LES ORATEURS
douceur* pourrois-je oublier la noblesse et le charme de ta parole lorsqu'il est question d'é^ loquence? Né pour cultiver la sagesse et rhumar nité dans les rois , ta voix ingénue fit retentir au pied du trône les calamités du genre humain foulé par les tyrans , et défendit contre les artifices de la flatterie la cause abandonnée des peuples. Quelle bonté de cœur, quelle sincérité se i>emarque dans tes écrits ! Quel édat de paroles et d'images ! Qui sema jamais tant de fleurs dans un style si naturel , si mélodieux et si tendre? Qui orna jamais la raison d'une si touchante parure? Ah! que de trésors, d'abondance, dans ta riche simplicité!
O noms consacrés par l'amour et par les respects de tous ceux qui chérissent l'honneur des lettres ! Restaurateurs des arts , pères de l'âoquence, lumières de l'esprit humain, que n'aije un rayon du génie qui échaufla vos profonds discours, pour vous expliquer dignem^t et marquer tous les traits qui vous ont été propres !
Si l'on pouvoit mêler des talents si divers, peot-étre qu'on voudroit penser comme Pascal, écrire comme Bossuet , parler comme Fénelon. Hais parceque la difFérence de leur style venoit de la différence de leurs pensées et de leur manière de sentir les choses, ils perdroient beaucoup tous les trois, si l'on vouloit rendre les pensées de l'un par les expressions de l'autre. On ne souhaite point cela en les lisant ; car chacun d'eux s'exprime dans les termes les plus assortis au caractère de ses sentiments et de ses idées : ce qui est la véritable marque du génie. Ceux qui n'ont que de l'esprit empruntent nécessairement toute sorte de tours et d'expressions : ib n'ont pas un caractère distinctif.
SUR LA BRUYÈRE
II n'y a presque point de tour dans l'éloquence qu'on ne trouve dans La Bruyère ; et si on y désire quelque chose, ce ne sont pas certainement les expressions , qui sont d'une force infinie et toujoui^s les plus propres et les plus précises qu'on puisse employer. Peu de gens l'ont compté parmi les orateurs, parcequ'il n'y a pas une suite sensible dans ses Caractères. Nous faisons trop peu d'attention à la perfection de ses fragments , qui contiennent souvent plus
de matière que de longs discoiu^s, plus de proportion et plus d'art.
On remarque dans tout son ouvrage un esprit juste, élevé, nerveux, pathétique, égalelement capable de réflexion et de sentiment, et doué avec avantage de cette invention qui distingue la main des maîtres et qui caractérise le génie.
Personne n'a peint les détails avec plus de feu, plus de force, plus d'imagination dans l'expression, qu'on n'en voit dans ses Caractères, Il est vrai qu'on n'y trouve pas aussi souvent que dans les écrits de Bossuet et de Pascal , de ces traits qui caractérisent une passion ou les vices d'un particulier, mais le genre humain. Ses portraits les plus élevés ne sont jamais aussi grands que ceux de Fénelon et de Bossuet : ce qui vient en grande partie de la différence des genres qu'ils ont traités. La Bruyère a cru , ce me semble , qu'on ne pouvoit peindre les hommes assez petits : et il s'est bien plus attaché à relever leurs ridicules que leur force. Je crois qu*il est permis de présumer qu'il n'avoit ni l'élévation, ni la sagacité, ni la profondeur de quelques esprits du premier ordre; mais on ne lui peut disputer sans injustice une forte imagination , un caractère véritablement original , et un génie créateur '.
> Dans la première édition , on liaoit , au Heu du demierpanh graphe , le passage suivant :
t n est étonnant qu'on sente quelquefois dans un si beau génie, et qui s'est élevé Jusqu'au sublime, les bornes de l'esprit humain : cela prouve qu'il est possible qu'un auteur sublime ail moins de profondeur et de sagacité que des hommes moins pathétiques. Peut-être que le cardinal de Bichelieu éloit supérieur àMilton.
t Mais les écriralns pathétiques nous émeuvent plus fortement ; et cette puissance qu'ils ont sur notre ame . la dispose à nous accorder pius de lumières. Nous jugeons tonjours d'un auteur par le caractère de ses sentiments. Si on compare La Bruyère à Fénelon , la vertu toiJ^Jours tendre et naturelle du dernier, et l'amour-proprequi se montre quelquefois dans l'autre, le sentiment nous porte malgré nous k croire que celui qui bit paroltre l'ame la plus grande a l'esprit le plus éclairé ; et toutefois l\ seroit difficile de Justifier cette préférence. Fénekm a plus de facilité et d'abondance , l'auteur des Caractères, plus de précision et plus de force : le premier, d'une imagination plus riante et plus féconde ; le second , d'un génie plus véhément ; l'un sachant rendre les plus grandes choses familières et sensibles sans les abaisser ; l'autre sachant ennoblir les plus petites sans les déguiser : celui4à pluâ humain ; celui-ci plus austère : l'un plus tendre pottr la vertu; l'autre plus implacable au vice : l'un et l'autre moins pénétrants et moins profonds que les hommes que J'ai nommés, mais inimitables dans la clarté et dans la netteté de leurs idées; enfin originaui, créateurs dans leur genre, et modèles très accomplis. »
VAUVENARGUES
CARACTÈRES
Oronte, ou le vieux fou.
Oronte , vieux et flétri , dit que les gens Vieu^ sont tristes, et que pour lui il n*aime que les jeunes gens. C'est pour cela qu'il s*est iogîé dans une anbei'ge , où il a , dit-il , le plaisir de ceux qui voyagent , sans leurs peines, parceqn'il voit tous les jours à souper de nouveaux visages. On le voit quelquefois an jeu de patime, avec de jeunes gens qui sortent du bal, et il va déjeunet* avec eux ; il les cultive avec le même sohi que s'il avoit envie de leur plaire. Mais on peut hii rendre justice : ce n'est pas la jeunesse qu'il aime , c'est la Iblie. Il a un fils qui a vingt ans» et qui est déjà estimé dans le monde ; mais ce jeune homme est appliqué , et passe une grande partie de la nuit à lire. Oronte a brûlé plusieurs fois les Kvres de son fils , et n'a fait grâce qu'à <les vers obscènes, qui d'aiBeurs sont assez mau^ vais. Ce jeune homme en rachète toujours de tfouveanx, et trompe les soins de son père. Oronte a voulu lui donner une fille de TOpérâi que lui-même a eue autrefois, et n'a rien négligé, dit-il, pour son éducation; mais ce petit drôle est entêté , ajoute-t-il , et a l'esprit gâté et plein de chimères.
Thersite, « Thersite ^ est l'officier de l'armée qae l'on voit le plus. C'est lui qu'on rencontre toujours à la suite du généi'al, monté sur un petit cheval qui boile , avec un harnois de velours en bro^ derie, et un coureur qui marche devant lui. S'il y a ordre à Tannée de partir la nuit pour cacher une marche à l'ennemi, Thersite ne se couche point comme les autres, quoiqu'il y ait du temps ,* mais il se lait mettre des papîHotes,
• Thetiites , <tne tUKu appetoûs llienite , nous eit reprësetité par Holiière, dans son iHadt, comme le phu laid, lé plus lâche et le pltiÉ Intoleiit des capiuines ^recs qui «e trooTèreiit au fliége de Troie. C'est par cette râlmn qae ce noiii est ordiiialrèment donné à ceux k qui Ton croit fiotivoir reprocher les mê- IIIP8 débuts. F.
