CÉSAR ET BRUTUS
CÉSAR
Mon ami, pourquoi me fuis-tu? n'as-tu pas
* n n'y a dans ce discours de Gomines que quelques tnitiqpH oooTiennent à Louis XI. U étoit pofKilaire et accessible , nnii par nécessité plutôt que par inclination. Dans la lutte qui s'élolt engagée entre le sonverain et les grands vassaux de la coaromie, ceux-ci commirent une faute dont les conséquences ont été fonestes pour eux et pour la nation : ils séparèrent leurs imérte de l'intérêt du peuple, et se crurent assez forts par eux-raénia pour maintenir les prérogatives qu'ils avolenfc usurpées dsosdn temps d'anarchie , et sous des rois foibles. S'ils s'étoient appoyéi du peuple , comme les barons d'Angielerre aroient bit dans da circonstances semblables • ils auroient pu oooserrer comme en une influence directe sur le gouvernement, et la nation anroit Joui de ses anciens privilèges; l'équilibre se seroit établi oalii* reUemenl entre les divers onlres de l'État • et auroit préroH les guerres et les révolutions qui depuis trois siècles ont ton^ mente la France.
Pfos rois furent plus habiles que la haute noMesse ; ils se codqlièrent l'amour et l'estime du tiers^lat : Us accordèrent qariques privilèges aux communes, mais ils ne donnèrent pss as peuple toute la liberté et les droits dont il auroit dû jouir d'après les constitutions primitivesde la monarchie. Toaletoiscescono» sions les rendirent populaires, et, dans aucun pays de l'Europe, ki souverains n'ont été plus aimés de leurs sujets qu'en Fnnoe. Ce fut donc par des vues politiques que Louis XI se tenîlisrisoit avec les bourgeois de Paris , et ne dédaignoit point de k» admettre dans sa confiance. Leur alTectioQ lui fut plus d'me fois utile dans les différentes guerres qu'il eut à soutenir; msii il les fit servir à ses projets sans rien faire pour eux et povli nation en général.
Quelques historiens, entre antres Dudos, ont cherché à dou donner une haute Idée du génie politique de Loub XI : ilat vrai qu'il réunit à la couronne plusieurs provinces, et qu'l abaissa l'orgueil des grands ; mais il commit deux fautes capitilei qui sufGroient pour faire douter s'il ne dut pas ses succès à b fortune plutôt qu'à sa prudence. La première fut de se livrer entre les mains de Charles le Téméraire , qui le força d'asMler Il la prise de la ville de Liège dont il étoit l'allié et le protecteur; la seconde , plus grave encore , fut de ne pas prévenir le mariase de Marie de Bourgogne avec l'empereur Maximilien , union qui a été pour la France pendant plusieurs siècles une source de guerres et de calamités.
Louis XI rapporloit tout à son intérêt. L'amitié ni la reconnoissance n'entrèrent jamais dans son cœur. Fils ingrat, pàe dénaturé , maître cruel, roi sanguinaire et superstitieux. Une Alt vraiment habile que dans l'art de tittmper. On le soupçonne d'avoir fait empoisonner son ttdre le duc deBcrry. Il est le ical roi dans l'histoire qui , par le rafïinf'ment de sa cruauté , ait rendu la justice même odieuse. Enfin il vécut en tyran et dm» rut en lâche. U auroit fallu un Tacite ou un Montesquieu pov écrire son histoire. On dit que ce dernier s'en étoit occupé et que par mégarde son secrétaire avoit jeté le manuscrit an fies. C'est une perte qui peut<ètre nesera jamais réparée* S.
DIALOGUES, ms mon sang la haine que tu m'as por-
BRUTUS
, je ne t'ai point bai. J'estimois ton gécourage.
CÉSAR
je t*aimois tendrement , et tu m*as arrae.
BRUTUS
une cruauté barbare ou j'ai été poussé reur de la gloire et par les principes srtu fausse et ferouche.
CÉSAR
ois né humain et compatissant : tu n'as I que pour moi seql, qui t'aimois avec
BRUTUS
naissoit dans ton cœur cette amitié que i peu méritée?
CÉSAR
unesse m*aYoit séduit, et ton ame fière ble avoit touché la mienne.
BRUTUS
ait ce que j'ai pu pour reconnottre ta our moi : je me reprochois mon ingraje sentois que tu méritois d'être aimé ; faisois pitié lorsque je songeois à t'imla liberté , et je me reprochois ma bar-
CÉSAR
fec tout cela je n'ai jamais fléchi ton
BRUTUS
i jamais pu t'aimer.; ton génie, ton âge, , te donnoient sur moi trop d'ascen- ( t'admirois , et je ne t'aimois point.
CÉSAR
3 que l'estime empêche l'amitié?
BRUTUS
mais le respect l'afFoiblit ; et peut-être i un âge où ion ne peut plus être aimé.
CÉSAR
Tu dis vrai : le mérite inspire du respect; mais il n'y a que la jeunesse qui soit aimable. C'est une vérité affreuse. Il est horrible d'avoir encore un cœur sensible à l'amitié, et d'être privé des grâces qui l'inspirent.
BRUTUS
Voilà la source de l'ingratitude des jeunes gens. L'amitié de leurs parents , de leurs bienfoiteurs, leur est souvent onéreuse. Cependant je crois que les belles âmes peuvent surmonter leur instinct ou sortir en ce point des règles générales.
CÉSAR
La tienne étoit haute et sensible, et cependant
BRUTUS
Je m'étois laissé imposer par les discours et la philosophie de Gaton ; j'aimois ardemment la gloire : cette passion étouJFfa dans mon cœur toutes les autres. Mais daigne croire qu'il m'en a coûté pour trahir ce que je devois à ton amitié et à ton mérite.
CÉSAR
Va, je t'ai pardonné même en mourant. L'amitié va plus loin que la vertu , et passe en magnanimité la philosophie que tu as préférée.
BRUTUS
Tu parles de l'amitié des grandes âmes telles que la tienne. Hais ce pardon généreux que tu m'accordes augmente mon repentir ; et je n'ai de regret à la vie que par l'impuissance où me met la mort de te témoigner ma reconnoissanoe.
DIALOGUE X