CXXXIX
La maladie éteint dans quelques hommes le courage , dans quelques autres la peur, et jusqu'à Tamour de la vie.
On ne peut juger de la vie par une plps fausse règle que la mort.
Il est injuste d'exiger d*une a^K atterrée et vaincue par les secousses d'un mal redoutable^ qu'elle conserve la môme vigueur qu'elle a fait paroitre en d'autres temps. Est-on surpris qu'tn malade ne puisse plus ni marcher, ni veiller, ni se soutenir? Ne seroit-il pas plus étrange, s'il étoit encore le même homme qu'en pleine^santé ? Si nous avons eu la migraine et que n#us ayons mal dormi, on nous excuse d'être incapables ce jour-là d'appliriition, et personne ne nous soupçonne d'avoir toujours été inappliqués. Refuserons-nous à un homme qui se meurt le privilège que nous accordons à celui qui a mal à la tête; et oserons-nous assurer qu'il n'a jamais eu de courage pendant sa santé , paroequ'il en aura manqué à l'agonie?
cxLn.
Pour exécuter de grandes choses, H faut vivre comme si on ne devoit jamais mourir.
GXLHI.
La pensée de la mort nous trompe : car elle nous foit oublier de vivre.
VADVEN ARGUES.
CXUV.
Jt dis quelcpiefois 6pi moî-méme : La vie est trop courte pour mériter que je m'en iaquiète. Hais si quelque importun me rend visite et qu'il ra*empéche de sortir et de m'habiller, je perds patience, et je ne puis supporter de m'enaiyer une demi-heure.
La plus feusse de toutes les philosophies est celle qui , soqs prétexte d*afFranchir les hommes des embarras des passions, leur conseille Foisiveté, Tabandon et l'oubli d'eux-mêmes.
Si toute notre prévoyance ne peut rendre notre vie heureuse » fombien moins notre nonchalance!
. Personne ne dit le matin : Un jour est bientôt passe, attendons la nuit. Au contraire, on rêve la veille à ce que Ion fera le lendemain. On seroit bien marri' de passer un seul jour à la merci du temps et des fâcheux. On n'oseroit laisser au hasard la disposition de quelques heures , et on a raison : car qui peut se promettre de passer une heure sans ennui , s'il ne prend soin de remplir à son gré ce court espace ? Hais ce qu'on n'oseroit se promettre pour une heure, on se le promet quelquefois pour toute la vie, et l'on dit : Nous sommes bien fous de nous tant inquiéter de l'avenir; c'est-à-dire, nous sommes bien fous de ne pas commettre au hasard nos destinées , et de pourvoir à l'intervaUe qui est entre nous et la mort.
cxLvm.
Ni le dégoût est une marque de santé, ni r^ppétit * est une maladie; mais tout au contraire. Ainsi pense-t-on sur le corps. Mais on juge de l'ame sur d'autres principes. On suppose qu'une ame forte est celle qui est exempte
' On serait bien marri. Cette expression » actuellement de peu d'usage, s'eraptoyoU encore au milieu du dix-buitième al«cle.S.
* \i le dégoût est ime marqué. , f^tc. Il faut dire n*e*i. Cette phrase est négligée. M.
de passions ; et comae la Jeunesse est ardente et plus active que le dernier âge , on la regarde comme un temps de fièvre ; et on plaœ h force de Thonmie dans sa décadence.
cxux.
L'esprit est l'œil de l'ame , non sa force. Si force est dans le cœur, c'est-à-dire dans les passions. La raison la plus éclairée ne donne pas d'agir et de vouloir. Suffit-il d'avoir la vue bonne pour marcher? Ne fout -il pas encore avoir des pieds , et la volonté avec la puissanœ de les remuer?
La raison et le sentiment se consdUent et se suppléent tour^-tour. Quiconque ne consulte qu'un des deux et renonce à Tautre, se pri^e inconsidérément d'une partie des secours qui nous ont été accordés pour nous conduire.
Nous devons peut-être aux passions les plu grands avantages de Tesprit.
Si les hommes n'avoient pas aimé la ^oire, ils n'avoient ni assez d'esprit ni assez de vertu pour la mériter.
CLin.
