LIVRE TROISIÈME
XLm.
Du bien et du mat tnoraî.
Ce qui n'est bien on mal qu*à un parliculicr, et qui peut être le conti^aire à Fégard du reste des hommes , ne peut être ve^vùé en général comme un mal ou comme un bien '.
Afin qu'une chose soit regardée comme un bien par toute la société, il fout qu'elle tende à Tavantage de toute la société ; et afin qu'on la regarde comme un mal, il faut qu'elle tende à sa i:uine : Toilà le grand caractère du bien et du mal moral.
Les hommes étant imparfaits n*ont pu se suffire à eux-mêmes : de là la nécessité de former des sociétés. Qui dit une société, dit un corps qui subsiste par Tunion de divers membres et confond l'intérêt particulier dans l'intérêt gé'^ néral ; c'est là le fondement de toute la morale.
Mais parceque le bien commun exige de grands sacrifices , et qu'il ne peut se répandre également sur tous les hommes, la religion, qui répare le vice des choses humaines, assure des indemnités dignes d'envie à ceux qui nous semblent lésés.
Et toutefois ces motifs respectables n'étant pas assez puissants ponr donner un frein à la (Cupidité des hommes , il a fallu encore qu'ils convinssent de certaines règles pour le bien public, fondé, à la honte du genre humain, sur la crainte odieuse des supplices; et c'est l'origine des lois.
Nous naissons, nous croissons à l'ombre de ces <5onventions solennelles ; nous leur devons îa sûreté de notre vie, et la tranquillité qui raccompagne. Les lois sont aussi le seul litre de nos possessions : dès l'aurore de notre vie, nous en recueillons les doux fruits, et nous nous engageons toujours à elles par des liens plus forts. Quiconque prétend se soustraire à cette autorité dont il tient tout, ne peut trouver injuste qu'elle
' Ce qui n^est bien ou mal qu'à un particulier, et qui peut être le contraire à l'égard du rejtte des hommes , ne peut être regardé en général comme un mal ou comm4i un bien. Oui: mais si toute la société avolt la fièvre ou la goutte, ou i^loil manchotle ou folle? V. — Qu'à un particulier au lieu de pour un particulier, S.
lui ravisse tout , j«M|«'à b vie* Oè seroic b raison qu'un particulier ose" en sacrifier tant d'autres à soi seul, et que b sodétë ne pôt, par n rnine, racheter le repos public »?
C'est un vain prétexte de dire qu'on ne se doit pas à des lois qui favorisent l'inégalité des fortunes. Penvent-eHes égaler les hommes S l'industrie, l'esprit, les talents? Peuvent-eHes empêcher les dépositaires de rautorilë d'en user selon leur fbîblesse?
Dans cette impuissance absolue d'empêcher l'inégalité des conditions, ^es fixent tes droits de chacune, elles les protègent.
On suppose d'ailleurs, avec quelque raison, que le cœur des hommes se forme sur leur condition. Le laboureur a souvent dans le travail de ses mains la paix et la satiété qui fuient ^o^ gueil des grands 4. Ceux-ci n'ont pas moins de désirs que les hommes les plus abjects ^ ; ils cmt donc autant de besoins : voilà dms l'inégalité une sorte d'^;alité.
Ainsi on suppose aujourd'hui toutes les om* ditions égales ou nécessairement inégales. Dans l'une et Tautre supposition , l'équité consiste à maintenir invariablement leurs droits réciproques, et c'est là tout l'objet des lois.
Heureux qui les sait respecter comme dles méritent de l'être! Plus heureux qui porte en son oœur celles d'un heureux naturel! Il est bien facile de voir que je veux parler des vertus ^ ; leur noblesse et leur excelleDce so«t Tob-
' On serait la raison qu'un partictdier ose en sacrifier tant d'autres à soi seul , et que la société ne piét, porta ruine , racheter le repos public? U fandroi t fu*uM parûemlier osdt. Par sa ruine est équivoque , et veut dire la i-uinedeet particulier, M.
* On aperçoit aisément la fausseté de cette ooadaslaa. n o'r a certainement point de raison qu'un particulier sacrifie les an» très à lui seul ; il n'y en a pas davantage à ce que la société rachète son rq)os par la rmiifp. de l'un de ses menibres. Elle n'a Jamais droit de punir, mais de corriger. Toute peine qui n'a pv pour objet le bonheur de l'individu même contre leqiïel eileeil dirifçée , est une injustice. P.
