ARTICLE VIL
Mhcre de l'homme.
llien n'est plus capable de nous faire entrer
dans la oonnoissance de la misère des homiBei que de considérer la cause véritable de Tagilation perpétuelle dans laquelle ils passent leur vie.
L'ame est jetée dans le corps pour y feire un séjour de peu de durée. ¥Ale sait que ce n'est qu'un passage à un voyage étemel , et qu'elle n'a que le peu de temps que dure la vie pour s'y préparer. Les nécessités de la natui'e lui en ravissent une très grande partie. Il ne lui en reste que très peu dont elle puisse disposer. Mais ce peu qui lui reste Tincoomiode si fort j et l'embarrasse si étrangement, qu'elle ne songe . qu'à le perdre. Ce lui est une peine insuppo^ ^ table d'être obligée de vivre avec soi, et de,; penser à soi. Ainsi tout son soin est de s'oo- . blier soi-même, et de laisser couler ce temps, si court et si précieux sans réflexion , en s'oc-^ cupant des choses qui l'empêchent d'y penser.^
C'est l'origine de toutes les occupations tu- ^ multuaires des hommes, et de tout ce qu'on, appelle divertissement ou passe-temps, dans lesquels on n'a , en effet , pour but que d'y . laisser passer le temps sans le sentir, ou plutdt^ sans se sentir soi-même , et d'éviter, en perdant cette partie de la vie, l'amertume et le dégoût intérieur qui accompagneroit nécessairement l'attention que l'on feroit sur soi-même] durant ce temps-là. L'ame ne trouve rien en^ elle qui la contente ; elle n'y voit rien qui oe l'afflige , quand elle y pense. C'est ce qui la contraint de se répandre au dehors, et de chercher dans l'application aux choses extérieures' à perdre le souvenir de son état véritable. Sa joie consiste dans cet oubli; et il suffit, pour la rendre misérable , de l'obliger de se voir e( d'être avec soi.
On charge les hommes , dès Tenfance , du' soin de leur honneur, de leurs biens , et méOM du bien et de l'honneur de leurs parents et de leurs amis. On les accable de l'étude des lan gués, des sciences, des exercices et des arts.' On les charge d'afiaires : on leur fait entendit qu'ils ne saurmentétre heureux s'ils ne font a sorte , par leur industrie et par leur soin , qw leur fortune et leur honneur, et même la for tune et l'honneur de leurs amis , soient en boi état , et qu'une seule de ces choses qui manqoi les rend malheureux. Ainsi on leur donne de