me hasarde de dire qu'il se peut faire qu'il y ail au monde plusieurs personnes connues ou incon-
> On prétend qae , par le nom de Dorilas , La Bruyère désigne Varillas, historien assez agréable, mats fort inexact. Quant au nom de ftandburg , il n'y a pas la moindre inoertilode : il est la [larodiceiactede Uaimbourg; hmid voulant dire main en aUe> mand et en anglois. Madame de Sévigné a dit du P. Maimbourg , qu'l/ tt ramasté le déiicat des mauvaises rMelieê. Ce Jogc* ment s'accorde fort bien arec celui de hà Bruyère.
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nues , que Ton n^emploie pas, qui féroient très bien ; et je suis induit à ce sentiment par le merveilleux succès de certaines gens que le hasard seul a placés , et de qui jusques alors on n*avoit pas attendu de fort grandes choses.
Combien d'hommes admirables^ et qui avoient de très beaux génies , sont morts sans qu'on en ait parlé ! Combien vivent ^More dont on ne parle point , et dont on ne parlera jamais !
Quelle horrible peine à un homme qui est sans prôneurs et sans cabale , qui n'est engagé dans aucun corps, mais qui est seul , et qui n'a que beaucoup de mérite pour toute recommandation , de se faire jour à travers Tobscurité où il se trouve, et de venir au niveau d'un fat qui est en crédit!
Personne presque ne s'avise de lui-même du mérite d'un autre.
Les hommes sont trop occupés d'eux-mêmes pour avoir le loisir de pénétrer ou de discerner les autres : de là vient qu'avec un grand mérite et une plus grande modestie l'on peut être long-temps ignoré.
Le génie et les grands talents manquent souvent, quelquefois aussi les seules occasions : tels peuvent être loués de ce qu'ils ont fait , et tels de ce qu'ils auroient lait.
Il est moins rare de trouver de l'esprit que des gens qui se servent du leur, ou qui fassent valoir celui des autres , et le mettent à quelque usage.
II y a plus d'outils que d'ouvriers, et de ces derniers plus de mauvais que d'excellents : que pensez-vous de celui qui veut scier avec un rabot, et qui prend sa scie pour raboter?
Il n'y a pdnt au monde un si pénible métier que celui de se (aire un grand nom : la vie s'achève que l'on a à peine ébauché son ouvrage.
Que hired'Égésippe qui demande un emploi? Le mettra-t-on dans les finances ou dans les troupes? Cela est indifférent, et il faut que ce soit l'intérêt seul qui en décide; car il est aussi capable de manier de l'argent, ou de dresser des comptes, que de porter les armes. II est propre à tout, disent ses amis: ce qui signifie toujours qu'il n'a pas plus de talent pour une chose que pour une autre ; ou , en d'autres termes, qu'il n'est propre à rien. Ainsi la plupari des biHumes, occupés d'eux seuls dans
leur jeunesse , corrompus par la paresse ou par le plaisir, croient faussement dans un âge plus avancé qu'il leur suffit d'être inutiles ou dans l'indigence , afin que la république soit engagée à les placer ou à les secourir ; et ils profitent rarement de cette leçon si importante : que les hommes devroient employer les pi*emières années de leur vie à devenir tels par leurs études et parleur travail , que la république elleHnéme eût besoin de leur industrie et de leurs himières; qu'ils fussent comme une pièce nécessaire à tout son édifice, et qu'elle se trouvât portée par ses propres avantages à faire leur fortune on à l'embellir.
Nous devons travailler à nous rendre très dignes de quelque emploi : le reste ne nous regarde point , c'est l'affaire des autres.