Aurions-nous cultivé les arts sans les passions?
et la réflexion toute seule nous auroit-eUe fait
connoitre nos ressources, nos besoins et notre
industrie? '
Les passions ont appris aux hommes h
raisons
Dans Fenianoe de tous les peuples, comme
« Les poMlofu 0ti< afpriê aux Aommcf ia rstîsom. OMIr maxime un peu obacore a besoin d'être éeUircie pv celé fâ suit. L*auteor a vonlu dire , ee semble , que oe sont les pasaav qui , en portant Tesprit de l'homme sur un plus graad nomhe d'ol^ets, et en augmentant la aomme ée ses idées, loi kna^ sent les matériaux de la réflexion, qm est la chcniB deteiMB» Gela se rapporte 4 ce qu'il a dit ailleim , 9110 iM iNuMM» /Svlilismtl'esprH,S.
RÉFLEXIONS ET MAXIMES
IfôD
I des partioidiers % le sentiment a touksëdé la réflexion et en a été le prêtre.
Mîdèrera la vie d un seul homne y toute rhi^toire du genre humain , que ! et rexpérienoe n'ont pu rendre bon.
vrai qu'on ne peut anéantir le vice, de ceux qui gouvernent est de le faire ' au bien public
unes gens souffrent moins de leurs e de la prudence des vieillards.
. eux.
mseils de ta vieiHesse éclairent sans , oomme le soleil de Thiver.
^texte ordinaire de ceux qoi ficHit le des autres » est qu'ils veulent leur bien.
nte d'exiger des hommes qa'ils finsdéfiérenoe pour nos conseils , ce qu'ils it pas faire pour eux-mêmes.
permettre aux hommes de faire de fautes contre eux-mêmes» pour éviter ;rand mal » la servitude.
GLXm.
ique est plus sévère que les lois est un
n'offense pas la société n'est pas du e la justice *.
enfance de tous /« peuples, comme dans celle tHers , etc. n seniMe qu'on penl meUre indMdus, loyé ici pour de la réflexion , et c'est une n^nsens. If.
t'offense pas la société n*est pas du ressoH delà ne» tribunaux. S.
C'est entreprendre sunbi démence dé Dieu , de punir sans nécessité.
La morale austère anéantit la vigueur de l'esprit y comme les enfants d*Esculape détruisent le corps pour détruire un vice du sang so^ vent imaginaire. .
CLXVU.
La démence vaut mieux que la justice.
Nous blâmons beaucoup les malheureux des moindres fautes , et les plaignons peu des plus grands malheurs.
Nous réservons notre indulgence pour les
parfaits.
On ne plaint pas un homme d'être un sot , et peut-être qu'on a raison; mais II est fort plaisant d'imaginer que c'est sa faute.
Nul homme n'est foAle par choix. -
Noos querellons les malheureux pour nous dispenser de les plaindre.
CLXXni.
La générosité souffre des maux d'autrui, comme si elle en étoit responsable.
L'ingratitude la plus odieuse, mais la plus commune et la plus andenne» est cel(p des ea^ fants envers leurs père^.
justice, le crois (jue, par la JusUœ , TiuTenarf^«( entend iet
Nous ne savons pas beaucoup de gré à nos amis d^estîmernos bonnes qualités, s'ils osent SMaulement s'apercevoir de nos défauts.
CLXXVÏ.
On peut aimer de tout son cœur ceux en qui on reconnott de grands défauts. II y auroit de rimpertinence à croire qi^ la perfection a seule le droit de nous plaire. Nos foiblesses nous attachent quelquefois les uns aux autres autant que pourroit faire la vertu.
CLXxvn.
Les princes font beaucoup d'ingrats , pareequ'ils ne donuent pas tout ce qu'ils peuvent.
CLXxvni.
£a haine est plus vive que l'amitié , moins que la gloire s
Si nos amis nous rendent des services , nous pensons qu'à titre d'amis ils nous les doivent , et nous ne pensons pas du tout qu'ils ne nous doivent pas leur amitié.
On n'est pas né pour la gloire lorsqu'on ne C(mnoît pas le prix du temps.
L'activité fait plus de fortunes que la prudence.
Celui ^i seroit né pour (Aéir, obéiix)it jusque sur le trône.
CLxxxin.
Il ne paroit pas que la nature ait fait les bonunes pour l'indépendance.
« La haine estplui vive qm V amitié, moins que la gloire. Il faut. Je croM. mohu qm Vamout\ ou fh jmssion d> la çlof¥r. S.
Pour se soustraire à la force « on a été obligé de se soumettre à la justice. La justice oo h force , il a fallu opter entre ces deux maluies, tant nous étions peu faits pour être libres.
ca^xxxv.
La dépendance est née de la société.
Faut-il s'étonner que les hommes aient cra que les animaux étoient faits pour eux, s'8s pensent même ainsi de leurs semblables, et que la fortune accoutume les puissants à ne oompat qu'eux sur la terre?
