‹ Moralistes françoisChapitre 208 sur 309 · CCXXXIII · texte numérisé non relu

CCXXXIII

Nous croyons négliger la gloire par pore paresse, tandis que nous preiKMis des panes infinies pour le plus petit intérêt.

Nous aimons quelquefois jusqu'aux louanges que nous ne croyons pas sincères \

Il faut de grandes ressources dans l'esprit et dans le coeur pour goûter la sincérité lorsqu'elle blesse, ou pour la pratiquer sans qu'elle offense. Peu de gens ont assez de fonds pour souffrir la vérité et pour la dire.

II y a des hommes qui, sans y penser % se forment une idée de leur figure , qu'ils «npnmtent du sentiment qui lés domine ; et c'est peutêtre par cette raison qu'un fat se croit toujours beau^

ccxxxvn.

Ceux qui n'ont que de l'esprit ont du goût pour les grandes choses , et de la passion pour les petites.

ccxxxvm.

La plupart des hommes >îeînisseiit dans m petit cercle d'idées qu'ils n'ont pas tirées de leur fonds; il y a peut-être moins d'esprits faux que de stériles.

cœur, d'inclinniion , à une action qnelconqae : c'est le cm amore des Italieas. L'expression n'est peut-être pas làcn exade; mais il est difficile de la remplacer. S.

> VAHiiNTB. Les hommes sont si sensibles i la flatterie, qor. lors même qu'ils pensent que c'est flatterie . ila ne laissent f» d'en être les dupes.

* Il y a des hommes qui, sans y penser, etc. Comment * forme-t-on une idée de soi sans y penser ? J'aimerois mieux sam s'en apercevoir, M.

3 Variante. ?iGUs nous formons, sans y penser *, une idée de notre figure sur l'Idée que nous avons de notre e^rit , oa sor k sentiment qui nous domine , et c'est pour ceto qu'ui bt secroil toujours si bien Cûl.

* Sans y penset'y etc. Cette négligence a déjk ^té obserrée. Il (aiif sans nous en apercevoir. M.

RÉFLEXIONS

Tout ce qui distingue les hommes paroit peu de chose. Qu'est-ce qui fait la beauté ou la laideur, la santé ou Tinfirmité , l'esprit ou la stupidité? une légère difféi*ence des organes » un peu plus ou un peu moins de bile » etc. Cependant ce plus ou ce moins est d'une importance infinie pour les honunes; et lorsqu'ils en jugent autrement, ils s(»t dans l'erreur '.

Deux choses peuvent à peine remplacer, dans la vieillesse, les talents et les agréments : la réputation ou les richesses.

CCXU.

Nous n'aimons pas. les zélés qui font profession de mépriser tout ce dont nous nous piquons, pendant qu'ils se piquent eux-mêmes de dioses encore plus méprisables*.

CCXUI.

Quelque vanité qu'on nous reproche, nous

avons besoin quelquefois qu'on nous assure de

notre mérite.

CCXLUI.

Nous nous consolons rarement des grandes humiliations ; nous les oublions^

Moins on est puissant dans le monde , plus on peut commettre de foutes impunément , ou avoir inutilement un vrai mérite.

Lorsque la fortune veut humilier les sages , die les surprend dans ces petites occasions où Ton est ordinairement sans précaution et sans défense. Le plus habite homme du monde ne peut empêcher que de légères fautes n'entrai-

> Vamaiiti. Le pli» (m le moim d'esprit est peu de chose i mais ce peu, qneUe différence ne met-il pas entre les hommes! Qu'est-ce qui fait la beauté ou la laideur, la santé ou l'infirmité? N'est-ce pas ou un peu plus ou un peu moins de hUe, et quelque dUKrence imperceptible des organes ?

* Ce que Vauveuargues dit ici des zélés , au no 346 , il le dît des détoU. B.

ET MAXIMES

nent quelquefois d'horribles malheurs; et il perd sa réputation ou sa fortune par une petite imprudence , comme im autre se casse la jambe en se promenant dans sa chambre.

Soit vivacité, soit hauteur, soit avance, il n'y a point d'homme qui ne porte dans son caractère une occasion continuelle de faire des fautes ; et si elles sont sans conséquence, c*est à la fortune qu'il le doit.

ccxLvn.

Nous sonmies consternés de nos rechutes, et de voir que nos malheurs mêmes n'ont pu nous corriger de nos défauts.

ccxLvm.

La nécessité modère plus de peines que la raison.

La nécessité empoisonne les maux qu'elle ne

peut guérir.

Les favoris de la fortune ou de la gloire , malheureux à nos yeux , ne nous détournent point de l'ambition.

ceu.

La patience est l'art d'espérer.