Se faire valoir par des choses qui ne dépodent point des autres, mais de soi seul, ou renoncer à se faire valoir : maxime inestimable et d'une ressource in&iie dans la pratique, utile aux foibles, atix vertueux, à ceux cpri ont de l'esprit, qu'elle rend maîtres de leur fortune on de leur repos : pernicieuse pour les grands ; qô diminueroit leur cour, ou plutôt le nombre de leurs esclaves; qui feroit tomber leur morgue avec une partie de leur autorité , et lesréduiroit presque à leurs entremets et à leurs équipages ; qui les priveroit du plaisir qu' ils sentent à se faire prier, presser, solliciter, à faire attendre ou à refuser, à promettre et à ne pas donner; qui les traverseroit dans le goût qu'ils ont qoe^ quefois à mettre les sols en vue , et à anéantir le mérite quand il leur arrive de le discerner; qui banniroit des cours les brigues, les cabales, les mauvais offices , la bassesse , la flatterie , la fourberie ; qui feroit d'une cour orageuse , pleine de mouvements et d'intrigues, comme une pièce comique ou même tragique , dont les sages ne seroient que les spectateurs; qui remettroit de la dignité dans les différentes conditions des hommes, de la sérénité sur leur visage; qui étendrott leur liberté; qui réveilleroit en eux, avec les talents naturels, l'habitude du travail et de l'exercice ; qui les exdteroit à l'émulation , au désir de la gloire, à l'amour ,de la vertu ; qui , au lieu de courtisans vils , inquiets , inutiles , souvent onéreux à la république , en feroit ou de sages économes ou d'excellents pères de
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)u des Juges intègres , ou de boos oflide grands capitaines » ou des orateurs , lilosopbes ; et qui ne leur attireroit à lutre inconvénient que celui peut-être k leurs héritiers moins de trésors que exemples.
en France beaucoup de fermeté et une itendue d'esprit pour se passer des et des emplois 9 et consentir ainsi à ' chez soi et à ne rien faire. Personne n*a assez de mérite pour jouer ce
dignité , ni assez de fonds pour rem« le du temps, sans ce que le vulgaire les affaires. Il ne manque cependant à du sage qu'un meilleur nom ; et que parler, lire, et être tranquille, s'ap- (railler.
mme de mérite, et qui est en place, ais incommode par sa vanité ; il s'éloins du poste qu'il occupe, qu'il n'est ar un plus grand qu'il ne remplit pas ,
se croit digne : plus capable d'inquiéde fierté ou de mépris pour les autres , I qu'à soi-même.
s à un homme de mérite de faire assi* sa cour, mais par une raison bien i celle que Ton pourroit croire. Il n'est ans nne^^rande modestie , qui l'éloigné r qu'il fEisse le moindre plaisir aux il se trouve sur leur passage, se poste urs yeux, et leur monti*e son visage, s proche de se persuader qu'il les im-
et il a besoin de toutes les raisons l'usage et de son devoir pour se résoulontrer. Celui au contraire qui a bonne le soi, et que le vulgaire Rappelle un
a du goût à se faire voir; et il fait sa : d'autant plus de confiance, qu'il est
de s'imaginer que les grands dont il osent autrement de sa personne qu'il ôme.
méte homme se paie par ses mains de ion qu'il a à son devoir par le plaisir
à le faire, et se désintéresse sur les 'estime et la reconnoissance, qui lui i quelquefois.
)is faire une comparaison entre deux s tout-à-fait inégales , je dirois qu'un e cœur pense à remplir ses devoirs à-
peu-près comme le couvreur songe à couvrir : ni l'un ni l'autre ne cherchent à exposer leur vie , ni ne sont détournés par le péril; la mort pour eux est un inconvénient dans le métier, et jamais un obstacle. Le premier aussi n'est guère plus vain d'avoir paru à la trandiée , emporté un ouvrage ou forcé un retranchement, que celui-ci d'avoir monté sur de hauts combles ou sur la pointe d'un clocher. Ils ne sont tous deux appliqués qu'à bien faire, pendant que le fanfaron travaille à ce qu'on dise de lui qu'il a bien fait.
La modestie est au mérite ce que léi ombres sont aux figures dans un tableau : elle lui donne de la force et du relief.
Un extérieur simple est l'habit des hommes vulgaires ; il est taillé pour eux et sur leur mesure : mais c'est une parure pour ceux qui ont rempli leur vie de grandes actions ; je les compare à une beauté négligée, mais plus piquante.
Certains hommes, ocmtents d'eux-mêmes, de quelque action ou de quelque ouvrage qui ne leur a pas mal réussi , et ayant oui dire que la modestie sied bien aux grands honunes, osent être modestes, contrefont les simples et les naturels ; semblables à ces gens d'une taille médiocre qui se baissent aux portes, de peur de se heurter.
