TRADUITS DU GREC
PAR LA BRUYÈRE
AVEC DBS ADDITIONS BT DES IfOTBS NOUVKLLBS,
PAR J. G. SCHWEIGHiEUSER.
AVERTISSEMENT DE M. SCHWEIGHiEUSER.
Depuis la traduction des Caractères de Théoihraste par La Bruyère, cet ouvrage a reçu des aditions importâmes , et d'excellents critiques en ont dairci beaucoup de passages difficiles.
En 4742, Needliam publia les leçons de Duport ir treize de ces Caractères. En 4765, Fischer réima, dans une édition critique, presque tout ce d avoit été fait pour cet ouvrage, et y ajouta des cherches nouvelles. £n 4786, M. Âmaduzzi publia tix nouveaux Caractères , que Prosper Petronius Nt découverts, et qui se trouvent à la suite des ;tens , dans un manuscrit de la Bibliothèque Pam du Vatican. En 4790, M. Belin de Baltu trasit ces deux Caractères en françois, et les joignit ne édition de La Bruyère, dans laquelle il ajouta 4qnes notes critiques à celles dont Cosle avoit acopagné la traduction de Théophraste dans les édiis précédentes.
£n 4798, M. Goetz publia les quinze derniers Ca- Aères avec des additions considérables sur lea pa- :rsde M. 8iehenkees, qui avoit tiré cette copie is complète du même manuscrit où Ton avoit >avé deux derniers chapitres , mais qui malbeutuement ne contient pas les quinze premiers.
En 4799 ( an vu ), M. Coray donna ane édition grecque et Françoise de Touvrage entier, qu'il édaircit par une traduction nouvelle , et par des notes aussi intéressantes pour la critique du texte que pour la connoissance des mœurs de l'antiquité. Ce savant helléniste, presque compatriote du philosophe qu'il interprète, a même expliqué quelquefois très heureusement, par des usages de la Grèce moderne, des particularités de ceux de la Grèce ancienne. £n dernier lieu, M. Schneider, l'un des plus savants philologues d'Allemagne, a publié une édition critique de ces Caractères , en les classant dans un nouvel ordre , et en y faisant beaucoup de corrections. Son travail jette une lumière nouvelle sur plusieurs passages obscurs de l'ancien texte et des additions , que cet éditeur défend contre les doutes qu'on avoit élevés sur leur authenticité. Il prouve par plusieurs ciiiconstances , auxquelles on n'avoit pas fait attention avant lui , et par l'existence même d'une copie plus complète que les autres , que nous ne possédons que des extraits de cet ouvrage. Je traiterai avec plus de détails de cette hypollièse très probable dans la note i du chapitre xvi.
Les importantes améliorations du texte , les versions nouvelles de lieaucoup de passages, et les éclaircissements intéressants sur les mcpurs , fournis par ces savants , rendroient la traduction de La Bruyère peu digne d'être remise sous les yeux du public , si tout ce qui est sorti de la plume d'un écrivain si
LES CARACTÈRES DE TÏIÉOPHRASTE
distingaé n'avoit pas un intérêt particulier, et si l'on n'avoit pas cherché à suppléer ce qui lui manque.
C'est là le principal objet des notes que j'ai ajoutées à celles de ce traducteur, et par lesquelles j'ai remplacé les notes de Coste , qui n'éclaircissent presque jamais les questions qu'on y discute. Je les ai puisées en grande partie dans les différentes sources que je viens d'indiquer, ainsi que dans le commentaire de Gasaubon, et dans les observations de plusieurs autres savants qui se sont occupés de cet ouvrage. J'ai fait usage aussi de l'élégante traduction de M. Lévesque , qui a paru en 4782 dans la collection des Moralistes anciens ; des passages imités ou traduits par M. Barthélémy dans son Voyage du jeune Anacharsis: et delà traduction allemande commencée par M. Hottinger de Zurich, dont je regrette de ne pas avoir pu attendre la publication complète , ainsi que celle des papiers de Fonteyn qui se trouvent entre les mains de l'illustre helléniste Wyttenbach.