3 /igaler les hommes, il flïnidrait égaliser. B.
4 Le laboureur a souvent dans le travail de ses màims lu paùTj etc. On pourroit dire tout cela bien mieux. V. —Satiété n'est pas là dans son sens ordinaire , selon lequel il »s?iifie un peu de dégoAt résultant de l'abandon s an lieu qn'id il signifie la satisfaction résultant de la jouissance du nécfssairv. Cette acception n'est plus d'usage. M. — F'oyez le Disetmn sur VinégaHié des rUhesses^H.
5 eeuoM'i n'ont pas moins de désir» que Us léomutet ht plus abjetts. n faudroit de l'état le plus ubjert. M,
« // est bien facile de voir que je veux parler des vertusnistin^ions vertus et qualités heureuses : bienraisance seule eX
DE L'ESPRIT HUMAIN
out ce discours : mais j'ai cru qu'il kSkii i établir une règle sûre pour les bien ner du vice. Je Tai rencontrée sans efns le bien et le mal moral; je Faurois ée vainement dans une moins grandeori- )ire simplement que la verta est vertu , u elle est bonne en son fonds, et le vice 1 contraire, ce n*est pas les faire con- La force et la beauté sont aussi de grands la vieillesse et la maladie, des maux réels ; ant on n'a jamais dit que ce fût là vice ou Le mot de vertu emporte Tidée de quel- 3se d'estimable à Tégard de toute la terre: au contraire. Or, il n*y a que le bien et mal moral qui portent ces grands carac- La préférence de l'intérêt général au per^ est la seule définition qui soit digne de 11, et qui doive en fixer l'idée. Au coule sacrifice mercenaire du bonheur pul'intérét propre est le sceau étemel du
divers, caractères ainsi établis et suffiut discernés, nous pouvons distinguer tes vertus naturelles, des acquises. J'apertus naturelles , les vertus de tempérales autres sont les fruits pénibles de la m. Nous mettons ordinairement ces derk plus haut prix , parcequ'elles nous coûvantage ; nous les estimons plus à nous, n'elles sont les effets de notre fragile
Je dis : la raison elle-même n'est-eile don de la nature, comme l'heureux temmt? L'heureux tempérament exclut-il la ' n'en est-il pas plutôt la base? et si Tun ms égarer, l'autre est-elle plus infaillible? e hâte, afin d'en venir à une question rieuse. On demande si la plupart des 3 concourent pas au bien public, comme 3S vertus. Qui feroit fleurir le commerce vanité, l'avarice, etc.?
n sens cela est très vrai; mais il faut rder aussi que le bien produit par le vice ioui*s mêlé de grands maux. Ce sont les
arrêtent le progrès de ses désordres ; la raison, la vertu, qui le subjuguent, contiennent dans certaines bornes et le i utile au monde.
npérance, sagpBse; bonnes qualité»? tant mieux pour
A la vérité, la vertu ne satisfait pas sans réserve toutes nos passions ; mais si nous n'avions aucun vice, nous n'aurions pas ces passions à satisfaire ; et nous ferions par devoir ce qu'on frit par ambition, par orgueil, par avarice, etc. U est donc ridicule de ne pas sentir que c'est le vice qui nous empêche d'être heureux par la vertu. Si elle est si insuffisante à laîre le bonheur des hommes, c'est parceque les hommes sont vicieux; et les vices, s'ils vont au bien, c'est qu'ils sont mêlés de vertus, de patience, de tempérance, de courage, etc. Un peuple qui n'auroit en partage que des vices, courroit à sa perte infaillible.
Quand le vice veut procurer quelque grand avantage au monde, pour surprendre radouration , il agit comme la vertu , parcequ'elle est le vrai moyen, le moyen naturôl du bien: mais celui que le vice opère n'est ni son objet,'^ni son but. Ce n'est pas à un si beau terme que tendent ses déguisements. Ainsi le caractère distinctif de la vertu subsiste ; ainsi rien ne peut leflacer.