Votre fils est bègue; ne le faites pas monter sur la tribune. Votre fille est née pour le monde; ne l'enfermez pas parmi les vestales. Jifaniu», votre affranchi , est foiMe et timide; ne différez pas , retirez^e des légions et de la milice. Je veux l'avancer , dites-vous : eomUez-le de biens , surchargez-le de terres , de titres, etdeposses* sions; servez «vous du temps; nous vivons dans un siècle où elles lui feront plus d'honneur que la vertu. 11 m'en coûteroit trop, ajoutez-vous. Parlez-vous sérieusement, Crassusf Songezvous que c'est une goutte d'eau que vous puisez du Tibre pour enrichir Xantqs que vous aimez, et pour prévenir les honteuses suites d'un engagement où il n'est pas propre?
Il ne faut regarder dans ses amis que la seule vertu qui nous attache à eux , sans aucun examen dateur bonne ou de leur mauvaise fortune ; et , quand on se sent capable de les suivre dans leur disgrâce, il faut les cultiver hardiment et
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avec cÉbofianoe Jusque dans leur plus grande prospérité.
S'il est ordinaire d'être vivement toudié des choses rares > pourquoi le sommes-nous si peu de la vertu?
S'il est heureux d'avoir de la naissance, il ne Test pas moins d'être tel qu'on ne s'informe plus si vous en avez.
Il apparott de temps en temps sur la face de la terre des hommes rares , exquis, qui brillent par leur vertu , et dont les qualités éminentes jettent un éclat prodigieux. Semblables à ces étoiles extraordinaires dont on ignore les causes, et dont on sait encore moins ce qu'elles deviennent après avoir disparu , ils n'ont ni aïeuls, ni descendants ; ils composent seuls toute leur race.
Le bon esprit nous découvre notre devoir , notre engagement à le faire ; et , s'il y adu péril , avec péril : il inspire le courage, ou il y supplée.
Quand on excdle dans son art , et qu'on lui donne toute la perfection dont il est capable, l'on en sort en quelque manière, et l'on s'égale à ce qu'il y a de plus noble et de plus relevé. ,V***' est un peintre; G"** un musicien; et l'auteur de Pyrame^ est un poêle : mais Mignard est Mignard , Lulli est Lulli , et Corneille est Corneille.
Un homme libre , et qui n'a point de femme , s*il a quelque esprit, peut s'élever au-dessus de sa fortune , se mêler dans le monde , et aller de pair avec les plus honnêtes gens : cela est moins facile à celui qui est engagé ; il semble que le mariage met tout le monde dans son ordre.
Après le mérite personnel, iliaut l'avouer, ce sont les éminentes dignités et les grands titres dont les hommes tirent plus de distinction et plus d'éclat , et qui ne sait être un Érasme doit penser à être évêque. Quelques uns , pour étendre leur renommée , entassent sur leurs personnes des pairies , des colliers d'oixlre , des primaties , la pourpre , et ils auroicnt besoin d'une tiare : mais quel besoin a Trophime^ d'être cardinal?
• VigOOD.
> Colasse.
3 Pradon.
4 Les éditions pnbliées par La Bruyère lui-mèmi portent Trophime, Les éditears qui sont venus ensuite ont mis Bénigne , pour mieux désigner Bossucl, qu'apparemment La Bruyère aToit eo me.
L'or éclate , dites-vous , sur les liabits de Philéman : il éclate de même chez. les marchands. II est habillé des plus belles étoffes: le sont-elles moins toutes déployées dans les boutiques , et à la pièce ? Hais la broderie et les ornements y ajoutent encore la magnificence : je loue donc le travail de l'ouvrier. Si on lui demande quelle heure il est , il tire une montre qui est un chef-d'œuvre; la garde de son ëpée est un onyx' ; il a au doigt un gros diamant quil . fait briller aux yeux , et qui est pariait : il ne lui manque aucune de ces curieuses bagatelles que l'on porte sur soi autant pour la vanité que pour l'usage ; et il ne se plaint non plus toute sorte de parure qu'un jeune homme qui a épousé une riche vieille. Vous m'inspirez enfin de la curiosité ; il faut voir du moins des choses si précieuses : envoyez-moi cet habit et ces bijoux de Philémon ; je vous quitte de la personne.