CLXXXVn.
Entre rois, entre peuples, entre particuliers, le plus fort se donne des droits sur le plus foible , et la même règle est suivie par les aoimaux et les êtres inanimés : de soite que tout s'exécute dans l'univers par la violence ; et cet ordre que nous blâmons avec quelque apparence de justice est la loi la plus générale, b plus immuable , et la plus impoitante de h
nature.
CLXXXVm,
Les foibles veulent dépendre afin d*étr'e protégés. Ceux qui craignent les hommes aimmt
les lois.
Qui sait tout souffrir peut tout oser.
Il est des injures qu'il faut dissimuler, pour ne pas compromettre son honneur.
n est bon d'être ferme par tempérament, et flexible par réflexion.
CXCH.
Les foibles veulent quelquefois qu'on ks croie mécliants; mais les méchants veulent passer pour IxHis.
RÉFLEXIONS ET MAXIMES
CXdlL
Ire domine dans le gcnra humain, preuve que la raison et la vertu y sont )rts.
cxav.
les esprits n'est pas différente de celle y qui ne peuvent se maintenir que ontinuelle nourriture.
e les plaisirs nous ont épuisés , nous
ivoir épuisé les plaisirs ; et nous di-
rien ne peut remplir le cœur de
léprisons beaucoup de choses' pour ne mépriser nous-mêmes.
cxcvn.
dégoût n*est point un défaut et une ce des objets extérieurs, comme nous le croire, mais un épuisement de nos organes et un témoignage de notre
CXCVffl.
, Tair, Tesprit, la lumière, tout vit on. De là la communication et Taltous les êtres; de là Tunité et Tharns Tunivers. Cependant cette loi de la féconde, nous trouvons que cest un rhomme ; et parcequ*il est obligé d'y pouvant subsister dans le repos , nous s qu*il est hors de sa place.
cxcax.
me ne se propose le repos que pour !iir de la sujétion et du travail ; mais il )uir que par laction, et n'aime qu'elle.
ce.
lit du travail est le plus doux des
it est dépipdant , il y a un maître ' :
est dépendant, etc. Cette maxime parott obscure. ue Vauvenargoes a voolu proinrer reiifltence de
l'air appartient à l'homme , et l'homnie i l'air; et rien n'est à soi , ni à part.
ccn.
0 soleil! ô cieux! qu'êtes- vous? Nous avons surpris le secret et l'ordre de vos mouvements. Dans la main de l'Être des êtres, instruments aveugles et ressorts peut-être insensibles, le monde sur qui vous régnez mériteroit-il nos hommages? Les révolutions des empires, la diverse fece des temps, les nations qui ont dominé, et les hommes qui ont fait la destinée de ces nations mêmes , les prinopales opinions et les coutunRs qui ont partagé la créance des peuples dans la religion, les arts , la morale et les sciences, tout cela , que peut-il paroître? Un atome presque invisible , qu'onappelle l'homme , qui rampe sur la face de la terre , et qui ne dure qu'un jour, embrasse en quelque sorte d'un coup d'oeil le spectacle de l'univers dans tous les âges.
ccm.
Quand on a beaucoup de lumières % on admire peu ; lorsque l'on en manque» de même. L'admiration marque le degré de nos connoissances , et prouve moins souvent la perfection des choses que l'imperfection de notre esprit.
Ce n'est point un grand avantage d'avoir
l'esprit vif, si on ne l'ajuste. La perfection
d'une pendule n'est pas d'aller vite, mais d'être
réglée.
Parler imprudemment et parler hardiment.
Dieu par la dépendance mutuelle des difTérentes parties de l'univers , dont aucune ne peut s isoler des autres ni subsister par elle-même. On n'entend pas ce que yeut dire l'air appartient à l'homme, et l'homme à l'air , L'homme ne peut se passer d'air; mais l'air existeroit fort bien sans l'homme, appartient veut-il dire participe de la nature , clc. ? Alors Vidée d'appartenir n'a pins de liaison sensible avec l'idée de dépendance exprimée dans la première phrase. U y a Je crois , abus de mots. S > Quand mi a beaucoup de lumières , etc. La liaison n'est pas assez marquée entre la première partie de cette maxime et la seconde ; ce qui fait qu'au premier aspect elles paroissent se contredire, quoiqu'cUips ne se contredisent pas en effet : parceque la première partie offre une maxime absolue et générale , la seconde une réflexion applicable seulement à quelques occa* sions. s.