Que prétendent donc quelques hommes, qui confondent toutes ces choses, ou qui nient leur réalité? Qui peut les empêcher de voir qu'il y a des qualités qui tendent natui*ellement au bien du monde, et d'autres à sa destruction? Ces ^* premiers sentiments, élevés, courageux, bienfaisants à tout l'univers, et par conséquent estimables à l'égard de toute la terre, voilà ce que Ton nomme vertu. Et ces odieuses passions, tournées à la ruine des hommes et par conséquent criminelles envers le genre humain, c'est ce que j'appelle des vices. Qu'entendent-ils, eux, par ces noms? Cette différence éclatante du foible et du fort, du faux et du vrai, du juste et de l'injuste, etc., leur échappe-t-elle? Mais le jour n'est pas plus sensible. Pensent-ils que l'irréligion dont ils se piquent puisse anéantir la vertu? Mais tout leur fait voir le contraire. Qu'imagînent-ils donc qui leur trouble l'esprit? qui leur cache qu'ils ont eux-mêmes, parmi leurs foiblesses, des sentiments de vertu?
Est-il un homme assez insensé pour douter que la santé soit préférable aux maladies ■? Non , il n'y en a point dans le monde. Trouve-
* u faudrait ne soit fréf^raUe. S.
VAUVENARGUES
t-on qadqu'un qui confonde la sagesse avec la folie? Non» personne assurément. On ne voit personne non plus qui ne préfère la vérité à l'erreur ; personne qui ne sente bien que le courage est difierent de la crainte, et l'envie de la bonté. On ne voit pas moins clairement que l'humanité vaut mieux que l'inhumanité, qu'elle est plus aimable, plus utile , et par conséquent
plus estimable ; et cependant 6 foiblesse de
l'esprit humain ! il n'y a point de contradiction dont les hommes ne soient capables» dès qu'ils veulent approfondir.
N'est-ce pas le comble de l'extravagance, quion puisse réduire en question si le courage vaut mieux que la peur? On convient qu'il nous donne sur les hommes et sur nous-mêmes un empire naturel. On ne nie pas non plus que la puissance enferme une idée de grandeur, et qu'elle soit utile '• On sait encore que la peur est un témoignage de foiblesse ; et on convient que la foiblesse est très nuisible, qu'elle jette les hommes dans la dépendance, et qu'elle prouve ainsi leur petitesse. Gomment peut-il donc se trouver des esprits assez déréglés pour mettre de l'égalité dans des choses si inégales?
Qu'entend-on par un grand génie? un esprit qui a de grandes vues, puissant, fécond , éloquent, etc. Et par une grande fortune? un état indépendant, commode, élevé, glorieux. Per^ sonne ne dispute donc qu'il y ait * de grands génies et de grandes fortunes. Les caractères de ces avantages sont trop bien marqués. Ceux d'une ame vertueuse sont-ils moins sensibles? Qui peut nous les faire confondre? Sur quel fondement ose-t-on égaler le bien et le mal? Estce sur ce que Ton suppose que nos vices et nos vertus sont des effets nécessaires de notre tempérament? Hais les maladies, la santé, ne sontelles pas des effets nécessaires de la même cause? Les confond - on cependant , et a-t-on jamais dit que c'étoient des chimères, qu'il n'y avoit ni santé , ni maladies ^? Pense-t-on que tout ce qui
> n fant que ta puissance n'enferme une idée de grandeur, et qu'ellenesùit uUle, S.
• ntaaiqu'iln'yaiUS,
s Non pas précuémenK Mais <m sait l'histoire du stoïcien Possidonins d'Apamée, qui, au milieu d'un violent accès de gootte , prétendoit que la douleur n'est point un mai. A la vérité , c'étoit en soutenant ce dogme des stoïciens : Qu'il n'y a rien de bon que ce qui est honnéU, Voyez le second livre des Tuseulanes de Cicéron. F.
est nécessaire n'est * d'aucun mérite? mais c est une nécessité en Dieu d'être tout-puissant, éie^ nel. La puissance et Fétemité seront-elles égales au néant? ne seront-elles plus des attributs pa^ faits? Quoi ! parceque la vie et la mort sont en nous des états de nécessité, n'est-ce plus qu'une même chose, indifférente aux humains? Mais peut-être que les vertus que j'ai peintes comme un sacrifice de notre intérêt propre à l'intérêt public, ne sont qu'un pur effet de l'amour de nous-mêmes. Peut-être ne fiaisons-nous le bien que parceque notre plaisir se trouve dans ce sacrifice. Étrange objection ! Parceque je me plais dans l'usage de ma vertu , en est-eUe moios profitable, moins précieuse à tout l'univers, ou moins di£Férente du vice, qui est la ruine du genre humainf Le bien où je me plais changet-il de nature? cesse-t-il d'être bien?
