PREMIÈRE PARTIE, ART. IV
A sur h terre , de quelque santé et commodité essentîelie qu'Q jouisse , il n'est pas satisfisât, s'il o'est dans l'estime des hommes. Il estime si grande h raison de Thomme» que, quelque atantage qu'il ait dans le monde, il se croit malheureux , s'il n'est placé aussi avantageusement dans la raison de Thomme. C'est la plus belle place du monde : rien ne peut le détourner deoedesir, et c'est la qualité la phts ineffoç^ble du OQNir de Thomme. Jusque-là que ceux qui mq>risent le plus les hommes , et qui les égalent aux bétes , veulent encore en être admirés, et te cDQtredisent à eux-mêmes par leur propre sentiment ; la nature , qui est plus puissante que toute leur raison , les convainquant plus fortement de la grandeur de l'homme , que la raison K les convainc de sa bassesse.
L'homme n'est qu'un roseau le phis foible de h nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas qoe l'univers entier s'arme pour l'écraser. Uoe vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Ibis quand l'univers Técraseroit , l'homme seroit encore plus noble que ce qui le tue , parcequll sait qu'il meurt ; et l'avantage que l'univers a sur lui , l'univers n'en sait rien. Ainsi toute notre dignité consiste dans la pensée. C'est de là qu'il fiaut nous relever , non de l'espace et de h durée. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.
vn.
11 est dangereux de trop fsàre voir à Vhomme combien il est égal aux bétes , sans lui montrer <a grandeur. U est encore dangereux de lui laire trop voir sa grandeur sans sa bassesse. II est encore (dos dangereux de lui laisser ignorer l'un et Fautre ; mais il est très avantageux de lui repfésenter l'un et l'autre.
Vffl.
Qœ rbomme donc s'estime son prix. Qu'il t'aime , car il a en lui une nature capable de bien; msK qu'il n'aime pas pour cela les bassesses qui y sont. Qu'O se méprise , parceque cette capacîië est vide; mais qu'il ne méprise pas pour cda œise capadié naturelle. Qu'il se haïsse, |
qu'il s'aime : il a en lui la capacité de connottre la vérité , et d'être heureux ; mais il n'a point de vérité, ou constante, ou satisfaisante. Je voudrois donc porter l'homme à désirer d'en trouver, à être prêt et dégagé des passions pour la suivre o^ il la trouvera; et sachant combien sa connoissance s'est obscurcie par les passions , je voudrois qu'il hait en lui la concupiscence qui la détermine d'elle-même, afin qu'elle ne l'aveuglât point en faisant son choix, et qu'ellç nç l'arrêtât point quand il a^ura choisi.
Je blâme également, et ceux qui prennent le parti de louer rbomme, et ceux qui le prennent de Iç blânier , et ceux qui le prennent de le divertir ; et je ne puis approuver que ceux qui cherchent en gémissant.
Les sloîques disent : Rentrez au-dedans de vous-mêmes, et c'est là oii vous trouverez votre repos : et cela n'est pas vrai. Les autres disent : Sortez dehors, et cherchez le bonheur en vous divertissant : etcelan'est])as vrai. Les maladies viennent : le bonheur n'est ni dans nous, ni hors de nous ; il est, ea Dieu et en nous.
La nature de l'homme se considère en deux manières : l'une selon sa fin , et alors il est grand et incompréhensible; l'autre selon l'habitude, comme l'on juge de la nature du cheval et du chiei^ , par l'habitude d'y voir la course, ei antm^m arcendi; e{ alors l'homme est abject et vil. Yoil^ les deux voies qui en font juger diversement , et qui font tant disputer les philosophes ; car l'un nie la supposition de l'autre : l'un dit : Il n'est pas né à cette fin , car toutes ses actions y répugnent; l'autre dit : Il s'éloigne de sa fin quand il fait ces actions basses. Deux choses instruisent l'homme de toute sa natiu*e : l'instinct et l'expérience.
Je sens que je. peux n'avoir point été : car le mcH consiste dans ma pensée;, donc moi qui pense n'aurois point été, si ma mère eût été tuée avant que j'eusse été animé. Qonc je ne suis pas un être nécessaire. Je ne suj^pas aussi éter-
PENSÉES DE PASCAL
nel , ni infini ; mais je vois bien qu*il y a dans la nature un être nécessaire » étemel , infini.