«f fait poudrer ses chèveuiL ea attendant t^'on botte la {générale. H acoompagne exactemeat l'oAider de joor, et visite avec lui les poatesée l'armée. Il donne des projets an générai^ et fiM un journal raisonné de toutes les opëralioDSiie la campagne. On ne Mt guère de dëtaohemeiit oii il ne se trouve ; et comme il est te premier de son régilnent à marcher^ et qu'on le cheitte par-tout, on apprend qu'il est volontaire à sa fourrage qui se fait sur les derrières da camp; et un autre marche à sa plaee. Ses camaraik!! ne l'estiment point; nuiis  ne vit pas avec eoxi il les évite; et si quelque offider génërti lai demande le nom d'un of§cier de son régimeM qui est de garde» Thersite loî répond qu'elle connolt bien , mai^ qu'il ne se aoirvieM pat de son nom. ii est fenrilter, ofiicîenx, insolent, «1 ponrtant très bas avec sK)n ocrfonel. Il £»t mvîtement sa cour à tons les grands seigneurs dt l'armée ; et s'il se trame chez le duc EogèR lorsque cetninn se débotte , Thersite fait ai monvement pour Ini présenter ses souliers ; nais comme H s'aperçoit qu'M y a beaucoup de moiatt dans la cbanfbre, il laisse prendre les aouGcn par un valet, et roogit en se relevant.
ni.
Lés jeunes gens.
Les jetmen gens jouisseAt sans le eavoir, tt s'enntiient en croyant se divertir. Ib fent m souper où ils sont dix4iuit sans compter let dames; et ils passent la nart à table à détonner quelques chansons obscènes , à conter le renun de l'Opéra, et à se fetîgner pour chercher le plaisir, qu'à peine les pins impudents peuvcat essayer dans un quart-d'heure de faveur; et comme on se pique à tous les âges d'avoir de l'esprit , ils admettent quelquefois à leurs par* ties des gens de lettres qui fbnt là lenr s^prentissage pour le monde, liais tous s'ennuient rédproquelnent , et ils se détrompent les nns des autres.
Ces jeunes gens vont au spectacle pour se rassembler. Ds y paroissent, épnisés de leurs incontinences , avec nne audace affectée et des yeux éteints. Ils parlent grossièrement des fcm* mes, et avec dégoût. On les voit sortir quelquefois au commencement du spectacle , poar
CARACTÈRES
sacisfaife quelque idée de dëbtucbe qui leur vient en tête; et après avoir fait le tour de$ allées obscures de la Foire, ils reviennent au dernier acte de la comédie et se i^content a Toreille leurs ridicules prouesses. Hs se font un point d'honneur de traiter légèrement tous les plaisirs ; et les plaisirs, qui fuient la dissipation et la folie, ne leur laissent qu'une ombre foible et une fausse image de leurs charmes.
rv.
Mtdas, ou le M qui eit glorieux.
Le sot qui a de la vanité est Tennemi né des talents. S'il entre dans une maison oii il trouve un homme d'esprit, et que la maîtresse du logis lui fiisse l'honneur de le lui présealer, Midas le salue légèrement et ne répond point. Si l'on 06e louer en sa prés^ce le mérite qui n'«6t pas riche, il s'assied auprès d'une table , et oompte des Jetons ou mêle des cartes sans rien dire. Lorsqu'il panolt un h'vre dans le monde qui hk quelque bruit , Midas jette d'abord les feux sur ta fin, et pois sur le milieu du Kvre; ensuite il prononce que l'ouvrage* manque d'ordre , et qu'il n'a jamais en ta force de l'achever. On parte deipant lai d'une viotoine que le héros do Nord * a remportée sur ses ennemis ; et sur ce qu'on raconte des prodiges de sa capacité et de sa valeur, Midas assure que la disposition de ta bataiHe a été fîsiite par M. de Rottembourg qui n'y etoit pas , et que le prhiGe s'est tenu caché dans une cabane jusqu'à ee que les ennemis fussent en déroule. Un homme qui a été à cette action l'assure qu'il a vu charger le roi à ta tète de sa maison ; mais Midas répond froidement qu'on ne verra jamais que ^es folies d'on prince qui fiiit des vei^ , et qui est l'ami de Voltaire.
Le flûtieur imîpide.
Un homme parfaitement insipide est celui qui loue incbfieremiûent tout ce qu'il croit utile
> Nom que Voltaire a souvent employé pour désigner Frédéric le Grand. La bataille dont il s'agit ici est sans doute celle de Frifdlierf;. gaf^néepar Frédéric, le I juin 1745. sur le prince <;liarlrs de liorraine. B.
de louer; qui» forsqu'on lui lit un mauvais roman, mais protégé, le trouve digne de l'auteur du Sopha, et feint de le croire de lui ; qui demande à un grand seigneur qui lui montre une ode, pourquoi il ne fait pas une tragédie ou un poème épique ; qui du même éloge qu'iLdonne à Voltaire, régale un auteur qui s*est fait siffler sur les trois théâtres ; qui, se trouvant à souper chez une femme qui a la migraine, lui dit trislemeiit que ta vivacité de son esprit ta consume ooHftme Pascal, et qu'il faut l'empêcher de se tuer. S'il arrive à un homme de ce caractère de faire une ptaisanteiie sur quelqu'un qui n'est pas riche, mais dont un homme riche prend le parti, aussitôt le flatteur change de langage, et dit que les petits défauts qu'il reprenoit servent d'ombre au mérite distingué» C'est l'homme dont Rousseau disoit : *
Onelqtiefbis même mi bdns mots è'abanâoitne « Mais doucement et sans blesaer penoine.
Cet homme qui a loué toute sa vie jusqu'à ceux qu'il aimoit le moins, n'a jamais obtenu des autres ta moindre louange, et tout ce que ses amis ont osé dire de plus fort pour lui, c'est ce vieux discours : En vérité , c*e»t un honnêtt garçon, ou cesl un bon homme,
Lacon, ou le petit homme.
Lacon ne refuse pas son estime à tous les auteurs* H y a beaucoup d'ouvrages qu'il admire; et tels sont les vers de La Motte, V Histoire romaine de RoUin , et le Traité du vrai mérite, qu'il préfère, dit-il, à La Bruyère. Il met dans une même classe Bossuet et Fléchier, et croit faire honneur à Pascal de le comparer à Nicole, dont il a lu les Essais avec une patience tout-à*>fait chrétienne. II soutient qu'après Bayle et Fontenelle , l'abbé Desfontaines est le meilleur écrivain que nous ayons eu. Il ne peut souffrir la musique de Rameau ; et si on lui parle des Indes galantes ou de l'opéra de Dardanus, il se met à chanter des morceaux de Tancrède, ou d'un autre ancien opéra. II n'épargne pas les acteurs qui ont succédé à Murer, à Thevenard, etc., et Poirier ne paroit jamais qu'il ne batte long-temps des mains pour faiiD
VAUVENARGUES
de la peine h Gelliotte : tant il est difficile de lui plaire dès qu'on prime en quelque art que ce puisse être.
Carithj ou le grammairien.