Les oracles de la piété, continuent nos adversaires, condamnent cette complaisance. Estce à ceux qui nient la vertu , à la combattre par la religion qui l'établit? Qu'ils sachent qu'un Dieu bon et juste ne peut réprouver le plaisir que lui-même attache à bien faire. Nous prohiberoit-il ce charme qui accompagne Tamourdu bien? Lui-même nous ordonne d'aimer la vertu, et sait nûeux que nous qu'il est contradictoire d'aimer une chose sans s'y plaire. S*il rqeUe donc nos vertus, c'est quand nous nous approprions les dons que sa main nous dispense , que nous arrêtons nos pensées à la possession de ces grâces, sans aller jusqu'à leur principe; que nous méconnoissons le bras qui répand sur nous ses bienfaits, etc.
Une vérité s'offre à moi. Ceux qui nient la réalité des vertus sont forcés d'admettre des vices. Oseroient-ils dire que l'homme n'est pas insensé et méchant? Toutefois, s'il n'y avoit que des malades , saurions-nous ce que c'est que la santé?
De la grandeur dame.
Après ce que nous avons dit, je crois qu'il n'est pas néc^saire de prouver que la grandeur d'ame est quelque chose d'aussi réel que h santé, etc. Il est difficile de ne pas sentir dans
> Je préférerois nt soit d'au€un meriU'. S.
DE L'ESPRIT HUMAIN
le qui maîtrise la fortune, et qui par ns puissants arrive à des fins élevées , igue les autres hommes par son actisa patience ou par de profonds coulis qu'il est difficile de ne pas sentir jénie de cet ordre» une noble réalité, it il n'y a rien de pur et dont nous is sans peine.
ndeur d*ame est un instinct élevé qui hommes au {jrand , de quelque nature y mais qui les tourne au bien ou au
0 leurs passions, leurs lumières, leur I, leur fortune, etc. Égale à tout ce sur la terre de plus élevé, tantôt elle
1 soumettre par toutes sortes d'efforts ices les choses humaines à elle, et tang[nant ces choses, elle s'y soumet elleas que sa soumission l'abaisse : pleine )pre grandeur, elle s'y repose en setente de se posséder. Qu'elle est belle,
vertu dirige tous ses mouvements; ille est dangereuse alors qu'elle se sousrègle ! Représentez-vous Gatilina ' aue tous les préjugés de sa naissance, de changer la face de la terre et d'a- 3 nom romain : concevez ce génie aumenaçant le monde du sein des plaisirs, Dt d'une troupe de voluptueux et de un corps redoutable aux armées et à î de Rome.
homme de ce caractère auroit porté rtu , s'il eût été tourné au bien ! mais istances malheureuses le poussent au atilina étoit né avec un amour ardent plaisirs , que la sévérité des lois aigris- Dtraignoit ; sa dissipation et ses débau- ][agèrent peu à peu à des projets cri-
ruiné, décrié, traversé, il se trouva îtat où il lui étoit moins facile de gout république que de la détruire ; ne ître le héros de sa patrie, il en médiiquéle. Ainsi les hommes sont souvent t crime par de fatales rencontres , ou situation : ainsi leur vertu dépend de me. Que manquoit-il à César, que d'é-
lus CatiUiia. Voyei l'histoire de aa oopjuraUon
plus eiact de dire, Vengagérent peu à peu data
•.riminels. S.
tre né souverain? Il étoit bon, magnanime, gé* néreux , hardi , clément ; personne n'étoit plus capable de gouverner le monde et de le rendre heureux : s'il eût eu une fortune égale à son génie , sa vie auroit été sans tache ; mais parcequ'il s'étoit placé lui-même sur le trône par la force, on a cru pouvoir le compter avec justice parmi les tyrans.
Gela fait sentir qu'il y a des vices qui n'excluent pas les grandes qualités, et par conséquent de grandes qualités qui s'éloignent de la vertu. Je reconnois cette vérité avec douleur : il est triste que la bonté n'accompagne pas toujours la force, et que l'amour de la justice ne prévale pas nécessairement dans tous les hommes et dans tout le cours de leur vie, sur tout autre amour; mais non seulement les grands hommes se laissent entraîner au vice, les vertueux même se démentent et sont inconstants dans le bien. Cependant ce qui est sain est sain, ce qui est fort est fort , etc. Les inégalités de la vertu , les foiblesses qui l'accompagnent , les vices qui flétrissent les plus belles vies , ces défauts inséparables de notre nature , mêlée si manifestement de grandeur et de petitesse, n'en détruisent pas les perfections. Ceux qui veulent que les hommes soient tout bons ou tout méchants, absolument grands ou petits, ne connoissent pas la nature. Tout est mélangé dans les hommes; tout y est limité ; et le vice même y a ses bornes.