VAUVENARGUES
est presque toujours la même chose; mais on peut parier sans prudence, et parler juste; et il ne faut pas croire qu'un homme a l'esprit foux, parceque la hardiesse de son caractère ou la vivacité de ses passions lui auront arraché, malgré lui-même , quelque vérité périlleuse.
Il y a plus de sérieux que de folie dafis Tes* prit des hommes. Peu sont nés plaisants ; la plupart le deviennent par imitation , l'i*oids copistes de la vivacité et de la gaieté.
Ceux qui se moquent des penchants sérieux aiment sérieusement les bagatelles.
ccvni.
Dififiérent génie , différent goût. Ce n*est pas
toujours par jalousie que réciproquement on se
rabaisse.
On juge des productions de Tesprit comme des ouvrages mécaniques. Lorsque Ton achète une bague, on dit : Celle-là est trop grande, l'autre est trop petite , jusqu'à ce qu'on en raocontre une pour son doigt. Mais il n'en reste pas chez le joaillier, car celle qui m'est trop petite va bien à un autre.
Lorsque deux auteurs ont également excellé en divers genres, on n'a «pas ordinairement assez d'égards à la subordination de leurs talents : et Despréaux va de pair avec Racine : cela est injuste.
J'aime un écrivain qui embrasse tous les temps et tous les pays, et rapporte beaucoup d'effets à peu de causes ; qui compare les préjugés et les mœurs des differents siècles ; qui , par des exemples tirés de la peinture ou de la musique, me fait connoltre les beautés de l'éloquence et l'étroite liaison des arts. Je dis d'un homme qui rapproche ainsi les choses humaines, (]iril a un grand génie, si ses conséquences sont
justes. Mais s'il conclut mal, je présume quO dislingue mal les objets , ou qu'il n'aperçoit pas 'd'un seul coup d'œil tout leur ensemble, e( qu'enfin quelque chose manque à l'ëteodue ou â la profondeur de son esprit.
ccxn.
On discerne aisément la vraie de la famsp étendue d'esprit : car l'une agrandit ses sujets, et l'autre , par l'abus des épisodes et par le tee de l'érudition , les anéantit.
CCXffl.
Quelques exemples rapportés en peu de mots et à leur place donnent plus d'éclat, plus de poids et plus d'autorité aux réflexions; mais trop d'exemples et trop de détails énervent toujours un discours. Les digressions trop longues ou trop fréquentes rompent l'unité du sujet , et lassent les lecteui*s sensés, qui ne veulent pas qu'on les détourne de l'objet principal , et qui d'ailleurs ne peuvent suivre , sans beaucoup de peine , une trop longue chaîne de feits et de preuves. On ne sauroit trop rapprocher te choses , ni trop tôt conclure. Il faut saisir d'oc coup d'œil la véritable preuve de son discours, et courir à la conclusion. Un esprit perçant fuit les épisodes , et laisse aux écrivains médhocres le s(Mn de s'arrêta à cueillir les fleurs qui se trouvent sur leur diemin. C'est à eux d'amuser le peuple , qui lit sans objet , sans pénétration ei
sans goût.
Le sot qui a beaucoup de mémoire est [dein de pensées et de feits ; mais il ne sait pas en conclure : tout tient à cela.
Savoir bien rapprocher les choses , voili l'esprit juste. Le don de rapprocher beaucoup de choses et de grandes choses fait les esprits vistes. Ainsi la justesse paroît être le premio* degré , et une condition très nécessaire de la mie étendue d'esprit.
ccxvr.
Un homme qui digère mari , et qui est voracp,
RÉFLEXIONS ET MAXIMES
est fieal-étre une image asseï fidèkdq caractère d*esprit de la plupart des savants.
ccxvn.
Je n'approoTe point la marâne qm veut qu'un kotmête homme Mcke un peu de Umi. C'est savoir presque toujours inutilement , et quelquefois pernicieusement , que desavoir superfiôellement et sans principes. Il est vrai que la plupart des hommes ne sont guère capables de connoftre profondément ; mais il est vrai aussi que cette science superficielle qu'ils recherchent ne sert qu'à contenter leur vanité. Elle nuit à ceux qui possèdent un vrai génie : car elle les détourne nécessairement de leur dbjet principal, ccmsame leur application dans les détails , et sur des objets étrangers à leurs besoins et à leurs talents naturels : et enfin elle ne sert point , comme ils s'en flattent, à prouver l'étendue de leur esprit. De tout temps on a vu des hontes qui savoient beaucoup avec un esprit très médiocre ; et au contraire , des esprits très vastes qui savoient fort peu. Ni l'ignorance n'est défaut d'esprit , ni le savoir n'est preuve de génie.
ccxvni.