Carilès est esclave de la construction , et ne peut souffrir la moindre hardiesse. II ne sait point ce que c'est qu'éloquence, et se plaint de ce que l'abbé d'OKvet a feit grâce à Racine de quatre cents fautes : mais il sait admirablement la différence de pas et point ; et il a fait des notes excellentes sur le petit Traité desSynonymes, ouvrage très propre, dit-il, à former un grand orateur. Caritès n'a jamais senti si un mot étoit propre ou ne Tétoit pas ; si une épithète étoit juste, et si elle étoit à sa place. Si. pourtant il fait imprimer uu petit ouvrage , il y fait, pendant l'impression, de continuels changements : il voit, il revoit les épreuves ^ il les communique à ses amis ; et si , par malheur, le libraire a oublié d'ôter une virgule qui est de trop, quoiqu'elle ne change point le sens, il ne yeut point que son livre paroisse jusqu'à ce qu'on ait fait un carton , et il se vante qu'il n'y a point de livre si bien imprimé que le sien.
vni.
L'étourdi.
Il n'y a pas long-temps qu'étant à la Comédie auprès d'un jeune homme qui faisoit du bruit, je lui dis : Vous vous ennuyez ; il faut écouter une pièce quand on veut s'y plaire. — Mon ami, me répondit-il, chacun sait ce qui le divertit : je n'aime point la comédie , mais j'aime le thâhtre ; vous êtes bien fou d'imaginer d'apprendre à quelqu'un ce qui lui plaît. — Gela peut bien être, lui dis-je ; je ne savois pas que vous vinssiez à la comédie pour avoir le plaisir de l'interrompre. — Et moi je savois, me dit-il , qu'on ne sait ce qu'on dit quand on raisonne des plaisirs d'autrui; et je vous prendrois pour un sot, mon très cher ami , si je ne vous connoissois depuis long-temps pour le fou le plus accompli qu'il y ait au monde. — En achevant ces mots , il traversa le théâtre, et alla baiser sur la joue
un homme grave qu'il ne connoisscHt que de h veille.
CloMnnine, ou la vertu malheureuse.
Clazomène a eu l'expérience de toutes les misères de l'humanité. Les maladies Font assiégé dès son enfance, et l'ont sevré dans soq printemps de tous les plaisirs de la jeunesse. Né pour les plus grands déplaisirs, il a eu de la hauteur et de l'ambition dans la pauvreté. U s'est vu dans ses disgrâces méconnu de œox qu'il aimoit. L'injure a flétri sa vertu ; et Q a été offensé de ceux dont il ne pouvoit prendre de vengeance. Ses talents, son travail cootiniwl, son application à bien faire, n'ont pu flédiirh dureté de sa fortune. Sa sagesse n'a pu le garantir de faire des fautes irréparables. Il asooffert le mal qu'il ne méritoit pas , et celui que son imprudence lui a attiré. Lorsque la fortune a paru se lasser de le poursuivre » la mort s est offerte à sa vue. Ses yeux se sont fermés à b fleur de son âge ; et quand Tespérance trop lente oommençoit à flatter sa peine, il a eu h douleur insupportable de ne pas laisser asseï de bien pour payer ses dettes , et n'a pu sauver sa vertu de cette tache. Si l'on cherche quelque raison d'une destinée si cruelle , on aura, je crois, de la peine à en trouver. Faut-il demaih der la raison pourquoi des joueurs très habiles se ruinent au jeu , pendant que d'autres hommes y font leur fortune? ou pourquoi l'on voit des années qui n'ont ni printemps ni automne, oii les fruits de l'année sèchent dans leur fleur? Toutefois» qu'on ne pense pas que Clazomène eût voulu changer sa misère pour la prospérité des hommes foibles. La fortune peut se jouer de la sagesse des gens vertueux ; mais il ne lui appartient pas de foire fléchir leur courage.
Phalante, ou le scélérai.
Phalante a voué ses talents aux fureurs et au crime; impie, esclave insolent des grands, ambitieux, oppresseur des foibles, contempteur des bons , corrupteur audacieux de la jeu* nessc, son génie violent et hardi pi-ésîde en
CARACTÈRES
secret à tons les crimes qui sont ensevelis dans les ténèbres. Il est dès longtemps à la tête de tons les débauchés et les scélérats. Il ne se commet point de meurtres ni de brigandage où son noir ascendant ne le fiasse tremper. U ne connott ni l'amour, ni la crainte , ni la foi , ni la compassion* Il méprise Thonneur autant que la ¥ertu « et il hait les dieux et les lois. Le crime lui piatt par lui-même. 11 est scélérat sans dessein et audacieux sans motif. Les extrémités les plus dures , la fiiim , la douleur, la misère, ne t'abattent point. Il a éprouvé tour à tour l'une et l'autre fortune : prodigue et fisistueux dans l'abondance , entreprenant et téméraire dans la pauvreté, emporté et souvrat cruel dans ses plaisirs, dissimulé et impbcable dans ses haines, furieux et barbare dans ses vengeances, éloquent seulement pour persuader le crime et pour pervertir l'innocence , son naturel féroce et indomptable aime à fouler aux pieds l'humanité , la prudence et la religion ; il vit tout souillé d'infamie ; il marche la tête levée ; il menace de ses regards les sages et les vertueux ; sa témérité insolente triomphe des lois.
Itocrate, ou le bel esprit moderne.
Le bel esprit moderne ^ n'est ni philosophe , ni poète, ni historien, ni théologien; il a toutes ces qualités si diilerentes et beaucoup d'autres ; il est obligé de dire assez de choses inutiles, parcequ'il doit fort peu parler de choses nécessaires. Le sublime de sa science est de rendre des pensées frivoles par des traits. Qui veut mieux penser ou mieux vivre? Qui sait même où est la vérité? Un esprit vraiment supérieur fait valoir toutes les opinions, et ne tient à aucune. Il a vu le fort et le foible de tous les principes, et il a reconnu que l'esprit humaiu n'avoit que le choix de ses erreurs. Indulgente philosophie, qui égale Achille et Thersite, et nous laisse la liberté d'être ignorants , paresseux, frivoles, oisifs, sans nous faire de pire
• Remond de SainMfarc. n a bit imprimer en 1745 troii tofannef de Utténtm^ , où l'oo troaye de l'eqtrit , mais point de goût , et un Jugement sonrent faux. C'étoit le frère de Bemond le mathématicien , de qui on a recueilli quelques lettres qu'il ëcriToit à mademoiselle de Launaj ( madame de Slaal ). S.