Du courage.
Le vrai courage est une des qualités qui supposent le plus de grandeur d'ame. J'en remar^ que beaucoup de sortes : un coilrage contre la fortune , qui est philosophie ; un courage contre les misères , qui est patience ; un courage à la guerre, qui est valeur; un courage dans les entreprises, qui est hardiesse ; un courage fier et téméraire, qui est audace; un courage contre l'injustice, qui est fermeté ; un courage contre le vice, qui est sévérité ; un courage de réflexion, de tempérament, etc.
Il n'est pas ordinaire qu'un même homme assemble tant de qualités. Octave ', dans le plan
* Caius Julius Ccsar OcUviums porta le nom d'OcUvc dans
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de sa fortune, ëievëesur des précifMces, bravoît des périls éminents; mais la mort, présente à la guerre , ëbranloit son ame. Un nombi*e innombrable de Romains qui n'avoient jamais craint la mort dans les batailles, manquoient de cet autre courage qui soumit la terre à Auguste.
On. ne trouve pas seulement plusieurs sortes de courages , mais dans le même courage bien des inégalités. Brutus, qui eut la hardiesse d'attaquer la fortune de César, n'eut pas la force de suivre la sienne : il avoit formé le dessein de détruire la tyrannie avec les ressources de son seul courage, et il eut la foiblesse de l'abandonner avec toutes les forces du peuple romain, faute de cotte égalité de force et de sentiment qui surmonte les obstacles et la lenteur des succès.
Je voudroîs pouvoir parcourir ainsi en détail toutes les qualités humaines : un travail si long né peut maintenant m'arrêter. Je terminerai cet écrit par de courtes définitions.
Observons néanmoins encore que la petitesse est la source d'un nombre incroyable de vices : de l'inconstance, la légèreté, la vanité, l'envie, l'avarice, la bassesse, etc.; elle rétrécit notre esprit autant que la grandeur d'ame l'élargit ; mais elle est malheureusement inséparable de l'humanité, et il n'y a point d'ame si forte qui en soit tout-à-fait exempte. Je suis mon dessein.
La probité est un attachement à toutes les vertus civiles '.
La droiture est une habitude des sentiers de la vertu.
L'équité peut se définir par l'amour de l'égalité ' ; l'intégrité paroît une équité sans tache , et la justice une équité pratique.
sa jeHiene . et celai d'Aiv;ii8te quand les Rooialiu furent entièrement asservis. F.
' Je n'admets point cette définition ; j'aimerois mieux . un atiuchemeni à tout ce qui est juste. Dnclos a dit : iVe fais pas 4 autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit; c'est la probité. Fais à autrui ce que tu voudrois qu'on te fit; c'est la vertu. M. de Vauvenargues a voulu dire sans doute un attache' Wtent à tous les devoirs civiis. S.
> Cette définition n'est pas exacte ; l'équité est Yunicuique suum ; à chacun ce qui lui appartient. H. — Vauvenargues n'entend pas ici l'égalité absolue . mais l'égalité relative. Dans une billile où tous les créaneien doivent perdre . le juge ne ptmt Caire rendre à chacun d'eux ce qui lui appartient. L'équité est alors d'établir entre eux une égalité relative à leurs droits, c'est-à-dire de leur faire supporter à chacun une perte c ilculée sur la proportion de leurs droits re^)ectiCi. S.
La Qoblesse est la prëfiér^ioe de l'honimirà l'intérêt; la bassesse, la préfëreDce de l'iBlërtt à l'honneur.
L'intérêt est la fin de l'amour-propre ' ; h générosité en est le sacrifice.
La méchanceté suppose un goût à faire du mal ; la malignité, une méchanceté cachée; h noirceur , une méchanceté profonde.
L'insensibilité à la vue des misères peut s'a{q)e- 1er dureté ; s'il y entre du plaisir, c'est cruauté. La sincérité me paroft l'expression de la vérité; la franchise, une sincérité sans voiles*; la o»deur, une sincérité douce; l'ingénuité, unencérité innocente ; Finoocence , une pureté sam tache.
L'imposture est le masque de la vérité; la fausseté , une imposture naturelle ; la dissimulation, une imposture réfléchie; la fourberie, une imposture qui veut nuire; la duplicité, oae imposture qui a deux faces.