CCLn.

Le désespoir comble non seidement notre misère, mais notre foiblesse.

ccLin.

Ni les dons , ni les coups de la fortune n'égalent ceux de la nature, qui la passe en rigueur comme en bonté.

CCUV.

Les biens et les maux extrêmes ne se font pas sentir aux âmes médiocres.

Il y a peut-être plus d'esprits légers dans ce

VAUVENARGUES

dfa'om appelle le monde , 91e dans les conditions moins forCimées.

cavi.

Les gens du monde ne s'entretiennent pas de si petites choses que le peuple ; mais le peuple ne s'occupe pas de choses si frivoles que les gens du monde.

On trouve dans Iliistoire de grands personnages que la volupté ou l'amour ont gouvernés; elle n'en rappelle pas à ma mémoire qui aient été galants. Ce qui iait le mérite essentiel de quelques hommes iie jpeut même subsister dans quelques autï*es comme un foiUe.

ccLvra.

Nous courons quelquefois les hommes qui nous ont imposé parleurs dehors, comme de jeunes gens qui suivent amoureusement un masque , le prenant poor la plus belle femme du monde, et qui le harcèlent jusqu'à ce qu'ils l'obligent de se découvrir, et de leur faire voir qu'il est un petit homme avec de la barbe et un visage noir.

Le sot s'assoupit et fait la sieste en bonne compagnie, comme un homme que la curiosité a tiré de son élément , et qui ne peut ni respirer ni vivre dans uft air subtil.

Le sot est comme le peuple , qui se croit ridie

de peu.

CCLXl,

Lorsqu'on ne veut rien perdre ni cacher de son esprit , on en diminue d'ordinaire la réputation.

Des auteurs sublimes n'ont pas négligé de priiner encore par les iigréments, flattés de remplir l'intervalle de ces deux extrêmes , et d'embrasser toute la sphère de l'esprit humain. Le public, au lieu d'applaudir à l'universalité de leurs talents, a cru qu'ils étoient incapables de

se soutenir dans l'héroi^ue ; et on n'ose les entier à ces grands hommes qui , s'étant renfermés dans im seul et beau caractère, paroissetit avoir dédaigné de dire tout ce qu'ils ont tû , et abandonné aux génies subalternes les taienis médiocres.

ccLxm.

Ge qui parole aux uns ëcendue d'espfil n'est, aux yeux des autres , que mémoire et légèreté.

nakSttt

n eftt aisé de critiquel' un auteur, difficile de Tai^récieh'.

Je n'ôte rien à l'illustre Racine , le plus sage et le plus élégant des poètes , pour n'avoir pas traité beaucoup de choses qu'il eût embdûs, content d'avoir montré dans un seul genre h richesse et la sublimité de son esprit. Mais je me sens forcé de respecter un génie hardi et fécond , élevé , pénétrant , iadle , infatigable ; aussi ingénieux et aussi aimable dans les ouvrages de pur agrrâient, que vrai et pathétique dans les autres ; d'une vaste imagination , qui a embrassé et pénétré rigidement toute l'économie des choses humaines ; à qui ni les sciences abstraites , ni les arts , ni la politique , ni les moeurs des peuples, ni leurs opinions, ni leurs histoires, ni leur langue même , n'ont pu échapper; illustre , en sortant de l'enfance , par la grandeur et par la force de sa poésie féconde en pensées, et bientôt Siprès par les diarmes et par le caractère original et plein de raison de sa prose; philosophe et peintre sublime, qui a semé avec éclat, dans ses écrits , tout ce qu'il y a de grand dans l'esprit des hommes ; qui a représenté les passions avec des traits de feu et de lumière , et enrichi le théâtre de nouvelles grâces ; savant à imiter le caractère et à saisir l'esprit des. bons ouvrages de chaque nation par l'extrême étaidue de son génie , mais n'imitant rien d'ordinaire qu'il ne TembeHisse ; éclatant jusffoe dans les fautes qu'on a cru remarquer dans ses écrits, et tel que , malgré leurs défauts et aialgré les efforts de la critique , il a occupé sans rdâcbe de SOS veilles ses amis et ses ennenus, et porté

RÉFLEXIONS £T MAXIMES

cheg les étrangerSy dès sa jeunesse, la réputation de nos lettres» dont il a reculé toutes les bornes.

caxYi.

Si on ne regarde que certains ouvrages des meilleurs auteurs, on sera tenté de les mépriser. Pour les apprécier avec justice , il faut tout lire.

CCLXVU.

U me faut point jiiger des bomraes par ce qu'ils ignorent , mais par ce qu'ils savent , et pai* la iDjunère dcmt ils le savent ^

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