condition! Aussi mettons*nou8 à la tête des philosophes son illustre auteur, et je veux avouer qu'il y a peu d'hommes d'un esprit si philosophique, si fin, si facile, si net, et d'une si grande surfsMse; mais nul n'est parfait; et je crois que les plus sublimes esprits ont eux-mêmes des endroits foibles. Ce sage eC subtil philosophe n'a jamais compris que la vérité nue pût intéresser; la simplicité , la véhémence , le sublime, ne le touchent point. U me semble, dil> il , qu'il ne fàudroii donner dans le subihne quà son corps défendant ; il est si peu naturel. Isocrate veut qu'on traite toutes les choses du monde en badinant ; aucune ne mérite, seloih»lui , un autre ton. Si on lui représente que les hommes aiment sérieusement jusqu'aux bagatelles, ei ne badinent que des choses qui les touchent peu , il n'entend pas cda , dit-il ; pour lui , il n'estime que le naturel ; cependant son badinage ne l'est pas toujours , et ses réflexions sont plus fines que scdides. Isocrate est le plus ingénieux de tous les hommes, et compte pour peu tout le reste. C'est un homme qui ne veut ni persuader, ni corriger, ni instruire personne. Le vrai et le faux, le frivole et le grand, tout ce qui lui est occasion de dire quelque chose d'à* gréable, lui est aussi propre. Si César vertueux peut lui fournir un trait, il peindra César vertueux, sinon il fera voir que toute sa fortune n'a été qu'un coup du hasard ; et Brutus sera tour à tour un héros ou un scélérat, selon qu'il sera plus utile à Isocrate. Cet auteur n'a jamais écrit que dans une seule pensée ; il est parvenu à son but. Les hommes ont enfin tiré de ses ouvrages ce plaisir solide de savoir qu'il a de l'esprit. Quel moyen après cela de condamner un genre d'écrire si intéressant et si utile!
On ne finiroit point sur Isocrate et sur ses pareils, si on vouloit tout dire. Ces esprits si fins ont paru après les grands hommes du siècle passé. II ne leur étoit pas facile de donner à la vérité la même autorité et la même force que l'éloquence lui avoit prêtée; et pour se faire remarquer après de si grands hommes, il falloit avoir leur génie ou marcher dans une autre voie. Isocrate , né sans passion , privé de sentiment pour la simplicité et l'éloquence , s'attacha bien plus à détruire qu'à rien établir. Ennemi des anciens systèmes , et savant à saisir le
VAU YEN ARGUES
ioMe des choses biiimi0e&, il vodint paroitre à soD siède coame tm philosophe ÎMptiiîsl qui ft'obéissoit qu'aux kinîères de la plus exacte raisoB. Saas chaieiur et sans. ppé]ijgé&» les honi" mes sont fails de manière que si on laur pvie avec autorité et avec passion^ leurs passioas et leur peale à croire les persuadeot facilement; nais si au contraire oa badine et qu'on leur propose des doutes , ils écoutent avidement , ne se défiant pas qu'un homme qui parle de sang* firoid puisse se tromper : car peu savent qne le raisonnement n'est pas moins trompeur que le sentiment, et df ailleurs rintérôt des foibles* qui comfKMent le phis grand nombre , est que tout soit cru équivoque. Isocrale n^a donc eu qu'à lever l'étendard de la révolte contre l'au^^ tôrité et les dogmatiques, pouir iaire aussitôt beaucoup de proséljrtes. Il a eomparé le génie de Fesprit ambitieux des héros ie la Grèce à Fesprit de ses courtisanes; il a naéprisé les beaux** arts. L'éioqueme, ar<t-ii àk^etla poéne sonlpen de choie; et ces paradoxes briWintff, il a su les insinuer avec beaucoup, d'art, en badinant et sans pareltre s'y intéresser. Qui n'cât eru qu'un pareil système n'eût (ait un progrès peraiciettx dams un siècle si amoureux du raisonnement et du vice? Cependant la niode a son cours., et Ferreur périt avec elle. On a Uemét senti te foi^ Me d'un auteur qui, paraissant mépriser les plus grandes choses, ne méprisoit pas de dire des pointes, et n'avoit point de répugnance à se contredire pour ne pas perdre un trait d'esprit. 11 a plu par la nouveauté et par la petite hardiesse de ses opinions , mais sa réputation précipitée a déjà perdu tout son lustre ; il a sur-' vécu à sa gloire , et il sert à son siècle de preuve qu'il n'y a que la simplicité, la vérité et l'éioqnence , c'est-à-<lire toutes les choses qu'il a méprisées , qui puissent durer.
Thieste, ou lu simplicité,
Thîeste est né simple et naïf : il aime la pure vertu, mais il ne prend pas pour modèle la Vertu d'un autre ; il connott peu les règles de la piK)bité , il la suit par tempérament. Lorsqulil y a quelque loi de la morale qui ne s'accorde pas avec ses sentknenls, il la kûsse à peut et
n'y pense point* S'il rencnnfte» bi nnil, une de ces femmes qui épient les jinmes gens* TbieaK sonflre qu'elle l'entretienne^ et mnrche qudqse temps à câté d'elle; et comme eHe se phintdt la nécessité qui détruit tontea kn vertus» et bà les opprobres du ononde , il Ini dit que la pauvreté n'est point un vice quand on sait vivre de son industrie sans nuire à personne ; et ne se trouvant point d'argent parcequ'il est jeune, il hii donne sa. montre qui n'est phis à la mode, et qui est un présent cfe sa mère; ses camarades se BKHpient de lui et le tournent en ridicnie, mais il leur répond : Mes anus,, vous riei ùb \ trof) peu de chose. Le mcmde est reoafJt de insères qui serrent le cœur; il fsmA être hinmia; le désordredes malheureux est toujours lecriot desridms.
XHL
TrasiUe» ou les gens à la mode.
Trasille n'a jamais souffert qu'on fit de réflexions en sa présence, et que l'on eût h liberté de parler juste. Il est vif , léger et raîDeur, n'estime et n'épargne personne , change incessamment de discours , ne se laisse ni manier, dî user, ni approfondir, et fait plus de visites en un jour que Dumoulin ou qu'un homme qui sollicite pour un grand proôès. Ses plaisanteries sont amères : il loue rarement. Il pousse l'insolence juscpi'à interrompre ceux qui sont asseï vains pour le louer, les fixe et détourne la tèie^ U est dur, avare, impérieux; il a de Tambitioa par arrogance, et quelque crédit par andact. Les femmes le courent, il les joue : E ne eonnote pas l'amitié ; il est tel que le plaisir mène ne peut l'attendrir un monmnt.
Pkocas, ou la fausse singularUL
Pbocas se pique plus qu'homme du monde de n'emprunter de personne ses idées. Si vous lui parlez d'éloquence, ne lui nommez pas Cicéron , il vous feroit d'abord l'éloge d'Abdallah, n d' Abutales et de Mahomet , et vous assuraixt que rien n'égaie la sublimité des Arabes. Lorsqu'il est question de la guerre , ce n'est ni M. de Turenneni le grand Coudé qu'il admire ; il leur
CARACTÈRES
S4iK
préfère d'anciens généraux dont €»*n6 ooonoli que le84W>Qis et quelques acdons contesiées. En lel geiàre que ce puisse êtres si vous liiî citez deux grands hommes , soyez s&r qu'il ehoi^ sira toi^urs le «oins itlusti?e. Phocas évite de se rencontrer avec tes autres, et dédaigne de parler juste. Il affecte sur-tout de n'être poinl suivi dans ses discours, ooaoune un homme qui ne parle que par inspiralion et par saillies. Si vous lui dites qi«elque chose de sérieux , il répond par une plaisanterie; et si vous parlez au eonAj?airede choses frivoles, il entame un discours sérieux. U dédaigne de contredire,. mais il ieterroiupt. Il est bien, aise de vous fiûre e»< tendre que vous ne dites rien qui l'iptëresse; que tout est usé pour quelqu'un qui pense et qui sent counne Ijui. Foiblê esprit, qui s'est pei^uadé qu'on est singulier par étude, et à force d'affectation., original*
C{rt», ou t esprit extrême.
