‹ Moralistes françoisChapitre 232 sur 309 · DISCOURS SUR LES MŒURS DU SIÈCLE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LES MŒURS DU SIÈCLE

e vétir?A-t-il rendu leshommes pkisou moins ro- Nisles, plus ou moins sains, {dusou moins beaux, Aus ou moios chastes? Les a-t-il dérobés ou renias plus sensibles à la rigueur des saisons ? Nus , Is ne souffroient' pas faute d* babils ; babilles, ils le souffrent point de n'être pas nus. Ne pourroitn pas dire à peu près la même chose de tous es arts ? Ils ne sont ni si pernicieux , ni si utiles pie nous vouions croire. Ils exercent Tactivilé le la nature , qu'on ne peut empêcher ni ralenir ; ils réparent par quelques biens les maux qu'ils causent : cela ne se peut contester. Mais remédient-ils aux grands vices des choses bumaiflies ? Que peut notre imagination pour nous soustraire à nos sujétions naturelles? Pour nous dérober au joug des hommes, nous sommes forcés de subir celui des lois ; pour résister aux passions , il nous iaut fléchir sous la raison , maîtresse encore plus tyranniqne: en sorte que notre plus grande indépendance est une servi* tude volontaire. Tout ce que nous imaginons pour obvier à nos maux ne fait quelquefois queies aggraver. Les lois n'ont été établies que pour prévenir les guerres , et toutes les guerres naissent des lois. Les contrats publics et particuliers sont le fondement de tous les procès de citoyen à citoyen et de peuple à peuple. Il est vrai que les guerres sont HK)ins cruelles lorsqu'elles se font selon les lois ; mais aussi sontelles plus longues. Les procès des particuliers durent quelquefois davantage queies querelles des nations. Ainsi tout ce que les hommes ont pu gagner en voulant éteindre les guerres, a été ou de changer les prétextes , ou la manière de la faire. N'en est-il pas de même de la médecine? I^s remèdes ne sont-ils pas souvent pires que les maux? Qu'on examine toutes les inventions des hommes, on verra qu'ils n'ont réussi qu'aux petites choses. La nature s'est résené le secret des grandes, et ne souffre pas que ses lois soient anéanties par les nôtres.

■ Souffraient, telle est la leçon de l'édition de 1797. On Ut dans les éditions de 1806 et de 1820 , souffi-iroient. B.

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