Tu te trompes, Philémon, si, avec ce carrosse brillant , ce grand nombre de coquins qui te suivent, et ces six bêtes qui te traîaent, tu penses que l'on t'en estime davantage. L'on écarte tout cet attirail , qui t'est étranger , pour pénétrer jusqu'à toi , qui n'est qu'un fat.
Ce n'est pas qu'il faut quelquefois pardonner à celui qui, avec un grand cortège, un habit riche , et un magnifique équipage , s'en croit plus de naissance et plus d'esprit : il lit cela dans la contenance et dans les yeux de ceux qui lui parlent.
Un homme à la cour, et souvent à la ville, qui a un long manteau de soie ou de drap de Hollande, une ceinture large et placée Iiaut sur Testomac» le soulier de maroquin , la calotte de même, d'un beau grain, un collet bien fait et bien eippesé, les cheveux arrangés et le teint vermeil, qui avec cela se souvient de quelques distinctions métaphysiques , explique ce que c'est que la lumière de gloire , et sait précisément comment Ton voit Dieu : cela s'appelle un docteur. Une personne humble, qui est ensevelie dans le cabinet, qui a médité, cherché , consulté , confronté , lu ou écrit pendant touU; sa vie, est un homme docte.
Chez nous , le soldat est brave, et l'homme
' Agate. ( Noie de La Bntyére, )
DU MÉRITE PERSONNEL
le/obe est savant : nous n'allons pas plus loin, «bez les Romains, F homme de robe étoit rave, et le soldat étoit savant : un Romain toit tout ensemble et le soldat et Thomme de jbe.
H semble que le héros est d'un seul métier, ui est celui de la guerre; et que le grand omme est de tous les métiers , ou de la robe , I de Fépée, ou du cabinet, ou de la cour : on et Tautre mis ensemble ne pèsent pas un omme de bien.
Dans la guerre, la distinction entre le héros t le grand homme est délicate : toutes les vertus lilitaires font l'un et l'autre. 11 semble néanloins que le premier soit jeune , entreprenant , 'une haute valeur , ferme dans les périls , ui- -épide; que l'autre excelle par un grand sens , ar une vaste prévoyance , par une haute capaité, et par une longue expérience. Peut-être u Alexandre n'étoit qu'un héros, et que César toit un grand homme.
MmJde^ étoit né ce que les plus grands hommes e deviennent qu'à force de règles, de médiition et d'exercice. 11 n'a eu <lans ses premièes années qu'à remplir des talents qui étoient ûturels, et qu'à se livrera son génie. Il a fait, la agi, avant que de savoir, ou plutôt il a su ce [u'il n'avoit jamais appris. Dirai-je que les jeux ^son enfance ont été plusieurs victoires? Une ie accompagnée d'un extrême bonheur joint à ine longue expérience seroit illustre par les eules actions qu'il avoit achevées dès sa jeuesse. Toutes les occasions de vaincre qui se oot depuis offertes, il les a embrassées; et elles qui n'étoient pas, sa vertu et son étoile isont fait naître, admirable même et par les faoses qu'il a faites, et par celles qu'il auroil »u iaire. On l'a regardé comme un homme inapable de céder à l'eunemi , de plier sous le lombre ou sous les obstacles; comme une ame la premier ordre, pleine de ressources et de lumières, qui voyoit encore où personne ne Toy<Mt plus; comme celui qui, à la tête des légioiis , étoit pour elles un pi'ésage de la victoire,
'U plmpurt des Infts nawmbWa dans ce portrait lemblent iffartniir an Krand Condé. On conçoit que La Brayère, emiM i l'édncation du petit-fibi de ce hértM , se loit plu à tracer rnifte dn prince qui avoil jeté tapi d'édal cur Taugusto Camille ^tapeUo Iai«i6tiie étoit atUcbé.
et qui valoit seul plusieurs légions; qui éloît grand dans la prospérité , plus grand quand la fortune lui a été contraire: la levée d'un siège, une retraite , l'ont plus ennobli que ses triomphes; l'on ne met qu'après, les batailles gagnées et les villes prises ; qui étoit rempli de gloire et de modestie ; on lui a entendu dire, Jefuyoisy avec la même grâce qu'il disoit. Nous les battîmes; un homme dévoué à l'état, à sa fomille, au chef de sa famille : sincère pour Dieu et pour les hommes, autant admii*ateur du mérite que s'il eût été moins propre et moins fomilier : un homme vrai , simple, magnanime, à qui il n'a manqué que les moindres vertus.