Cirua cachoit sous un extérieur simple un esprîl ardent et inquiet. Modéré au dehors , mais extrême; toujours oceupé au dedans, el plus agité chns le repos que dans l'action ; trop libre et trop hardi dans ses opinions pour don* ner des bornes à. ses passions ; suivant avec indépendance tous ses sentiments , et subordonnant toutes les règles à son instinct, comme un hoflune qui se croit niakre de son sort , et se confie à son naturel présomptueux et inflexible : dénué des talents qui soulèvent les hommes dans la médiocrité et qui ne se rencontrent pas avec des passions si sérieuses; supérieur à cette fortune qui le renferme dans Penceinte d'une vide ou d'une petite province, fruit d'une sagesse assez bornée; éloquent, profond, pénétrant ; né avec le discernement des hommes *, séducteur hardi et flatteur, fertile et puissant en raisons, impénétrable dans ses artifices; plus dangereux lorsqu'il disoit la vérité , que les {dus trompeurs ne le sont par les déguisements IHet le mensonge ; un de ces hommes que les autres hommes ne comprennent point , que la
' On diroit mieux , Je croi9. eq qtulqnc gtnre ,elc . S. * C'eiC-à-dire » avec le talent de discerner U caractère des homme*, Gctte elli|Me ts^ f9rofle« S.
médiocrité de leur fortune dégrise et avilit , vi fue b prospérité seule peut développer.
Ixpse^ 911 Chxnmne iaru jnindpet.
Lipse n'avoit aucun principe de conduite; il vivoit au hasard et sans dessein; il n'avoit aucune vertu. Le vice même n'étoit dans son cœur qu'une privation de sentiment et de réflexion : pour tout dire, il n'avoit point d'ame. Vain sans être sensible au déshonneur ; capable d'exécu* ter sans intérêt et sans malice les plut grands crimes; nedélibérantjamaissur rien; méchant par foiblesse; plus vicieux par dérèglement d'esprit que par amour du vice. En possession d'un bien immense à la fleur de son âge „ il passoit sa vie dans la crapule avec des joueurs d'instruments et des comédiennes. U n'avoit dans safanûliaritéquedes gens de basse extraction , que leur libertinage et leur misère avoienli d'abord rendus ses complaisant3 , mais dont la foiblesse de Lipse lui faisoit bientôt des égaux , parcequ'il n'y a point d'avantage avec lequel ou se familiarise si promptement que la fortune qui n'est soutenue d'aucun mérite. On trouvoii dans son antichambre, sur son escalier, dans sa cour, toutes sortes de personnages qui assiégeoient sa porte. Né dans une extrême distance du bas peuple, il en rasseoabloit tous les vices,, et justifioit la fortune que les misérables accuseni; des défoiUs de la nature.
Ltsiai, ou la fausse éloquence,
Lisias sait orner une histoire de quelques couleurs ; il raconte agréablement, et il embellit ce qu'il touche. Il aime à parler ; il écoute peu ; il se Âiit écouter long-temps, et s'étend sur des bagatelles , afin d'y placer toutes ses fleurs. H ne pénètre point ceux à qui il parle ; il ne cherche point à les pénétrer; il ne connoit ni leurs intérêts , qi leurs caractères, ni leurs dessein^. Bien loin de cberclier à flatter leurs, passions ou leurs espérances , il agit toujours avec eux comme s'ils n'avoient d*autre af&irc que de l'écouter et de rire de ses saillies. 11 n'a de l'esprit
VAUVENARGUES
que pour lui ; il ne laisse pas même aux autres le temps d'en avoir pour lui plaire. Si quelqu'un d'étranger chez lui a la hardiesse de le contredire , Lisias continue à parler; ou s'il est obligé de lui répondre , il affecte d'adresser la parole à tout autre qu'à celui qui pourroit le redresser. Il prend pour juge de ce qu'on lui dit, quelque complaisant qui n'a garde de penser autrement que lui. Il sort du sujet dont on parle , et s'épuise en comparaisons. A propos d'une petite expérience de physique , il parle de tous les systèmes de physique ; il croit les orner, les déduire, et personne ne les entend. Il finit en disant qu'un homme qui invente un fauteuil plus commode, rend plus de service à l'État que celui qui a fait un nouveau système de philosophie. Lisias ne veut pas cependant qu'on croie qu'il ignore les choses les moins importantes. Il a lu jusqu'aux voyageurs et jusqu'aux relations des missionnaires. Il raconte de point en point les coutumes d'Abyssinie et les lois de l'empire de la Chine. Il dit ce qui fait la beauté en Ethiopie , et il conclut que la beauté est arbitraire , puisqu'elle change selon les pays. Lisias a été plus modeste, plus aimable et plus complaisant. La vieillesse, qui fixe les fortunes, détruit les vertus. Ceux qui voient aujourd'hui Lisias sont assez persuadés de son esprit , mais aucun n'est content de soi '; aucun ne se souvient de ses discours, nul n'en est touché, nul n'a envie de s'attacher à lui. Il a des équipages magnifiques , une table très délicate, pour des gens de basse extraction qui l'applaudissent. II habite dans un palais; ce sont les avantages qu'il retire de beaucoup d'esprit et d'une plus grande fortune *•
xvin.
Alàpe,
Alcipe a pour les choses rares cet empressement qui témoigne un goût inconstant pour celles qu'on possède. Sujet en effet à se dégoûter des plus solides, parcequ'il a moins de pas-
> Cç caractère a été imprimé poar la première fois dans TéditlOD de IS06; les éditions bites depuis portent toutes de ioi;Je crois qu'il faut de lui. B.
» L'auteur yeut dire que Lisias a encore plus de fortune que d'esprit ; mais cette manière d'exprimer sa pensée ne me parott pas correcte. S.
sion que de curiosité pour elles; peu propre, par défaut de réflexion , à tirer long-tttnps des mêmes hommes et des mêmes choses de noaveaux usages; moins touché quelquefois du grand que du merveilleux ; laissant emporter son esprit, qui manque naturellement un peu d'assiette, aux impressions précipitées de h surprise, et cherchant dans le changement ou par le secours des fictions , des objets qui éveHlent son ame trop peu attentive et vide de grandes passions ; capable néanmoins de concevoir le grand et de s'y élever , mais trop paresseux et trop volage pour s'y soutenir; hardi dans ses projets et dans ses doutes , mais timide à croire et à faire; défiantavec les habiles, parla crainte qu'ils n'abusent de son caractère sans précaution ets»» artifice; fuyantlesespritsimpérienxquirobfigent à sortir de son naturel pour se défendre , et font violence à sa timidité et à sa modestie; épineui par la crainte d'être dupe , quelquefois injuste : comme il craint les explications par timidité ou par paresse, il laisse aigrir plusieurs sujets de plainte sur son cœur, trop foible également pour vaincre et pour produire ces délicatesses : tels sont ses défauts les plus cachés. Quel homme d» pas ses foiblesses ? Celui-ci joint à l'avantage d'on beau naturel un coup d'œil fort vif et fort juste: personne ne juge si sainement des choses au degré où il les pénètre ; il ne les suit pas assa loin. La vérité échappe trop promptement à sod esprit naturellement vif, mais foible, et plus pénétrant que profond. Son goût, d'une justesse rare sur les choses de sentiment , saisit avec peine celles qui ne sont qu'ingénieuses. Trop naturel pour être affecté de l'art, il ignore jusqu'aux bienséances estimables, par cette grande et précieuse simplicité, par la noblesse de ses sentiments , par la vivacité de ses lumières, et par des vertus trop aimables pour être exprimées.