La viérité éebappe au jugement , comme les (aits échappent à la mémoire. Les diverses fooes dés choses s'emparent tour-à-tour d'un esprit vif, et lui font quitter et reprendre successivemait les mêmes opinions. Le goût n'est pas aïoÎBB inconstant : il s'use sur lesdioses les plus agréidUes , et varie comme notre humeur.
11 y a pe0trétre autant de vérités parmi les hommes que d'enreurs; autant de bonnes qualités que de mauvaises; autant de plaisirs que de peines : mais nous aimons à contrôler la nature humaine , pour essayer de nous élever au-dessus de notre espèce, et pour nous enrichir de la considération dont nous lâchons de la dépouiller. N oussonunessiprésomptueux, quenouscroyons pouvoir séparer notre intérêt personnel de celui de rhunumité, etuédire du genre humain sans noiis compromettre. Cette vanité ridicule a rempli les livres des philosophes d'invectives contre
la nature. L'homme est maintenant en disgrâce chez tous ceux qui pensent, et c'est à qui le chargera de plus de vices. Mais peut-être est-il sur le point de se relever et de se foire restituer toutes ses vertus ; car la philosophie a ses modes comme les habits, la musique et l'architeoture, etc. '.
Sitôt qu'une opinion devient commune, il ne fout point d'autre raison pour obliger les hommes à l'abandonner et à embrasser son contraire, jusqu'à ce que celle-ci vieillisse à son tour , et qu'ils aient besoin de se distinguer par d'autres choses. Ainsi , s'ils atteignent le but dans quelque art ou dans quelque science, on doit s'attendre qu'ils le passeront pour acquérir une nouvelle gloire : et c'est ce qui foit en partie que les plus beaux siècles dégénèrent si promptement, et qu'à peine sortis de la bar^ barie ils s'y replongent.
Les grands hommes , en apprenant aux foibles à réfléchir, les ont mis sur la route de l'erreur.
ccxxn.
Ou il y a de la grandeur, nous la sentons malgré nous. La gloire des conquérants a toujours été combattue ; les peuples en ont toujours souffert, et ils l'ont toujours respectée.
CGXxm.
Le contemplateur, mollement couché dans une chambre tapissée, invective contre le soldat qui passe les nuits de l'hiver au bord d'un fleuve, et veille en silence sous les armes pour la sûreté de sa patrie.
CCXXIY.
Ce n'est pas à porter la foim et la misère chez les étrangers , qu'un héros attache la gloire, mais à les souffrir pour l'État : ce n'est pas à donner b mort , mais à la braver.
< VAiuirri. La pbiloaophie a aet modes comme rarchitecture, les habits . la danse , etc. L'homme est maintenant en disgrâce Ghei les pUlosophes , et e'ttt k qui le chaiigeri de plus de vices ; mate pent-ètre est-il sur le point de se iderer et de se IWre re»* tituer toules ses Tertns.
toujours plus sensible d'aoqpiérir que
Le vice fomente la guerre : la vertu combat. S*il n y avoit aucune vertu, nous aurions pour toujours la paix.
La vigueur d'esprit ou l'adresse ont (ait les premières fortunes. L'inégalité des conditions est née de celle des génies et des courages.
ccxxvn.
Il est (aux que l'égalité soit une loi de la nature. La nature na rien fait d'égaU Sa loi souveraine est la subordination et la dépendance.
ccxxvra.
Qu'on tempère Comme on voudra la souveraineté dans un état, nulle loi n'est capable d'empêcher un tyran d'abuser de l'autorité de son emploi.
On est forcé de respecter les dons de la nature 9 que l'étude ni la fortune ne peuvent donner.
La plupart des hommes sont si resserrés dans h sphère de leur condition , qu'ils n'ont pas même le courage d'en sortir par leurs idées : et si on en voit quelques uns que la spéculation des grandes choses rend en quelque sorte incapables des petites, on en trouve encore davantage à qui la pratique des petites a ôté jusqu'au sentiment des grandes.
Les espérances les plus ridicules et les plus hardies ont été quelquefois la cause des succès extraordinaires.
ccxxxn.
Les sujets font leur cour avec bien plus de goût que les princes ne la reçoivent '. Il est
> Jju sujets font leur cour avec bien plus de goût, etc. Goùi veut dire ici le plaisir qu'on éprouve à satisfaire un penchant. Faire avec goût, dans ce sent, est se porter de