Les eniants des IMeux % pour ainsi dire , se tirent des règles de la nature , et en sont comme l'exception : ils n'attendent presque rien du temps et des années. Le nlërite chez eux devance l'âge. Ils naissent instruits, et ils sont plus tôt des hommes parfaits que le commun des hommes ne sort de l'enfonce.
Les vues courtes, je veux dire les esprits bornés et resserrés dans leur petite sphère , ne peuvent comprendre celte universalité de talents que l'on remarque quelquefois dans un même sujet : où ils voient l'agréable, ils en excluent le solide; où ils croient découvrir les grâces du corps, l'agilité, la souplesse, la dextérité, ils ne veulent plus y admettre les dons de l'ame , la profondeur , la réflexion , la sagesse : ils ôtent de l'histoire de Socrate qu'il ait dansé.
Il n'y a guère d'homme si accompli et si nécessaire aux siens, qu'il n'ait de quoi se faire moins regretter.
Un liomme d'esprit et d'un caractère simple et droit peut tomber dans quelque piège ; il no pense pas que personne veuille lui en dresser, et le choisir pour être sa dupe : cette confiance le rend moins précaulionné, et les mauvais plaisants l'entament par cet endroit. U n'y a qu'à perdre pour ceux qui en viendroient à une seconde charge : il n'est trompé qu'une fois.
J'éviterai avec soin d'offenser personne , si je suis équitable ; mais sur toutes choses un homme d'esprit, si j'aime le moins du monde mes intérêts.
Il n'y a rien de si délié , de si simple , et de si
> Fib, petit»4U«x iisnide roli. (iVote de La Brnffére. )
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imperoeptible, ob il n'entre des manières qui nous décèlent. Un sot ni n*entre , ni ne sort , ni ne s'assied» ni ne selève, ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes , comme un homme d'esprit.
Je connois Mopse d'une visite qu'il m'a rendue sans me connottre. Il prie des gens qu'il ne coDBoît point de le mener chez d'autres dont il n'est point connu ; il écrit à des femmes qu'il connoit de vue; il s'insinue dans un cercle de personnes respectables , et qui ne savent quel il est; et là» sans attendre qu'on l'interroge , ni sans sentir qu'il interrompt, il parie, et souvent, et ridiculement. Il entre une autre fois dans une assemblée , se place ob il se trouve , sans nulle attention aux autres, ni à soi-même : on V6te d'une place destinée à un ministre , il s'assied à celle d'un duc et pair ; il est là précisément cdui dont la multitude rit , et qui seul est grave et ne rit point. Chassez un chien du fauteuil du roi , il grimpe à la chaire du prédicateur ; il regarde le monde indifféremment , sans embarras , sans pudeur : il n'a pas, non plus que le sot, de quoi rougir.
Cède est d'un rang médiocre; mais des grands le souffrent : fl n'est pas savant ; il a rdation avec des savants : il a peu de mérite; mais il connott des gens qui en ont beaucoup : il n'est pas habile ; mais il a une langue qui peut servir de truchement, et des pieds qui peuvent le porter d'un lieu à un autre. C'est un homme né pour des allées et venues , pour écouter des propositions et les rapporter, pour en foire d'office , pour aller plus loin que sa commission , et en être désavoué ; pour réconcilier des gens qui se querellent à leur première entrevue ; pour réussir dans une affaire et en manquer mille; pour se donner toute la gloire de la réussite , et pour détourner sur les autres la haine d'un mauvais succès. Il sait les bruits communs, les historiettes de la ville; il ne feit rien; il dit ou il écoute ce que les autres font; il est nouvelliste; il sait même le secret des iamilles : fl entre dans de plus hauts mystères; U vous dit pourquoi celui-ci est exilé, et pourquoi on rappelle cet autre : il connott le fond et les causes de la brouillerie de deux frères , et de la rupture des deux ministres ! N'a-t-U pas prédit aux premiers les tristes suites de leur mésintelligence? N'a-til pas dit de ceux-ci que leur union ne seroit
pas longue? n'étoit-il pas présent à de certaines paroles qui furent dites? n'entra-t-il pas dans une espèce de négociation? le voulut-on croire? fut-U écouté? à qui parlez-vous de ces choses? qui a eu plus de part que Celse à toutes ces intrigues de cour? et si cela n'étoit ainsi, s'3 ne l'avoit du moins ou rêvé on imaginé , songeroi^ U à vous le faire croire? auroit-il l'air important et mystérieux d'un homme revenu d'une ambassade?