Le mérite frivole.
Un homme du monde est celui qui a bean-§ coup d'esprit inutile, qui sait dire des choses flatteuses qui ne flattent point, des choses sensées qui n'instruisent point, qui ne peut pe^ suader personne, quoiqu'il parle bien; qui a
CARACTEHES.
de œllc sorte d eloquonoe qui sait créer ou eiûbellîr les bagatelles , ei qui anéantit les grands sojels ; aussi pénétrant sur le ridicule qu'aveugle et dédaigneux pour le mérite ; un homme riche en paroles et en eiUérieur, qui, ne pouvant |)ri« mer par le bon sens, s'efforce dé parottre par la singularité ; qui , craignant de peser par la raison , pèse par souinconséquenoe et ses écarts ; plaisant sans gaieté, vif sans passions; qui a besoin de changer sans cesse de lieux et d'objets , et ne peut suppléer par la variété de ses amusements le défont de son propre fonds.
Si plusieurs personnes de son caractère. se rencontrent ensemble , et qu'on ne puisse pas arranger une partie , ces hommes qui ont tant d*eq>rit n'en ont pas assez pour soutenir une demi-heure de conversation , même avec des femmes y et ne pas s'ennuyer d'abord les uns des autres. Tous les faits, toutes les nouvelles, toutes les plaisanteries, toutes les réflexions, sont épuisées en un moment. Celui qui n'est pas employé à un quadrille ou à un quinze, est obligé de se tenir assis auprès de ceux qui jouent, pour ne pas se trouver vis^à-vis d*un antre homme qui est auprès du feu , et auquel il n'a rien à dire. Tous ces 'gens aimables qui ùùt banni la raison de leurs discours, fout voir qo'on ne peut s'en passer; le (aux peut fournir quelques scènes qui piquent la surface de l'esprit ; mais il n y a que le vrai qui touche et qui ne s'épuise jamais.
-Tttus, ou l'acûviti.
Titus .se lève seul et sans feu pendant l'hiver ; et quand ses domestiques entrent dans sa chamhre , ils trouvent déjà sur sa table un tas de lettres qui attendent la poste. H commence à la fois plusieurs ouvrages qu'il achève avec une rapidité inconcevable, et que son génie impatient ne lui permet pas de polir. Quelque chose qu'il entreprenne, il lui est impossible de la retarder; une affaire qu'il remettroit Finquiéteroit jusqu'au moment qu'il pourroit la reprendre. Occupé de soins si sérieux, on le^encontre pourtant dans le monde comme les hommes les plus désœuvrés. Il ne se renferme pas dans une seule société, il cultive en même
temps plusieurs sociétés; il enti*etient des relations sans nombre au dedans et au deliors du royaume. U a voyagé, il a écrit, il a été à la cour et ik la guerre ; il excelle en plusieurs métiers, et connok tous les hommes et tous les livres. Les heures qu'il est dans le monde , il les emploie ù former des intrigues et à cultiver ses amis ; il ne comprend pas que les hommes puissent parler pour parler, ou agh' seulement pour agir^ et l'on voit que son ame ^uffre quand la nécessité et la politesse le retiennent inutilement. S'il recherche quelque plaisir, il n'y emploie pas moiilà de manège que dans les afftires les plus sérieuses; et cet usa{;e qu'il fait de son esprit l'occupe plus vivement que le plaisir même ^'il poursuit. Sain et malade, il conserve la mê(pe activité; il va solliciter un procès le jour qu'il a pris médecine^ et fait des vers une autre fois avec la fièvre ; et quand on le prie de se ménager : Ué! dit-il, le puiê-je un movieniî txms vùyeTi les affaires qui m'accablent ; quoiqu'au vrai il n'y en a aucune qui ne soit tout-à-fait volontaire. Attaqué d'une maladie plus dangereuse, il se fait halnller pour mettre ses papiers en ordre : il se souvient des paroles de Vespasien, et, comme cet empereur, veut mourir debout.
Le paresseux.
Au contraire , un homme pesant se lève le plus tard qu'il peut , dit qu'il a besoin de sommeil, et qu'il faut qu'il dorme pour se porter bien. U est toute la matinée à se laver la bouche ; il tracasse en robe de chambre , prend du tlié à plusieurs reprises, et ne dine point parcequ'il n'en a pas le temps. S'il va voir une jeune femme que cette visite importune, mais qui ne veut pas que personne sorte mécontent d'auprès d'elle, il lui laisse toute la peine de l'entretenir ; elle fait <les efforts visibles pour ne pas laisser tomber la conversation. L'indolent ne s'aperçoit pas que hii-méme ne parle point ; il ne sent pas qu'il pèse à cette jeune femme : il s'enfonce dans son fauteuil, où il est à son aise , où il s'oublie et n'imagine pas qu'il y ait au moQde quelqu'un qui s'ennuie, pendant qu'un homme qpi l'attend chez lui , ot auquel il a
VAUVENARGUES
sein contre b Tiépûblique, ceux-ci se rendent {tarants de son innocence, sollicitent pour lui quand il est accusé , et détournent contre ses délateurs Findignation publique. Il s*est fait d'ailleurs à la guerre une haute réputation qui orne ses autres vertus : car il a compris de bonne heure que ceux qui conmiandoient avec succès dans les armées, éclipsoient aisément les politiques , et faisoient tomber leur crédit; et de plus il n'ignore pas que Ion ne peut rien entreprendre d*extraordinaire sans faire la guerre. Mais , malgré le nom qu'il s'y est fait , les plus vils citoyens sont moins modestes et moins populaires, et Ton ne rencontre que lui dans les places,* sous les portiques et dans les plus humbles maisons. Ainsi , sans orgueil et sans faste, il est à la tôte d'un parti puissant , avant que ceux qui le composent sachent eux-mêmes que c'est un parti. Aucun n'a son secret, mais il est sûr de tous ; et lorsqu'il sera temps d'agir, nul ne manquera à son chef, à sou bienfaiteur, à son ami ; et si cependant la fortune, qui peut ' tout contre la prudence , fait qu'il est prévenu dans ses desseins, il avoue la plupart des faits qu'on lui impute, et les justifie par les lois ou par la force de son.éloquence. Ses juges sont étonnés de sa sécurité et attendris de ses discours. La cabale qui veut sa perte n'ose le laisser reparoitre ni l'interroger en public. Quoiqu'il soit convaincu d'avoir attenté contre la liberté , on est obligé de le faire mourir secrètement , et le peuple qui Tadoroit demeure persuadé de son innocence.
