‹ Moralistes françoisChapitre 15 sur 309 · ARTICLE IV · texte numérisé non relu

ARTICLE IV

^noisumce générale de Chomme.

smière chose qui s'offre à l'homme le regarde , c'est son corps , c'est-à-dire ine portion de matière qui lui est pro- , pour comprendre ce qu'elle est, il la compare avec tout ce qui est aului et tout œ qui est au-dessous, afin oître ses justes bornes, ï s'arrête donc pas à regarder simpleobjets qui l'environnent; qu'il connatm^ entière dans sa haute et pleine [u'il considère cette éclatante lumière, ne mie lampe étemelle pour éclairer que la terre lui paroisse comme un [>rix du vaste tour que cet astre délu'fl s'étonne de ce que ce vaste tour éme qu'un point très délicat à l'égard ue les astres qui roulent dans le firnbrassent. Mais si notre vue s'arrête imagination passe outre. Elle se last de concevoir, que la nature de fource que nous voyons du monde n'est t imperceptible dans l'ample sein de

Nulle idée n'approche de l'étendue paces. Nous avons beau enfler nos is, nous n'enfantons que des atomes la réalité des choses. C'est une sphère it le centre est partout, la circonfés part. Enfin c'est un des plus grands

sensibles de la toute-puissance de 3 notre imagination se perde dans ee.

>mme, étant revenu à soi, considère t au prix de ce qui est; qu'il se reime ^ré dans œ canton détourné

Kprim« id d'aiirès lei idées populaires conformes ; Plolémée, qui faisoit tourner le aoleil cl le» plaie la terre, regardée comme le centre de fimimt Copernic afoit. et» l'an ISfO. publié son sf*> 4 cdni de FfUiagore, ou de PhilolaOs son disciple ; «couTcrte des télescopes par Galilée, en 1610. les liénl reconnu l'évidence.

PENSÉES DE PASCAL

Car, enfin , qu'est-ce que l'homme dans la nature? Un néant à l'égard de l'infini , un tout à l'égard du néant , un milieu entre rien et tout. Il est infiniment éloigné des deux extrêmes , et son être n'est pas moins distant du néant d'où il est tiré que de l'infini où il est englouti.

Son intelligence tient dans l'ordre des dioses intelligibles le même rang que son corps dans l'étendue de la nature; et tout ce qu'elle peut faire est d'apercevoir quelque apparence du milieu des choses dans un désespoir étemel d'en connottre ni le principe ni la fin. Toutes choses sont sorties du néant , et portées jusqu'à l'infini. Qui peut suivre ces étonnantes démarches? L'auteur de ces merveilles les comprend ; nul autre ne peut le faire.

Cet état , qui tient le milieu entre les extrêmes, se trouve en toutes nos puissances. Nos sens n'aperçoivent rien d'extrême. Trop de bruit nous assourdit, trop de lumière nous éblouit, trop de distance et trop de proximité empêchent ki vue, trop de longueur et trop de brièveté obscurcissent un discours , trop de pbi-* sir incommode, trop de consonnances déplaisent. Nous ne sentons ni l'extrême chaud ni l'extrême froid. Les quaKtés excessives nous sont ennemies, et non pas sensibles. Nous ne les sentons plus , nous les souffi*ons. Trop de jeunesse et trop de vieillesse empêchent l'esprit ; trop et trop peu de nourriture troublent ses actions ; trop et trop peu d'instruction l'abêtis-* sent. Les choses extrêmes sont pour nous comme si elles n'étoient pas, et nous ne sommes point à leur égard. Elles nous échappent, ou nous à elles.

Voilà notre état véritable. C'est ce qui resserre nos connoissances en de certaines bornes que nous ne passons pas , incapables de savoir tout , et d'ignorer tout absohiment. Nous soronies sur un milieu vaste , toujours incertains et flottants enti^ l'ignorance et b connoissance; et si nous pensons aller plus avant, notre objet branle et échappe à nos prises ; il se dérobe et fuit d'une fuite éternelle : rien ne peut l'arrêter. C'est notre condition naturelle , et toutefois la plus contraire à notre inclination. Nous brûlons du désir d'approfondir tout , et d'édifier une tour * qui s'élève jusqu'à l'infini. Hais tout notre édifice craque , et la terre s'ouvre jusqu'aux abymes.

Je puis bien concevoir un honune sans mains^ sans pieds ; et je le concevrois même sans tète , si l'expérience ne m'apprenoit que c'est par-là qu'il pense. C'est donc la pensée qui fait l'être de l'homiçe , et sans quoi on ne peut le ocmcevoir. Qu'est-ce qui sent du plaisir en nous? Est-ce la main? est-ce le bras? est-ce la chair? est-ce le sang? On verra qu'il fiiut que ce soit quelque chose d'immatériel.

ni.

L'homme est si grand, que sa grandeur parott même en ce qu'il se connott misérable. Un arbre ne se connott pas misérable : il est vrai que c'est être misérable que de se connottre misérable; mais aussi c'est être grand que de connottre qu'on est misérable. Ainsi toutes ses misères prouvent sa grandeur ; ce sont misères de gi'and seigneur, misères d'un roi dépossédé.

Qui se trouve malheureux de n'être pas roi, sinon un roi dépossédé? Trou voit-on Paul Emile malheureux de n'être plus consul? Au contraire, tout le m,onde trouvoit qu'il étoit heureux de l'avoir été, parceque sa condition n'étoit pas de l'être toujours. Mais on trouvoit Persée si malheureux de n'être plus roi, parceque sa condition étoit de l'être toujours, qu'on trouvoit étrange qu'il pût supporter la vie. Qui se trouve malheureux de n'avoir qu'une bouche? et qui ne se trouve malheureux de n'avoir qu'un œil? On ne s'est peut-être jamais avisé de s'affliger de n'avoir pas trois yeux; mais on est inconsolable de n'en avoir qu'un.

Nous avons une si grande idée de l'ame de l'homQie, que nous ne pouvons souffrir d'en être méprisés, ^t de n'être pas dans l'estime d'une ame; et toute la félicité des hommes consiste dans cette estime.

Si d'un côté cette fausse gloire que les hommes cherchent est une grande marque de leur mis^e et de leur bassesse , c'en est une aussi de leur excellence; car, quelques possessions qu'il

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