La libéralité est une branche de la gëoéroàté; la bonté , un goût à (aire du bien et à pardonner le mal ; la clémence , une bonté envers dos ennemis.
La simplicité nous présente l'image de la iérité et de la liberté.
L'affectation est le dehors de la contrainte et du mensonge : la fidélité n'est qu'un respett pour nos engagements ; l'infidélité , une dérogeance ; la perfidie , une infidélité couverte et criminelle.
La bonne foi est une fidélité sans défiance et sans artifice.
La force d'esprit est le triomphe de la réflexion ; c'est un instinct supérieur aux passions, qui les calme ou qui les possède ^ ; on ne peut pas savoir d'un homme qui n'a pas les passions ardentes , s'il a de la force d'esprit ; il n'a jamais été dans des épreuves assez difificUes.
La modération est l'état d'une ame qui se possède; elle naît d'une espèce de médiocrité dans les désirs , et de satisfaction dans les pensées , qui dispose aux vertus civiles.
L'îmmodération , au contraire , est une ardeuc
■ Amour-propre encore employé ici pour amour de soi. S.
* C'est-à-dire qui ne réserve rieù. La sincérité ne dit que oe qu'on lui demande ; la franchise dit souvent oe qn'on ne loi d^ mande pas. S.
3 Posséder n'est pas le mot propre. On ne dit pas posséder les passions. On diroit mieux ou qui les domine. B.
RÉFLEXIONS SUR DIVERS SUJETS
imltërable ' et sam dâkatesse , qui méfie quelquefois à de grands vices.
La tempérance n'est qu'une modération dans les plaisirs , et Tîntempérance au contraire.
L'humeur est une iné{>;alité qui dispose à l'impatience; la complaisance est une volonté flexible ; ta douceur, un fonds de compbisance et de bonté ;
La brutalité » une disposition à la colère et à h grossièreté ; l'irrésolution , une timidité à entreprendre; l'incertitude, une irrésolution à. croire; la perplexité» une irrésolution inquiète;
La prudence, une prévoyance raisonnable ; l'imprudence , tout au contraire *.
L'activité naît d'uneforce inquiète; la paresse, d'une impuissance paisible.
La mollesse est une paresse voluptueuse.
L'austérité est une haine des plaisirs , et la sévérité , des vices.
La solidité est une consistance et une égalité d'esprit : la légèreté, un défaut d'assiette et d'uniformité de passions ou d'idées.
La constance est une fermeté raisonnable dans nos sentiments ; l'opiniâtreté , une fermeté déraisonnable ; la pudeur, un sentiment de la difformité du vice et du mépris qui le suit ^.
La sagesse est la connoissance et l'affection du vrai bien ; l'humilité , un sentiment de notre bassesse devant Dieu ; la charité , un zèle de religion pour le prochain ; la grâce , une impidâon sumatureÛe vers le bien.
Du bon et du beau.
Le terme de bon emporte quelque degré naturel de perfection; celui de beau, quelque degré d'éclat ou d'agrément. Nous trouvons
> inûliérahU n'est pas le mol propre; ce serait plutôt inta* tiabte. M.
3 Toftt au contraire, etc. U fiiudroit tout le contraire. M.
s La pudeur eH «» senHmêni de la difformité du vieê et du mépris qui le suit. la pudeur est plutôt la crainte de la honte, à quoi que ce soit qu'on l'attache : on peut éprouver la iHKite sans qu'il s'y mêle aucune idée de yice ou de mépris. Un hoomie qui demande, et qu'on refuse , éprouve de la honte , et One certaine pudeur empt'che l'homme bien né de demander ; il n'y a pourtant là aucune idée de vice ou de mépris. Une femme dont les rétemcnts se dérangent par hasanl éprouve de la honte, H sa pudeur est blessée » sans que l'idée de vice ou de mépris se présente k la pensée. S.
l'un et l'antre termes dans la vertu, parce que sa bonté nous (daît y et que sa beauté nous sert. Mais d'une médecine qui blesse nos sens , et de toute autre chose qui nous est utile , mais désagréable , nous ne disons pas qu'elle est belle, elle n'est que bonne ; de même à l'égard des choses qui sont belles sans être utiles.
Bf . Crouzas ' dit que le beau natt de la variété réductible à Tunité, c*est-à-dire d'un composé qui ne fait pourtant qu'un seul tout et qu'on peut saisir d'une vue ; c*est là , selon lui , ce qui excite l'idée du beau dans res]M*it.
RÉFLEXIONS