Lentulus, ou le factieux,
Lentulus se tient renfermé dans le fond d'un vaste édifice qu'il a fait bâtir, et où son ame austère s'occupe en secret de projets ambitieux et téméraires. Là, il travaille le jour et la nuit pour tendre des pièges à ses ennemis, pour éblouir le peuple par des écrits , et amuser les grands par des promesses. Sa maison quelquefois est pleine de gens inconnus qui attendent pour lui parler, qui vont, qui viennent ; on les voit fort souvent entrer la nuit dans son appartement, et en sortir un peu devant l'aurore. Lentulus fait des associations avec. des grands
qni le haïssent, pour se soutenir contre d'amrei grands dont il est craint. Il tient aux (dus poissants par ses alliances , par ses charges et par ses menées. Quoiqu'il soit né fier, impérieuiec peu abordable, il ne néglige pourtant pas le peuple. Il lui donne des fêtes et des spedades; et lorsqu'il se montre dans les rues, il fait jeter de l'argent autour de sa litière, et ses émissaires , postés en différents endroits sur son passage , excitent la canaille à l'apirfaudir. Us l'ev cusent de ne pas se montrer plus souvent, sur ce qu'il est trop occupé des besoins de la république, et qu'un travail sévère et sans rdéche ne lui laisse aucun jour de libre. Il est eaetki surchargé par la diversité et la oNiltitude des afifoires qui rappliquent, et ces oocupations laborieuses le suivent partout : car même à l'amifie, où il y a tant de distractions inévitables, les troupes le voient rarement; et pendant qu'O est obsédé de ses créatures , qu'il donne des (x^ dres ou qu'il médite des intrigues, le soUat murmure de ne pas le voir et blâme ce genre de vie trop austère. Lentulus emploie sa retraite à traverser secrètement les entreprises du ooor sul , qui commande en chef; et il fait si biett, que le pain , le fourrage et même l'argent manquent au quartier- général, pendant que toat abonde dans son propre camp. S'il arrive alois que les troupes de la république reçoiveat quelque échec de l'ennemi, aussitôt les coiu^ riers de Lentulus font retentir la capitale de ses plaintes contre le consul» Le peuple s'assemble dans les places par pelotons, et les ci'ëatiutt de Lentulus ont grand soin de lire des leltA par lesquelles il paroît qu'il a sauvé l'armée d'une entière défaite. Toutes les gazettes répètent les mêmes bruits , et tous les nouvellistes sont payés d'avance pour les confirmer. Le consul est forcé d'envoyer des mémoires pour justifier sa conduite contre les artifices de soo ennemi. Celui qu'il a chargé de celte affaire, qui est un homme instruit et hardi , arrive dans h capitale, où il est attendu avec impatience, et oo , s'attend qu'il révélera bien des mystères; mais le lendemain, le sénat s'élantextraordinairemeot assemblé , on vient lui annoncer que cet envoyé a été trouvé mort dans son lit et qu'on a détourné tous ses papiers^ Les gens de bien, consternés, gémissent secrètement de cet auen-
CARACTÈRES
tat ; mais les partisans de Lentulus en triomphent publiquement, et la république est menacée d'une horrible servitude.
xxvu.
Clodius, ou le séditieux.
Clodius assemble chez lui une troupe de libertins et déjeunes gens accablés de dettes. Le sénat a fait une loi pour réprimer le luxe de ces jeunes gensetlenormité des emprunts. Clodius leur dit : Mes amis, pouvez-vous souffrir la rigueur, la hauteur et la dureté d'un gouveruement si austère ? On défend aux uns les plaisirs, on ferme aux autres les chemins de la fortune; on s'efforce d'anéantir le courage et l'esprit de tous, en tenant sous des lois étroites leur génie captif; et cette servitude de chaque particulier, on ose la nommer liberté publique ! Mes amis , on hait les tyrans qui veulent régner par la force; et qu'importe d'être l'esclave des hommes ou des lois , quand les lois sont plus tyranniques que ceux qui les violent? Est-ce à nous à subir le joug de quelques vieillaixis languissants? La nature auroit-eUe fait les fo9)les pour l'autorité et les forts pour leur obéir? Les foibles ne sont point à plaindre dans la dépendance des forts ; mais les forts ne peuvent souffrir la servitude sans une insupportable violence. Donnons à ce peuple abattu quelque exemple qui le réveille; les ambitieux sont l'ame des corps politiques ; le repos en est la langueur... Ainsi s'explique kClodiusavec ses amis. Quand il est avec des personnes qui l'obligent à plus de retenue, il leur dît qu'on fait bien de réprimer le vice , mais qu'if faut avoir attention que le remède qu'on y apporte ne soit pas lui-même un plus^rand mal. La vertu, dit-il, est aimable par elle-même; que sert d'employer la force pour la persuader ? La force est toujours odieuse, quelque juste qu*en soit le motif. Voyez, dit-il encore, la diversité que la nature a mise entre les hommes : est-il juste d'assujettir à la même règle tant de différents caractères? Peut-on obligei' tous les hommes à marcher dans la même voie? et fautil tenir la nature prosternée sous un joug si rude ? Tels sont les discours les plus modérés de Clodius. Mais s'il se forme un parti dans la république qui ne tend rien moins qu'à sa
ruine , il excite les conjures à l'avancer , et leur dit qu'il faut que tout change, que c'est une fatalité inévitable ; que les opinions et les mœurs qui dépendent des opinions, les hommes en place et les lois qui dépendent des hommes en place, les bornes des Etats et lenr puissance , l'intérêt des États voisins, tout varie nécessairement. Et, dit-il, de ces changements il n'y en a aucun qui ne se fasse par la force : car la séduction et i'aitilice ne méiîtent pas moins ce nom que la violence déclarée et manifeste. Mes amis, continue-t-il, qui peut retenir vos courages? craignez-vous de troubler la paix de la patrie? Quelle paix , qui avilit les hommes dans un misérable esclavage I Estimez-vous tant le repos? et la guerre est-elle plus rude que la servitude? Ainsi Clodius met tout en feu par ses discours séditieux , et cause de si grands désordres dans la république, qu'on ne peut y remédier que par sa perte.
L'orateur chagrin.
