DISCOURS SUR LES MOEURS DU SIÈCLE
diosesy objectent le progrès des sciences, et resprit de raisonnement répandu dans tous les états » la politesse , la délicatesse , la subtilité de ce siècle , comme des faits qui contrarient ei qui d^ruisent ce que j'établis.
Je réponds à Tégard des sciences : Gomme elles sont encore fort imparfaites, si l'on en croit les maîtres % leur progrès ne peut nous surprendre; quoiqu'il n'y ait peut-être plus d'hommes en Europe comme Descartes et Newton , cela n'empêche pas que l'édifice ne s'élève sur des fondements déjà posés. Hais qui peut ignorer que les sciences et la morale n'ont aucun rapport parmi nous? %
Et quant à la délicatesse et à la politesse que nous croyons porter si loin , j'ose dire que nous avons changé en artifices cette imitation de la belle nature qui^ en étoit l'objet. Nous abusons de ni^me du raisonnement. En subtilisant sans justesse, nous nous écartons plus peut-être de la vérité par le savoir, que Ton n'a jamais fait par l'ignorance.
Mo un mot, je me borne à dire que la corruption des principes est cause de celle des mœurs. PiÉir juger de ce que j'avance> il suffit de connoitre les maximes qui régnent aujour^ d'bui dans le grand monde , et qui de là se répandant jusque dans le peuple , infectent également toutes les «conditions; ces maximes qui, nous présentant toutes choses comme ipcerlair ocs , nous laissent les maîtres absolus de nos actions; ces maximes qui, anéantissant le mérite de la vertu, et n'admettant parmi les hommes que des apparences, égalent le bien et le mal; ces maximes qui, avilissant la gloire comme la plus insensée des vanités, justifient l'intérêt et labassesse , et une brutale indolence. ' Des principes si corrompus entraînent infailliUlement la ruine des plus grands empires.
> Sans éoùte \eê sciences sont encore imparbites ; mais eda n'empédMi point qu'elles n'aieni fait des' progrès marques, même k ne dater que depuis Descartes et Newton, sans oublier Leîbnitz . qui n'a pas moins contribué qu'eux à perfectionner les sciences exactes. Les Bemoulli. Euler, D*Alembei:t, Cialnuit , La Grange et d'autres encore ont reculé les boroes de nos Connoissances en ce genre , et l'Europe abonde en ce moment de mathématiciens distingués. Or les mathématiques apprennent k raisonner Juste . et rien n'est si utile en morale. GondSIac a fait vjùr l'utilité de la méthode des géomètres dans les sciencfls aftiquCTies elle paroft le moins susceptible d'être appliquée, et l'exact et profond Tauiptnargutt auroit cédé à lajâstesse et à la dialectique sayante thu plus liabilc de nos mélaphysicieot. P.
Car, si Tony fait attention, qui peut rendre un peuple puissant, si ce n'est Tamour de la gloire? Qui peut le r^pdre heureux et redoutable, sinon la vertu? Tesprit, Tintérét, la finesse, n*ont jamais tenu lieu de ces nobles motifs. Quel peuple plus ingénieux et plus raffiné que les Grecs dans Fesclavage ', et quel autre plus malheureux? Quel peuple plus raisonneur * et en un sens plus éclairé que lés Romains? et dans la décadence de 1 empire, quel autre plus avili?
Ce n est donc ni par Hnlérêt , ni par la licence des opinions ou Tesprît de raisonnement, que les États fleurissent et ^ maintiennent, mais pai" les qualités mêmes que nous méprisons, par Testime de la vertu et de la gloire. NeTse^^oit-il pas bien étrange qu'un peuple frivole, bassement partagé entre l'intérêt et les plaisirs, fût capable de granctes choses? Et si ce même peuple méph'soit 1^ gloire, s'en ' rendroit-il digne?
Qu'il me soit permis d'appliquer ces réflexions. On ne sauroit nier que la paresse , l'intérêt, la dissipation, ne soient ce qui domine parmi nous; et à l'égard des opinions qui favorisât ces penchants ^lonteux , je m'en rapporte à ceux qui oonnoissent le monde et ffui ont de la bonne foi : qu'ils disent si c'est faussement que j# les attrlbue^à notre siècle. En vérité, il est difficile de le justifiera cetégai^. Jamais le mépris de la gloire et lî^ bassesse ne se sont produite avecjUinC d'audade. Jusqu'où ceux qui ^ piquent de bien danser, et qui attachent ainsi l'honneur aux choses les moins honorabîfcs, traitent toutes les grandes de folies , et , persuadés que l'amour de la gloire est au-dessus d'eux , ils sont le jouet*ridicule de Jeur vanité. • Mais faut-il s'étonner qu'on dégrade la gloire , si on nie jusqu'à la vertu? Il i^est guère possî-
' Sous l'empire d'Alexis Comnènoi, les Grecs ne se oententoient pas du titre (ï Auguste ou de Sehoslos que les Romnios donnoient aux empereurs Us doubloii^UlMi^uperlatif au mosren du titre de ranhyper Sebuttos^ qui signine ce qu'il y a de plus auguste au monde. Voyez Ja chronique de CaAon, liv^V.*£n- Gore aujovcd'hui , pendant que les Romains réservent pour le pape seul le titre de voire sainteté, les Grecs prodiguent cette ^énomipation aux moindres prêtres, et le patriarche de Constantinople est la toute sainteté. On Toit h. quel degré est parvenue If bassesse de ces Grecs si fiers autrefois. F.
> On (leuL citer Sénèttue dissertant si inf^niewsement sur la philoso^ie . et se chargeant d'excuser Néron , qiu vient d'assassiner sa mère. F^ #
VAUVEN ARGUES-
ble de rendre raison d'une erreur aussi inscaisée; j*avoue que j'ai peine à comprendre sur quoi elle a pu se fonder .^
DISCOURS