Ménippe est l'oiseau paré de divers plumages qui ne sont pas à lui : il ne parie pas, 9 ne sent pas ; il répète des sentiments et des discours , se sert même si naturellement de l'esprit des autres, qu'U y est le premier trompé , et qu'il croit souvent dire son goût ou expliquer sa pensée, lorsqu'il n'est que l'écho de quelqu'un qu'U vient de quitter. C'est un homme qui est de mise un quart d'heure de suite, qui le moment d'après baisse , dégénère , perd le peu de lustre qu'un ^ peu de mémoire lui donnoit , et montre la corde : lui seul ignore combien U est au-dessous du sublime et de l'héroïque ; et, incapable de savoir ^ jusqu'où l'on peut avoir de l'esprit, il croit naïvement que ce qu'U en a est tout ce cpie les hommes en sauroient avoir : aussi a-4-il l'air et ^ le maintien de celui qui n'a rien à désirer sur œ diapitre , et qui ne porte envie à personne. U se '^ parle souvent à soi-même, et U ne s'en cache pas, ceux qui passent le voient; et U semble toujours prendre un parti , ou décider qu'une telle chose est sans réptique. Si vous le saluez < quelquefois, c'est le jeter dans l'embarras de < savoir s'U doit rendre le salut, ou non; et, pendant qu'U délibère, vous êtes déjà hors de portée. Sa vanité l'a feit honnête homme , Ta mis au-dessus de lui-même, l'a fait devenir ^ ce qu'il n'étoit pas. L'on juge en le voyant qu'il n'est occupé que de sa personne ; qu'U sait que tout lui sied bien , et que sa parure est assortie; qu'U croit que tous les yeux sont ouverts sur lui, et que les hommes se relaient pour le contempler.
Celui qui, logé chez soi dans nn palais ave^ deux appartements pour les deux saisons, vieo-^ coucher au Louvre dans un entre-sol , n'en u^^ pas ainsi par modestie. Cet autre, qui pacM^ conserver une taUle fine s'abstient du vin , et t^ I fait qu'un seul repas , n'est ni sobre ni temp^
DES FEMMES
'on troisième qui , Importuné d'un ami lui donne enfin quelque secours, l'on chète son repos, et nullement qu'il est e motif seul fait le mérite des actions nés, et le désintéressement y met la
sse grandeur est farouche et inacoesnme elle sent son foible , elle se cache , ins ne se montre pas de front , et ne se lu'autant qu'il faut pour imposer et ne x)int ce qu'elle est, je veux dire une tesse. La véritable grandeur est libre, imilière, populaire. Elle se laisse touanier; elle ne perd rien à être vue de s on la connolt, plus on l'admire. Elle I par bonté vers ses inférieurs, et re- \ effort dans son naturel. Elle s'abanelquefois, se néglige, se relâche de âges, toujours en pouvoir de les re- 3t de les faire valoir : elle rit, joue,* f mais avec dignité. On l'approche tout avec liberté et avec retenue. Son est noble et facile, inspire le respect iance, et fait que les princes nous i grands et très grands, sans nous ir que nous sommes petits. e guérit de l'ambition par l'ambiticMi tend à de si grandes choses, qu'il ne orner à ce qu'on appelle des tcésors, i, la fortune, et la foveur. Il ne voit de si foibles avantages qui soit assez sez solide pour remplir son cœur, et iter ses soins et ses désirs ; il a même îfforts pour ne les pas trop dédaigner, en capable de le tenter est cette sorte |ui devroit naître de la vertu toute pure mpie : mais les hommes ne l'accoitlent il s'en passe.
\ est bon , qui fût du bien aux autres : e pour le bien qu'il fait, il est très ouflre de ceux à qui il a fait ce bien , il grande bonté qu'elle ne peut être augtie dans le cas où ses souffrances viencroître; et, s'il en meurt, sa vertu ne 1er plus loin: elle est héroïque, elle te.