Celui qui n'est connu que par les lettres, n'est pas infatué de cette gloire, s'il est ambitieux. Bien loin de vouloir faire entrer les jeunes gens dans sa propre carrière, il leur montre lui-même une ioute plus noble , s'ils osent la suivre. Le riche insolent , leur dît-îl , méprise les talents les plus sublimes , et le veitueux ignorant ne les connoit pas 0 mes amis! pendant que des hommes médiocres exécutent de grandes choses , ou par un instinct particulier, ou par la faveur des occasions, voulez-vous vous réduire à les écrire? Si vous faites attention aux hommages qu'on met aux pieds d'un homme que le prince élève à un poste , croîrez-vous qu*il y ait des louanges pour un écrivain , qui approchent de ces respects? Qui ne peut aider la vertu , ni punir le crime, ni venger l'injure du mérite , ni confondre l'orgueil des riches, se contentera-t-H d'un peu d'estime? Il appartient à un artisan d'être enivré de régner au barreau, ou sur nos théâtres, ou danis les écoles des philosophes ; mais vous qui aspirez à la gloire , pouvez-vous la mettre à ce prix ? Regardez de près , mes amis : celui qui a gagné des batailles , qui a repoussé Icnnemi des frontièresqu'îl ravageoit, et donné aux peuples Tespé-
VAUVENARGUE6,
noce d'une ptîx glorieuse , s'il fait tout*à-coup disparottre la réputation des ministres et le faste des favoris » qui daignera enoore jeter les yeux sur vos poètes et vos philosophes? Mes amis, ce n*est point par des paroles qu'on peut s'élever sur les ruines de Torgueil des grands et forcer l'hommage du monde , c'est par la vertu et l'audace , c'est par le sacrifice de la santé et des plaisirs , c'est par le mépris du danger. Celui qui compte sa vie pour quelque chose , ne doit pas pi'étendre à la gloire. Ainsi parle un esprit chagrin que la réputation des lettres ne peut satisfaire. Il parut quelquefois chercher à s'affermir lui-même contre les déplaisirs de son état y et combattre avec violence. C'est peu , mes amis , reprend^l , de souffrir d'extrêmes besoins et d'être privé des plaisirs. Quel est celui qui a été pauvre et qui a évité le mépris? Qui n'a pas été opprimé par les puissants, moqué par les f oibles , fui et abandonné par tous les hommes? A-t-on estimé ses talents ? a-t-on fait attention à sa vertu? La nécessité l'a tenté, l'infortune l'a avili, et le sort s'est joué de sa prudence. Toutefois ni l'adversité , ni la honte , ni la misère , ni ses fautes, s'il en a faites, ni l'injustice de ses ennemis, ne lui ont ôté son courage. Qui voudroit être riche mais avare , respecté mais foible , craint mais haï? Mais qui ne voudroit être pauvre avec de la vertu et du courage f
Celui qui peut vivre sans crime, et qui sait oser et souffrir, sait aussi se passer de la fortune qu'il a méritée : les heureux et les insensés pourront insulter sa misère ; mais l'injure de la folie ne sauroit flétrir la vertu. L'injure et l'opprobre du fort qui abuse des dons du hasard , est l'arme du lâdie insolent... Ces discours d'un esprit inquiet , qui s'est fait un nom par les lettres , échauffe l'esprit des jeunes gens prompts à s'enflammer ; mais la fortune laisse rarement aux hommes le choix de leurs vertus et de leur travail.
KÉFLEXIONS ET MAXIMES.
Il est plus aisé de dire des choses nouvelles que de conciiier celles qui ont été dites.
L'esprit de l'homme est plus pénétrant que conséquent , et embrasse plus qu'il ne peut Ikr.
Lorsqu'une pensée est trop foible pour porter une expression simple, c'est fai marque pour la rejeter' .
La clarté orne les pensées profondes.
L'obscurité est le royaume de rerrenr.
Il n'y auroit point d'erreurs qui ne périssait d'elles-mêmes, rendues clairement \
vn. .
Ce qui fait souvent le mécompte d'an écrivain, c'est qu'il croit rendre les choses telk» qu'il les aperçoit ou qu'il les sent.
vra.
On proscriroit moins de pensées d'un ouvrage, si on les concevoit comme l'auteur.
Lorsqu'une pensée s'offre à nous comme une profonde découverte, et que nous prenons la peine de la développer, nous trouvons souvent que c'est une vérité qui court les mes.
Il est rare qu'on approfondisse la pensée d'un autre ; de sorte que s'il arrive dans la suite qu'oa fasse la même réflexion, on se persuade aisément qu'elle est nouvdle , tant elle ofBre de dreonstances et de dépendances qu'on avmt laissé â^happer.
> Une pensée qut porte une expression M tutdf et beai. C'est la marque; eiprenioD négligée. M.
a // n'y aurait point d'erreurs, elc. L'auteur Teut piikr des eireun de raisonnement , de spéculation ; cette maxime ne peut s'appliquer aux erreon de UAV L'exprasaieii eit trop gitéraie. Sv
RÉFLEXIONS ET MAXIMES
me peiMûe ou un ouvrage n'iméreasent !U de personnes» peu en parteroot.
t un grand signe de médiocrité de louer rs modérément.
xm.
fortunes promptes ëh tout jgenre sont les solides, parcequ'il est rare qu'elles soient ige du mérite. Les fruits mûrs mais la- X de la prudence sont toujours tardil^.
pérance anime le sage , et leurre le préleux et Tmdoleiit , qui se reposent inconnent sur ses promesses.
looup de défiances et d'espérances raines sont trompées.
ibiciflp ardente exile les plaisirs dàs là te pour gouverner seult*
xvn.
rospérité fait peu d'amis.
xvra.
bngues prospérités s'écoulent quelqueun moment : comme les eiudeursde Tété nportées par un jour d*orage^ ^
90urag8 a plus de ressources contre les y&8 que la raison.
aison et la liberté sont incompatibles avec
[nerre n'est pas si onéreuse que (a servi*
xxu.
La «ervitude abaisse ics honmies juMfn'là tfen faire aimer.
XXIU.
Les prospérités des mauvais rois sont fiaitales aux peuples.
Il n'est pas donné à la raison de réparer tous les vices de la nature.
XXY.
Avant d'attaquer un abus, B faut voir si peut ruiner ses fondements.
Lies abus inévitables sont des lois de la nature..
xxvn.
ITous n'avons pas droit de rendre misérables ceux que nous ne pouvons rendre bons.
On ne peut être juste si on n'est humain ^
Quelques auteurs traitent la morale eomme on traite la nouvelle architecture» où Ton cherche avant toutes choses la commodité.
Il est fort différent de rendre la vertu fiacile
pour l'établir, ou de lui égaler le vice pour la
détruire»
NoB emors €i nos diviaioiis, dans la morale, viennent quelquefois de ce q«e nous considérons les hommes comme s'ib pouvoîent étra tout-à-fiiit vicieux ou U>ut*à-fiiit bons.
> OniMpf«t^re,etc.nyapoiirUmtde8exeBiplesdlioiiiBiii durs qui aont Joitat. M.
VolUireadit:
Qui n'est ^ue Juste est dur, qui n'est que segejesl triste.
Mni h au roi de Jfrutse, édition dftaeoontnl . J.XI.f.U9.r«is, ISU).B.
\ri\UVKNARGUES.
xxxn.
U D'y â peut-^e pomt de vérité qui ne soit à quelque esprit faux matière d'erreur.
Les générations des opinions sont conformes à celles des hommes, bonnes et vicieuses tourà-tour.
XXXIY.
Nous ne connoissons pas Tattrait des violentes a{;itations. Ceux que nous plaignons de leurs embarras méprisent notre repos.
Personne ne veut être plaint de ses erreurs.
Les orages de la jeunes&e sont environnés de jours brillants.
Les jeunes gens connoissent plutôt l'amour que la beauté.
xxxvm.
Les femmes et le» jeunes gens ne séparent point leur estime de leurs goûts.
La coutume Ml tout, jusqu'en amour.
Il y a peu de passions constantes; il y en a beaucoup de sincères : cela a toujours été ainsi. Mais les hommes se piquent d'éCre constants ou indifiiérents, selon la mode, qui excède toujours la nature.
La raison rougit des penchants dont elle ne peut rendre compte '.
' Varuntc. La raison rougit des inclinations de U nature, paroeqn'eile n'a pas de quoiconnottrela perfection de ses plaisirs.
mi.
Le secret des passe la ndsom
plaisirs de famalore
ÏLIU.
C'est une preuve de petitesse d'esprit, lorsqu'on distingue toujours ce qui est estimable de ce qui est aimable. Les grandes âmes aiment naturellement ce qui est digne de leur estime *.