J'avois espéré que les onze manuscrits de la Bibliothèque du Roi me fourniroient les moyens d'expliquer ou de corriger quelques passages que les notes de tant de savants conunentateurs n'ont pas encore suffisamment éclaircis. Mais, excepté la confirmation de quelques corrections déjà proposées et la découverte de quelques scolies peu importantes , l'examen que j'en ai fait n'a servi qu'à m'apprendre qu'aucune de ces copies ne contient plut que les quinze premiers chapitres de l'ouvrage , et qu'ils s'y trouvent avec toutes leurs difficultés et leurs lacunes.
J'ai observé que , dans les trois plus anciens de ces manuscrits, ces Caractères se trouvent immédiatement après un morceau inédit de Syrianus sur r ouvrage d'Hermogène, de Formis oraiionis. On sait que la seconde partie de cet ouvrage traite de la manière dont on doit peindre les mœurs et les caractères , et qu'elle contient beaucoup d'exemples tirés des meilleurs auteurs de l'antiquité , mais qui ne sont ordinairement que des fragments très courts <et sans liaison, A la fin du commentaire assez obscur dont je viens de parler, et que le savant et célèbre conservateur des manuscrits grecs de la Bibliothèque royale, M. La Porte du Theil, a eu la bonté d'examiner avec moi , l'auteur parolt annoncer qu'il va donner des exemples plus étendus que ceux d'Hermogène, en publiant à la suite de ce morceau les caractères entiers qui sont venus à sa connoissance. Cet indice sur la manière dont cette partie de l'ouvrage nous a été transmise explique pourquoi on la trouve si souvent, dans les manuscrits, sans la suite, et toujours avec Iqs mêmes imperfection8.
Étant ainsi frustré de l'espoir d'expliquer ou dt restituer les passages difficiles on altérés , par le secours des manuscrits, j'ai tâché de les édaircir par de nouvelles recherches sur la langue et sur la pbilosophie de Théophrasle , sur l'histoire et sur ks antiquités.
J'ose dire que ces recherches m'ont mis à même de lever une assez grande partie des difficultés qu'on •trouvoit dan^ cet ouvrage , et de m'aperoevoir que plusieurs passages qu'on croyoit suffisanunent entendus admettent une explication plus précise que celle dont on s'étoit contenté jusqu'à présent.
Outre les matériaux rassemblés par les commentateurs plus anciens et par moi-même , M. Visoonti, dont l'érudition, la sagacité, et la précbion critique qu'il a su porter dans la science des antiquités, sont si connues et si distinguées, a eu la bonté de me fournir quelques notes précieuses sur les passages parallèles et sur les monuments qui peuvent édaircir des traits de ces Caractères.
Pour mieux faire connoltre le mérite et l'esprit particulier de l'ouvrage de Théophrasle, j'ai joint aux caractères tracés par lui quelques autres umh^ ceaux du même genre , tirés d'auteurs anciens; et j'ai fait précéder le discours de La Bruyère sur oe philosophe d'un aperçu de l'histoire de la morale en Grèce avant lui.
n eût été assez intéressant de continuer cette collection de caractères antiques par des traits recueillis dans les orateurs, les historiens , et les poètes comiques et satiriques d'Atliènes et de Rome, et n^ semblés en différents tableaux, de manière à former une peinture complète des mœurs de ces villes. H seroit utile aussi de comparer en détail les Ga^a^ tères tracés par ces auteurs aux difTérenles époques de la civilisation , sous le double rapport des progrès des mœurs et de ceux de l'art de les peînd^^. liais l'objet et la nature de cette édition m'ont preBcnl des bornes plus étroites.
Je regrette que l'éloignement ne m'ait pas pemii de soumettre à mon père ce premier essai dans vw carrière dans laquelle il m'a introduit, et où je cherche à marcher sur ses traces. Mais j'ai m ^ bonheur de pouvdr oonununiquer mon travail à plusieurs savants et littérateurs du premier ordre, et sur-tout à MM. d' Ansse de Yâloison , Viscooti et Suaid , qui ont bien voulu m'aider de leurs conseils et m'honorer de leurs encouragements.